Mitterrand : 'la dépression culturelle' des socialistes, 'un mensonge'

Clément Solym - 11.09.2011

Edition - Société - mitterrand - colere - culture


La prise de parole du ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, durant le Campus UMP, ce 3 septembre, aura discrètement jeté de l'huile sur le feu. Durant la plenière, il défend bec et ongle le bilan du ministère qu'il « a l'honneur de servir » et défouraille à tout-va contre les mensonges des socialistes. Exercice de polémique, en bonne et due forme...

« Parce que je pense qu'il est aussi essentiel de réintroduire la culture dans notre bilan, il faut absolument refuser de se laisser piéger par cette expression de la 'dépression culturelle' utilisée par les socialistes. C'est faux ! » AInsi a parlé Mitterrand.

Le bilan est fabuleux !

On l'aura rarement connu aussi vindicatif, et acharné à défendre son camp, en prenant une position politique si ferme contre la gauche, le Frédéric. Lui qui a « sillonné la France » durant tout l'été, assure que le pays « vit un élan culturel exceptionnel ». Et de lister, dans un inventaire à la Prévert, l'ensemble de ce qui devrait être des réussites attribuables à la politique de son ministère.


Au menu, la fréquentation des cinémas, la meilleure depuis 1967, ou encore un Festival d'Avignon qui a connu 15 % de visiteurs en plus. « Il n'y a pas de "dépression culturelle" en France, c'est faux, c'est un mensonge, il ne faut pas se laisser piéger par cela », insiste-t-il de nouveau.

Et d'interpeller la jeunesse qui sait « que l'on ne construit l'avenir que dans une bonne connaissance du patrimoine vivant ». Pour la jeunesse qui ne le sait pas, c'est qu'elle n'est pas encartée UMP... ou simplement que la phrase est un brin alambiquée.

Numérique et Europe : qui dit mieux ?

C'est quand le pan Hadopi surgit que l'on comprend combien la défense du bilan va être délicate. Notons que, selon Pcinpact, pour l'année 2012, la Haute Autorité a réclamé 12 millions € pour assurer son fonctionnement.

« Nous avons construit un véritable plan, pour la défense du numérique, avec Hadopi qui protège les créateurs et les artistes. Nous sommes entrés, à pas mesurés, réfléchis, mais résolus, dans la révolution numérique. Y ont-ils réfléchi de la même manière, avec autant d'efficacité ? Non ! » Ils, ce sont évidemment les socialistes. Pourtant, depuis un bon moment, Martine Aubry tente de proposer des alternatives pour en finir avec Hadopi, et protéger tout de même la culture. (voir notre actualitté)

Poursuivant sa diatribe politique, Mitterrand s'internationalise, mettant en exergue l'exception culturelle française - et pointant que l'Angleterre ne dispose « d'aucun des moyens » dont la rue de Valois est pourvue. « En période de crise, le budget du ministère de la Culture a été sanctuarisé, et même légèrement augmenté : qui dit mieux en Europe ? »


 
Acclamé par la foule, qui brandit bien haut les drapeaux UMP, Mitterrand enchaîne ensuite sur une salve de remerciements, saluant le premier ministre, le président « qui ont protégé le budget de la Culture ».

Bonnes fées et bonimenteurs

La liste se poursuivra, jusqu'à cette apothéose : « Et je souhaite que la culture soit inscrite dans le bilan et dans le programme. Il ne faut pas que l'on fasse cette erreur qu'ont faite les socialistes de consacrer juste une page à la culture.

Quand ils se sont rendu compte de leur erreur, toutes sortes de bonnes fées sont descendues en disant on mettra 30 %, on mettra 40 %, on mettra 50 %, pourquoi pas 100 % ? Pourquoi pas se brancher directement sur le pétrole du Koweit pour l'envoyer directement au ministère de la Culture ? Tout ça c'est faux ! Ne vous laissez pas impressionner.
»

L'allusion n'aura échappé à personne : la bonne fée, c'est bien Martine Aubry, et les pourcentages avancés, ceux d'une bataille bien entamée entre les deux. (voir notre actualitté)

Mais il n'échappera à personne que conclure un discours avec une pareille phrase peut prêter à sourire...

NB : 
Ainsi que nous l'ont judicieusement fait remarquer des lecteurs - grâces leur soient rendues ! - le ministre fait une impasse sidérante sur toute la politique du livre en France. Pourtant premier secteur du divertissement, en termes de chiffre d'affaires, particulièrement concerné par les problématiques de la numérisation, abordées dans le discours du ministre, le livre qu'il soit de papier ou numérique, est brillament passé sous silence.

Que doit-on en conclure ? Probablement pas comme Marc, qui dans un facétieux email, nous signale que Nicolas Sarkozy n'est pas Barack Obama, et ne lit sûrement pas autant que le président américain. Mais la question meritera d'être posée : pourquoi tant parler de musées, de cinéma, de spectacle vivant ou  de musique, et ne pas toucher un mot de la politique du livre ?



On pourra toujours téléscoper cette intervention avec les commentaires de Jean-Jacques Aillagon, interrogé sur la fonction du ministère de la Culture, par les Inrocks.
Je crois que le ministère doit apprendre à mieux recentrer son action. Il est partagé entre un discours qui voudrait accréditer l'idée qu'il sait tout, qu'il est partout et qu'aucune action ne pourrait avoir lieu sans ses interventions et, d'autre part, la marginalisation effective de son rôle et de sa capacité d'intervention face à l'émergence d'autres opérateurs. Je suis frappé par le nombre de communiqués de presse qu'il diffuse pourtant. Il est devenu une véritable agence nécrologique.

Cette hyper communication n'est-elle pas le moyen d'exorciser le sentiment d'une certaine impuissance. Frédéric Mitterrand ne compte ni son temps, ni son ardeur. Son hyperactivité sur le terrain, dans la ligne de celle de ses prédécesseurs — et je m'y inclus — n'est-elle pas le symptôme d'une réalité qui rend de plus en plus difficile une prise sur la réalité des choses.
Dont acte.



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