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Ministère vraiment amer : Aurélie Filippetti les pieds dans le clash

Nicolas Gary - 08.02.2013

Edition - Société - Aurélie Filippetti - tweet clash - Festival d'Angoulême


Ce matin, la ministre de la Culture a signé son premier dérapage. Un tweetclash dans les règles, alignant les médias Rue89, Telerama, ActuaBD et ActuaLitté. Une leçon de journalisme qu'Aurelie Filippetti entendait donner depuis Twitter, sans retenue.

 

 Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication

 

 

Le compte Twitter @aurelifil a connu un pic d'activité dès 9 heures 30, avec un premier message envoyé suite à un article de Rue89 qui relayait la très mauvaise presse de la ministre auprès des auteurs BD. Suite à une interview publiée dans ActuaBD à l'occasion du Festival d'Angoulême, Aurélie Filippetti s'est attiré les foudres, mais aussi les coups de crayon, d'auteurs légèrement agacés, pour ne pas dire plus, par quelques-unes de ses déclarations.

 

Parmi celles-ci, une présentation de la bande dessinée comme un secteur en pleine croissance,  « manière de faire lire les enfants » et la phrase « Je pense qu'il n'y a pas de bande dessinée, d'auteurs de bande dessinée, s'il n'y a pas de libraires pour faire aimer et découvrir la richesse de la bande dessinée au lecteur » ont particulièrement hérissé des auteurs indépendants, qui exercent leur métier tous les jours sans forcément en vivre.

 

Quelques auteurs oubliés...

 

C'est en somme ce qu'a rappelé Tanxxx dans la tribune que nous avons relayée. L'auteur reprochait à la ministre de ne pas prendre en compte la situation matérielle difficile dans laquelle vivent de nombreux auteurs de bande dessinée. On pouvait lire dans cette tribune: « Le seul secteur qui se porte bien dans la BD, ce sont les éditeurs mainstream, et au prix de contrats absolument scandaleux imposés aux auteurs.» De toute évidence, les auteurs souhaiteraient que cette dimension soit prise en compte, plutôt que d'assener que les choses vont bien pour les gros éditeurs. 

Si l'interview à ActuaBD a définitivement mis le feu aux poudres, le discours de la ministre comportait déjà ces principaux éléments : le « secteur qui se porte bien économiquement » ou le virage numérique abordé « très tôt » qui a également fait sourire les auteurs.

ActuaLitté s'est alors attaché à faire état de cette frustration des auteurs, notamment par le biais de la publication de tribunes ou de dessins humoristiques relatifs aux discours de la ministre de la Culture. Visiblement, un tel comportement relève de l'opportunisme pur et simple pour la rue de Valois, qui fait se retourner Hunter S. Thompson dans sa tombe qu'il n'a pas, à l'étroit parmi les cactus hallucinogènes.

Mais ActuaLitté n'était ni la seule, ni la première victime d'un tweetclash matinal et mal luné, et Télérama et Rue89, eux aussi coupables d'avoir traité l'information, sont logés à la même enseigne, peu engageante :

 

Même le respectable Télérama en prend pour son grade :


L'origine du malentendu viendrait donc de citations mal contextualisées. Didier Pasamonik, auteur de l'interview, contacté par ActuaLitté, nous confirme en tout cas que l'entretien est fidèle, puisque doublé d'un enregistrement réalisé sur place. Et le principal intéressé reste bon prince : « Aurélie Filippetti est bien plus au courant de la situation des auteurs de BD qu'on le dit », tweete-t-il. Quant à la phrase sur la BD pour les enfants, il l'analyse autrement : « Elle va à l'encontre du discours traditionnel selon lequel la bande dessinée désapprendrait à lire, et s'appuie sur une étude du ministère. Au fond, elle a plutôt raison. »

 

Le prétexte du contexte..?

 

Franck Chaumont, conseiller en communication de la ministre, contacté par ActuaLitté insiste : « Toutes ces phrases ont été sorties de leur contexte. C'est un comportement tout a fait naturel qu'a eu la ministre, pour rétablir la vérité. » Et de confirmer surtout que les messages émanaient bien de la ministre, gazouillés par ses soins.

 

De fait, la rue de Valois s'agace de voir que les propos de la ministre dans les différents médias ont été publiés « complètement tronqués par rapport au contexte ». Ainsi, le secteur de la BD se porte bien, comme l'a dit la ministre, « pris dans une vision macroéconomique globale du secteur de la Culture et de l'édition », souligne Franck Chaumont.

 

De même, les médias se voient reprocher d'avoir extrait des morceaux d'un discours prononcé pour les détourner - voire simplement de ne l'avoir pas lu. « Ce que la ministre a dit sur la BD comme art populaire est vrai : c'est un art populaire. Quant à la phrase de Telerama sur les BD et les enfants, elle s'inscrivait dans le cadre d'un tour de France d'éducation artistique. Et elle l'a dit alors qu'un atelier était organisé pour les enfants justement. »

 

Conclusion, « Entendre des phrases constamment sorties de leur contexte, c'est un peu lourd et ennuyeux », achève-t-il.

 

Certes, mais quand ActuaLitté sollicite le ministère sur l'enjeu de la numérisation du domaine public par la BnF, et reste sans aucune réponse... « C'est à la BnF de s'exprimer sur ce point. Nous n'avons pas à apporter de commentaires sur tout ce qui s'y passe. » Et concernant la loi du 1er mars, passée de force dans les Assemblées, et qui entend numériser des œuvres protégées par le droit d'auteur, dans un marasme et une absence de transparence complète - point d'ailleurs commun avec la numérisation opérée à la BnF - on répond : « Le ministère s'exprimera prochainement, dans un réel effort de transparence. »

 

Tous les espoirs sont donc désormais permis, mais depuis l'esclandre Twitter du matin, certains soutiennent : « C'est mauvais de s'en prendre à la presse aussi frontalement, le Festival de la BD à Angoulême en sait quelque chose », s'amuse un proche du dossier.

 

Enfin, on ne sait pas encore si le Président de la République a décroché son téléphone pour rappeler à sa ministre les dangers inhérents à l'art subtil du tweet. Dès le premier conseil des ministres, le 17 mai dernier, il avait conseillé aux membres de son gouvernement d'être «très attentifs à leur activité numérique».

 

 

Mise à jour 17h40 :

 

Dans la continuité de cet article, la ministre de la Culture herself, a répondu à Telerama, évoquant, sur le fond, les sujets en questions. Revenant sur la question du secteur BD et de sa bonne santé financière, elle rappelle également que si la BD est un médium, il peut servir à amener les enfants à la lecture. 

 

Mais plus concrètement : « Le chiffre d'affaires de la BD lui, a augmenté. Pour autant, je suis engagée à protéger les auteurs, leur créativité, et assurer leur avenir. N'oubliez pas que c'est moi qui ai insisté pour reprendre les négociations sur le contrat d'édition numérique entre auteurs et éditeurs. Dans le but que leurs problèmes spécifiques soient pris en compte. Je refuse qu'on me fasse un faux procès.  »

 

De faux procès, pour des accusations qui n'ont pas eu lieu, cela reste intéressant...