Mircea Cartarescu : moments dramatiques pour la culture roumaine

Nicolas Gary - 20.03.2013

Edition - International - Salon du livre de paris - Roumanie - désistement


L'auteur roumain Mircea Cartarescu avait déclenché une salve d'interrogations : comptant parmi les auteurs invités du Salon du livre, ce dernier avait décidé de ne pas se rendre à la manifestation. Et d'expliquer qu'il garderait les raisons de ce choix pour plus tard. Entre temps, deux autres auteurs décidaient de ne pas se rendre au Salon, avançant des critiques contre le directeur de l'Institut Culturel roumain de Bucarest. 

 

 

 

 

Dans un entretien accordé à l'AFP, Mircea Cartarescu souligne immédiatement que sa décision est portée par la situation actuelle de la Roumanie, qui « se dégrade jour après jour ». Son choix de boycotter la manifestation est « avant tout une protestation », alors que « la culture vit elle aussi des moments dramatiques », assure-t-il. 

 

Mais tout cela s'accompagne évidemment d'une protestation contre les modifications radicales qui sont intervenues à l'ICR de Bucarest, où la direction a été remplacée façon « épuration », comme l'avaient alors souligné de nombreux intellectuels, roumains ou français. Ainsi, le Prix Nobel de littérature suédois Tomas Tranströmer et l'Allemande Herta Müller, d'origine roumaine, ainsi que l'éditeur français Paul Otchakovsky-Laurens (Editions P.O.L), ou l'écrivain Jean Mattern avaient amplement dénoncé ces méthodes d'un autre temps.

 

La nomination d'Andrei Marga à la direction de l'établissement, alors qu'il avait occupé le poste de ministre des Affaires étrangères, avait provoqué cette levée de boucliers. Cartarescu estime que « la nouvelle direction de l'ICR nous fait revenir quatre décennies en arrière », faisant allusion au régime de Nicolas Ceausescu. Une époque où les kulturniks, les activistes communistes, étaient responsables des manifestations culturelles.

 

Or, c'est dans une optique assez similaire qu'Andrei Marga avait invité à « conserver l'identité nationale », au travers de ses fonctions à l'ICR, affirmant par là même une véritable modification dans la politique culturelle de l'établissement. « L'équipe de M. Marga profère des injures contre les plus importants artistes roumains et mène une guerre contre les intellectuels roumains les plus connus », poursuit Cartarescu, qui finalement, ne dit pas autre chose que ce que ses confrères avaient dénoncé. 

 

Gabriel Liiceanu, troisième écrivain à s'être désisté, s'était montré également critique : les écrivains de la sélection, telle que les organisateurs l'ont réalisée, reflétaient selon lui les enjeux personnels et les répercussions politiques actuelles que l'ICR peut affronter. Andrei Plesu, deuxième à avoir dit non au Salon s'était fendu d'un petit commentaire assassin, considérant qu'il est « immoral », selon lui, de laisser la programmation au seul Institut culturel roumain. Pour lui, c'est une démonstration navrante que la Roumanie manque d'être « à la hauteur de ses aspirations et des opportunités qu'on lui offre ». 

 

Réglement de comptes et coups de bambou

 

Retour de bâton ? Probablement, puisqu'en octobre 2012, Andrei Marga avait lui-même accusé Mircea Cartarescu d'avoir profité amplement des largesses de l'ancienne direction de l'Institut culturel roumain. Des privilèges auxquels il n'avait pas spécialement mis fin, en invitant malgré tout l'auteur, mais qu'il avait détaillés.

 

En effet, il accusait l'ancienne direction de proposer des textes d'auteurs roumains, destinés à la traduction, sur des critères purement subjectifs. Fadaises, rétorque Mircea : « On a affirmé que l'Etat roumain a dépensé une énorme somme de l'argent des contribuables pour mes déplacements à l'étranger et les traductions de mes ouvrages, j'ai été nommé ‘agent de propagande politique à l'étranger', la valeur de ma littérature a été mise en doute, j'ai été insulté jour après jour... »

 

Et de s'interroger sur son rôle, au sein du Salon du livre, d'ambassadeur d'une culture roumaine, alors que « ce rôle a été systématiquement nié par l'actuelle direction de l'ICR » ? En outre, le déplacement prévu du premier ministre roumain, Victor Ponta, reconnu coupable de plagiat pour sa thèse de doctorat, est un autre témoignage de l'indécente présidence de l'ICR, et cette « culpabilité morale entachera irrémédiablement le visage de la culture roumaine ». 

 

Le ministre de la Culture roumain, Daniel Barbu, devrait être présent à l'occasion de la manifestation, mais également à titre d'écrivain, en compagnie de neuf autres auteurs, qu'il avait recommandés. Il lui avait été demandé de s'impliquer tout personnellement, lors d'une audition par la commission culture du Sénat roumain. Le président George Severin le sollicita pour s'assurer que le pays serait au mieux représenté. 

 

Ayant reçu le soutien du ministère des Affaires étrangères pour le Salon du livre, le président de la commission évoquait le Salon du livre de Paris comme La Mecque pour la culture et le livre - et d'intimer au ministre de faire le nécessaire...

 

Mais le ministre s'est également abrité derrière l'intervention et la présence de l'Institut Culturel Roumain, soulignant que le ministère de la Culture n'était pas l'organisateur de cet événement. C'est sous la houlette du président, Andrei Marga, que la manifestation allait avoir lieu. « L'ICR est l'organisateur, et non le ministère de la Culture. Aujourd'hui, légalement, l'ICR est une organisation autonome, indépendante du Sénat. Le ministère sera simplement présent comme participant. »

 




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