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Mission Orsenna : “Si ce n'est pas suivi par le gouvernement, on gueulera”

Antoine Oury - 21.09.2017

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Après un passage dans trois villes de France pour évoquer les bibliothèques et la possibilité d’en élargir les horaires, l’ambassadeur de la lecture Érik Orsenna et l’inspecteur des affaires culturelles qui l’accompagne, Noël Corbin, ont organisé une rencontre sous forme de journée d’étude au Centre Pompidou. Avec peu d’éléments nouveaux à mettre en avant, de fait.


Françoise Nyssen et Erik Orsenna
Françoise Nyssen et Erik Orsenna (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 


La problématique est connue, peut-être même un peu trop, par les professionnels : régulièrement, un responsable politique fraîchement élu ou nommé s’empare de la question des horaires des bibliothèques. Emmanuel Macron est le dernier à l’avoir fait, avec une certaine cohérence qu’il faut lui reconnaître : dès son programme de candidat, il avait évoqué la question, et la lecture publique a même été évoquée par le chef de son gouvernement dans un discours de politique générale.

 

Autrement dit, l’attention est là, et la nomination d’Erik Orsenna comme ambassadeur de la lecture devait transformer la volonté politique, que l’on promet totale, en effet sur le terrain. « Notre idée, c’est de voir un peu partout en France ce qui existe, et qui est peu connu : un tas de choses se font un peu partout et personne ne le sait. Nous voulons faire un répertoire de ce qui existe, dans un premier temps », explique Erik Orsenna.

 

En quinze jours, l’ambassadeur a pu voir les systèmes de lecture publique de Nancy, Strasbourg et Rennes. Forcément, c’est un peu court pour tirer de premières conclusions, si ce n’est que « des choses formidables se font ». « Seulement 37 % des villes de plus de 100.000 habitants ont une bibliothèque ouverte le dimanche », souligne Orsenna, « alors que des localités plus petites s’arrangent pour le faire. Nous allons regarder comment elles font ».

 

En suivant une logique du « Pourquoi pas ? », Nyssen, Orsenna et Corbin veulent convaincre les collectivités d’ouvrir plus, ou plutôt mieux, les établissements. « Selon les temps : ouvrir les bibliothèques ne veut pas seulement dire ouvrir le dimanche, mais aussi le soir, le matin, la nuit... Nous ne sommes pas dans un système jacobin. Il y a mille façons de lire, mille horaires du lire. » Erik Orsenna et Noël Corbin animeront d’ailleurs un blog pour rendre compte de ces différentes manières d’organiser sa bibliothèque.

 

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L'élément à ne pas oublier dans le dossier des horaires, c'est le financement, tout simplement. Le gouvernement Philippe n'a pas caché son souhait de réduire les dotations aux collectivités, et ces dernières hésitent à impliquer plus de moyens dans leur politique de lecture publique. En guise d'incitation, le ministère propose un soutien à travers la Dotation Générale de Décentralisation, destinée à financer les moyens humains nécessaires. Sauf que le montant de cette DGD est limité, comme son application, plafonnée à 5 ans.

Aujourd'hui, difficile de dire si cette DGD bénéficiera d'un coup de pouce. « Nous allons réfléchir, mais l'idée est bien sûr d'accompagner, par des moyens financiers. Nous sommes en train de démarrer, la réflexion, la rencontre, l'échange permettront d'adapter ces moyens, qui ne sont pas définis pour le moment », explique Françoise Nyssen. « Le président est un fils de la lecture, et si ce n'est pas suivi, on gueulera. La ministre de la Culture ne peut pas, mais moi je le ferai », promet Erik Orsenna dans le cas où l'extension des horaires d'ouverture passerait finalement à la trappe.

Françoise Nyssen a expliqué qu'elle rencontrerait prochainement Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur, pour définir les moyens nécessaires — et disponibles — avec l'inspection des affaires culturelles et l'inspection générale de l'administration. L'accompagnement des collectivités par l'État sera ainsi précisé en mars 2018, à l'occasion d'un grand débat sur la lecture publique, promet Françoise Nyssen.

Le travail en commun s'appuiera aussi sur le rapport de la sénatrice Sylvie Robert, remis il y a quelques années déjà, en y ajoutant les problèmatiques de mise en réseau, par exemple. « Notre souci, c'est aussi de réfléchir à cette cohésion sociale, à mettre en lien les associations, les bénévoles et ceux qui travaillent sur la lecture », précise Françoise Nyssen. À ce titre, l'accès à la lecture des populations fragilisées ou incarcérées sera aussi pris en compte.

 

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Bien entendu, toutes les décisions seront prises avec pragmatisme, en fonction du terrain, a souligné Françoise Nyssen, et « en confiance avec les personnels ». Personnels qui, comme certains l'avaient remarqué en amont de la journée, n'ont pas été conviés dans les différentes tables rondes qui rassemblent élus et directeurs. « Dans l'assemblée, il y a beaucoup de collègues, tous niveaux confondus, qui sont présents et pourront s'exprimer », insiste la directrice de la BPI, Christine Carrier.

Xavier Galaup, président de l'ABF, qui participe à la journée, assure que « les syndicats interviendront ensuite, notamment lors des rencontres avec Messieurs Orsenna et Corbin ». Quant à Orsenna, il promet : « Nous avons rencontré des agents et ils seront rencontrés. Vous croyez qu'on ne rencontre que les directeurs ? L'intérêt, c'est de voir les gens, de savoir ce qu'il se passe. »