Milo Yiannopoulos attaque en justice son ancien éditeur Simon & Schuster

Antoine Oury - 12.07.2017

Edition - Justice - Milo Yiannopoulos livre - Milo Yiannopoulos Simon & Schuster - Simon & Schuster Yiannopoulos


Simon & Schuster se souviendra longtemps de sa tentative de collaboration avec Milo Yiannopoulos, polémiste d'extrême droite raciste, sexiste et volontiers xénophobe. La maison d'édition tenait à publier son livre Dangerous, jusqu'à ce qu'une interview compromettante de l'auteur refasse surface. Depuis, Yiannopoulos s'est tourné vers l'autopublication, et attaque à présent Simon & Schuster en justice, réclamant 10 millions $ de dédommagements.


Simon & Schuster - London Book Fair 2016
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

Milo Yiannopoulos avait attiré l'attention médiatique, non pas pour une nouvelle sortie polémique, mais pour le montant de son contrat signé avec Treshold Éditions, filiale de Simon & Schuster, en décembre 2016 : 250.000 $ avaient été versés en avance pour son livre témoignage. 

 

Étant donné le passif du personnage, qui n'hésitait pas à utiliser Twitter et d'autres réseaux sociaux pour harceler ses détracteurs et dérouler ses diatribes, l'annonce avait provoqué un véritable tollé. Lettres de lecteurs, commentaires sur les réseaux, prises de position d'écrivains... Le groupe Simon & Schuster avait payé cher Dangerous de Milo Yiannopoulos, avant même sa publication.

 

En janvier 2017, le groupe éditorial s'était défendu de toute promotion des idées de Yiannopoulos : « Pour commencer, je voudrais rappeler que notre volonté n'est pas de soutenir, de légitimer ou de publier un discours de haine. Pas de la part de nos auteurs. Pas dans nos livres. Pas dans nos maisons. Pas de la part de nos employés ou dans nos lieux de travail » assurait Carolyn Reidy, PDG du groupe.

Mais dans tous les cas, la publication du livre était maintenue. 

 

Quelques semaines plus tard, c'est une intervention de Yiannopoulos en janvier 2016, diffusée sur YouTube et ressortie des tréfonds d'internet, qui a finalement poussé Simon & Schuster à renoncer à la diffusion de Dangerous. Dans cette vidéo, Yiannopoulos critiquait « l'idée arbitraire et oppressive du consentement » dans le cadre de relations sexuelles avec de « jeunes garçons ».

 

Ceux qui dénonçaient alors la publication du livre de Yiannopoulos par Simon & Schuster se réjouissaient de l'abandon, mais avec un goût d'amertume : les propos de l'auteur avaient fini par choquer, mais uniquement lorsqu'ils ont porté sur la pédophilie. De même Simon & Schuster abandonnait soudainement la liberté d'expression qu'il brandissait pour justifier la publication du livre.

 

Finalement, Yiannopoulos a choisi l'autopublication pour son livre Dangerous, commercialisé le 4 juillet dernier. La boîte de communication qui assure la promotion du livre, AMW Public Relations, garantit qu'il s'est déjà vendu à 100.000 exemplaires, mais ce chiffre est évidemment sujet à caution.

 

Devant le siège de Simon & Schuster, où il avait réuni quelques-uns de ses soutiens, Milo Yiannopoulos a déclaré que « [l]es actionnaires [de Simon & Schuster] devraient être énervés, car les ventes ne s'arrêteront pas à 100.000 exemplaires ». « Je suis très en colère contre eux [Simon & Schuster, NdR] — c'est pourquoi je les attaque en justice », a-t-il poursuivi.

 

Évidemment, Yiannopoulos s'est présenté comme une victime de la bien-pensance, un argument souvent mis en avant par les militants et autres figures d'extrême droite. Sauf qu'il a aussi quitté le site d'extrême droite Breitbart, sur lequel il avait bâti sa réputation, après de nombreuses plaintes de certains de ses collègues suite à ses propos sur la pédophilie – démentis par la suite. Yiannopoulos a aussi précisé qu'il avait pu conserver 80.000 $ sur les 250.000 reçus en avance.

 

La plainte de Yiannopoulos a été déposée à la Cour suprême de New York. Le groupe Simon & Schuster a déclaré que l'action en justice était « menée à des fins publicitaires, sans aucun fondement. Le groupe Simon & Schuster se défendra vigoureusement de telles accusations, et reste persuadé de sortir victorieux du tribunal ».


via The Guardian