Millenium : le difficile choix de couvertures américaines

Clément Solym - 19.07.2010

Edition - Les maisons - millenium - couverture - choix


L’édition américaine du dernier opus de Stieg Larsson a fait mentir l’adage « on ne juge pas un livre à sa couverture ». Ringard, pas assez exotique, trop violent, les essais de couvertures ont été nombreux avant de trouver celui qui se présente en tête de gondoles des librairies américaines.

Retour sur le choix laborieux de la couverture du troisième tome de Millenium.

Une très large dominante de jaune poussin, une police de caractère identique pour le titre et le nom de l’auteur : le choix définitif semble issu d’une décision plus proche d’un coup de tête que celui d’un casting éprouvant. Et pourtant. Si le résultat est aujourd’hui connu de tous aux Etats-Unis, Sonny Mehta, responsable de Knopf Doubleday Publishing Group a examiné une cinquantaine de croquis avant la délibéra tion finale.

Un véritable enjeu puisque le livre était déjà reconnu best-seller dans les pays européens. La tâche aurait pu se borner à reprendre le style d’illustration de la version anglaise, chinoise ou serbe. Ces éditions ont fait le choix d’un visuel qui respecte le changement de titre de la traduction anglaise : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (version originale) devenue The girl with a dragon tatoo. Alors que les trois couvertures arborent le dos tatoué d’une femme, Sonny Mehta refuse catégoriquement une image « ringarde » et redondante.

S’engage alors une sélection qui prendra trois mois. Pour ce travail, Mehta fait appel à Peter Mendelsund, un ancien designer de pochettes d'album pour un label de rock indépendant. Un homme qui est également sans formations artistiques. C'est parmi ces 50 croquis que se fera le choix.


Premier coup de cœur, une version de la couverture représentant la photographie déchirée d’un visage. Si cette version respecte parfaitement le titre original, cette moitié de visage en moins ne satisfait qu’à demi Chip Kidd, directeur artistique de Knopf Publishing. Pour Mendelsung, le contraste « entre douceur du visage et la façon dont la photographie a été déchiquetée » garantit un effet saisissant. Mais les contraintes du marché US laissent présager que le public n’identifiera pas le livre comme un thriller mais plutôt comme un drame psychologique.

Après plusieurs essais monochromatiques, tantôt avec un fuschia criard puis un blanc façon neige scandinave, c’est le jaune que l’équipe éditorial retiendra. « C’était saisissant et différent », explique Mehta. Au final, la couverture jaune est agrémentée d’un dragon vert dont les extrémités traversent les lettres du titre et le nom de l’auteur. Choix radicalement différent des versions précédents, il garde l’avantage de s’attacher à l'héroïne de la trilogie plutôt qu’à la seule enquête du 1er opus.