Milan contre Turin : avant tout “préserver la bibliodiversité en Italie”

Nicolas Gary - 06.09.2016

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Un nouveau salon du livre à Milan, monté par l’Associazione italiana editori, ne fait pas que des heureux. En face, le Salon du Turin, historique et très prisé des éditeurs indépendants, souffrirait d’une pareille concurrence. David contre Goliath, une fois de plus ? Les indépendants se mobilisent pour répéter l’histoire...

 

Salon de Turin

 

 

Depuis la fin juillet, la Federazione Italiana degli Editori Indipendenti, FIDARE et l’Osservatorio degli Editori Indipendenti, ODEI, ont lancé une campagne de soutien à Turin, sans équivoque. « En Italie, il y a plus de 2000 maisons d’édition qui publient régulièrement. Parmi celles-ci, 200 comptent parmi les membres de l’AIE, et la plupart d’entre elles sont tout simplement en désaccord avec le groupe de pilotage », soulignaient Anita Molino, Presidente de Fidare et Gianpaolo Verga, president du Cep, Comitato editori Piemonte. Tous deux s’exprimaient au nom de 140 maisons d’édition.

 

Pour la Federation, la transition de Turin à Milan s’était opérée sans concertation, et surtout, ce sont 17 maisons représentées au sein de l’AIE qui ont finalement « pris la lourde responsabilité de partir vers Milan », pour l’organisation d’une manifestation. La FIDARE se disait alors prête à trouver de nouvelles idées pour soutenir la 30e édition de Turin, alors que l’AIE semblait déjà se désintéresser de son sort.

 

Milan, avec l'intention d'écraser Turin

 

On connaît la suite : non seulement les deux manifestations se dérouleront à des dates très proches, mais, surtout, l’édition italienne va vers un schisme évident. D’ailleurs, plusieurs éditeurs se décidaient, après l’adoption du projet, à quitter l’AIE

 

L’Osservatore ne disait pas autre chose : si sa mission réside dans la promotion de la lecture et de la pluralité de l’édition, l’ouverture à Milan d’une manifestation se ferait au détriment des indépendants. « Dans une période de difficultés persistantes pour l’industrie, nous ne pensons pas qu’il soit approprié de créer des concurrences probablement plus nuisibles », soulignait l’ODEI. 

 

L’affaire fut de toute manière balayée d’un revers de manche : ce 5 septembre, l’AIE et Fiera Milano ont annoncé la création de La Fabbrica del Libro, une société qui sera chargée d’organiser des événements littéraires dans tout le pays. À commencer par un salon du livre à Milan, prévu pour le mois de mai 2017. Turin doit se dérouler du 18 au 22 mai.

 

L’organisation de Milan sera réalisée dans les pavillons de Fierao di Rho, avec un coût moindre que celui de Turin – 200 k€ contre 600 k€ de frais de location. La date de la manifestation est attendue pour la fin du mois de mai – mais entre-temps, une rencontre avec le ministre de la Culture Dario Franceschini est prévue, pour tenter de trouver une conciliation. Rencontre prévue le 12 septembre, avec un mot d’ordre pour le maire de Milan, Giuseppe Sala : trouver une formule qui rendra Milan plus attractif. 

 

Les premières briques sont d’ores et déjà posées, puisque Milan devrait organiser une manifestation hors les murs, pour toucher un plus large public, à travers les rues de la ville. Par ailleurs, le fait que Milan soit la ville où les plus grands groupes éditoriaux italiens disposent de leur siège social n’a certainement pas manqué d’infléchir les choix...

 

"Préserver la bibliodiversité en Italie"

 

« En Italie, alors que le Salon international du livre de Turin fêtera ses 30 ans en mai prochain, l’Association des éditeurs italiens (AEI) a annoncé la création d’une manifestation littéraire à Milan en 2017, prévue quasiment aux mêmes dates que le Salon de Turin », rappelle l’Alliance internationale des éditeurs indépendants.

 

Et de pointer : « Les collectifs d’éditeurs indépendants, FIDARE et l’ODEI, pour qui Turin est un salon phare dans l’année, appellent les organisateurs de la future manifestation milanaise à ne pas venir concurrencer le salon de Turin, à préserver la bibliodiversité en Italie. »

 

Le groupe monté autour du mot d’ordre Io Resto a Torino – Je reste à Turin – réunit aujourd’hui plus de 2200 personnes. Le prix Nobel de littérature, Dario Fo, avait lui-même pris fait et cause pour Turin. Selon lui, « à la fin, ce sont les gens, les lecteurs qui sauront à quelle manifestation accorder leur confiance. Et si le public choisit, Turin ne devrait pas craindre les comparaisons, si elle offre le meilleur de ce qu’elle sait faire ». (La Stampa)

 

Le 8 septembre se tiendra une conférence de presse portant sur le thème du Salon de Turin, au  Circolo dei lettori di Torino. Et les soutiens sont toujours autant nécessaires. « Il ne s'agit pas de régionalismes, mais de la reconnaissance d’une grande culture, qui a des adeptes chez les amateurs de littérature, et se perçoit également hors de la ville, et à l’étranger », indique le groupe de soutien.