Mitterrand, fier d'incarner le ministère de la Culture

Clément Solym - 26.06.2011

Edition - Société - sarkozy - mitterrand - numerique


Férocement épinglé - à la limite de la lapidation, suivie d'une crucifixion dans les règles - le ministre de la Culture a bénéficié d'un portrait dans le Nouvel Observateur qui ne laissait pas de place au compromis. Mitterrand « a une technique très au point : il dit du mal de lui, se moque de ses travers, de ses excès, et rit de ses erreurs. Cela n’est pas courant, mais très efficace. Lui-même admet “faire le bon garçon” quand on l’attaque », expliquent ainsi nos confrères.

L'homme qui a relancé A vous de lire, anciennement Lire en fête, ou encore décidé d'offrir « une anthologie de poésies pour les jeunes couples », mais aussi « un livre pour enfants et d'un guide de lecture » pour les enfants, a répondu au journal. D'ailleurs, des livres, il prévoit d'en publier encore, puisqu'il a dans les cartons un récit sur son aventure ministérielle. Un livre qui « ne sera pas un livre de défense. Seulement un livre pour dire ce qu’il est intéressant de faire ».


Car dans l'ensemble, Frédéric estime que son activité aura eu un bon retentissement.

Le ministère fait homme

Et en fait, Fredo n'est pas peu fier de son aventure. « Pour le meilleur et pour le pire », il incarne le ministère, assure-t-il. Et avec du recul : « C’est une réponse qui n’est pas vaniteuse et qui est moins superficielle qu’il n’y paraît. Mon ministère est très exposé, et les Français lui sont très attachés. À l’idée, au symbole, au repère. »

Numéri-hic

À ce titre, son intervention dans le domaine de la numérisation lui ferait également gonfler les chevilles. Satisfait, le Frédéric, d'avoir fait comprendre le « problème français, et qu’on n’entre pas dans le marché français comme dans du beurre », particulièrement satisfait...

Le numérique, devenu une dénomination presque douloureuse dans l'édition. Et l'intérêt de ce ministre pour ces questions : personne ne pensait, après sa nomination en forme de butin mis à l'actif de l'ère Sarko, qu'il prendrait à coeur ce dossier. Ni qu'il irait « défendre les décrets, aller à l’Assemblée, que j’aurais la connaissance technique nécessaire, que j’allais travailler autant, que je serais aussi actif. » Heureusement, Sarko supervisait : « Le Président est très intelligent : il s’en doutait. »

Le livre, etc.

D'ailleurs, en découvrant le paysage du numérique, et plus particulièrement du livre, Mitterrand a compris l'importance de sa mobilisation. « À Bruxelles, d’où je reviens, ils ne se rendent pas compte de ce qui s’annonce. Mais le combat contre Google, Amazon et Apple est stratégique. » Une stratégie que durant les discussions au Sénat ou à l'Assemblée nationale sur le prix unique du livre numérique, il aura pourtant donné l'effet d'une girouette. Mobilisée, certes, mais selon le sens du vent.

En outre, cette législation, désormais adoptée et en attente de décrets, est « une règle de base ». Après elle, Google « a-t-il dû changer de stratégie : ils ont pris conscience de l’existence d’un pôle de résistance », ajoute-t-il, alors que le seul véritable et ferme opposant fut Amazon, le Leclerc de la loi de 1980. Et de conclure : « Le numérique, c’est comme l’écologie : il y a trente ans, tout le monde s’en fichait. Et puis on a compris. Nos progrès sont peu visibles, hasardeux, éphémères, mais indispensables. »

Mieux : le numérique, en France, c'est lui. Si le combat n'est pas gagné, « quand je suis arrivé, nous avions perdu. C’est un combat énorme, qui se mène sur un champ de bataille qui évolue sans cesse : nouveaux entrants, nouvelles techniques, nouveaux supports… » Modeste Frédéric.

Modeste, avec deux ou trois ouvrages encore à écrire, peut-être des films, sûrement pas l'intention de rester ministre toute sa vie...

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