Mo Yan se revendique du peuple, pas du parti communiste

Cécile Mazin - 28.02.2013

Edition - International - Mo Yan - Noble de littérature - critiques


Dans l'édition de cette semaine de l'hebdomadaire allemand, Der Spiegel, on retrouve une interview du prix Nobel de littérature 2012, Mo Yan. Il revient sur les critiques nombreuses qui ont accueilli sa nomination - et portant notamment sur sa proximité avec le pouvoir communiste en Chine. 

 

 

 

 

Cet entretien lui donne l'occasion de mieux exposer ses positions, affirmant qu'il écrit « au nom du peuple chinois, et pas du parti », tout en fustigeant les hommes corrompus en Chine. Si l'écrivain dissident Liao Yiwu l'a d'ailleurs attaqué, estime Mo Yan, c'est avant tout par jalousie. Cité par l'AFP, il répond : « Je sais qu'il m'envie pour cette récompense et je peux le comprendre. Mais ses critiques sont injustes. Mes opinions politiques sont claires. Il suffit de lire mes livres. »

 

De même, Mo Yan se défend de ce qu'Ai Weiwei, l'artiste dissident, avait lancé contre lui, à l'occasion du Nobel. Il refuse à l'artiste de pouvoir représenter la Chine et d'en être le porte-parole contre lui. Et si lui-même se refuse à prendre ce rôle, il doute que Weiwei lui puisse. « Ceux qui représentent vraiment la Chine creusent la terre et construisent des routes de leurs mains nues. »

 

Une autre Nobel de littérature, Herta Müller, s'en était prise à Mo Yan. C'est que Herta, la censure, elle en connaît un rayon. Dans ses premiers temps, son recueil de nouvelles Niederungen, fut censuré en Roumanie. Aussi, pour parvenir à faire corriger et relire ses textes, Herta assurait que cette nomination était « une catastrophe », ajoutant que les Chinois eux-mêmes considèrent l'écrivain comme « un fonctionnaire du même niveau qu'un ministre ». Et l'écrivaine d'origine roumaine de trancher : « Il célèbre la censure. C'est extrêmement troublant. » 

 

Wei Jingsheng, autre dissident notoire, avait estimé qu'il était louche que le Nobel se soit lancé dans la copie, à la main, d'une partie de discours de Mao Zedong, dans le cadre d'un ouvrage commémoratif, rapporte l'AFP. Depuis son exil américain, Wei considère que le choix du Nobel est d'autant plus litigieux, « parce qu'il serait toléré plus facilement par le régime communiste ».

 

Et de pointer le comportement du gouvernement chinois, particulièrement suspect, estime-t-il. « On peut dire que ce prix a été accordé pour faire plaisir au régime communiste et qu'il n'est donc pas digne d'intérêt », ajoute Wei, qui a passé 18 années en prison. En 1979, il manifesta son amour pour la liberté, en affichant ses revendications sur le ‘Mur de la démocratie' et a été emprisonné peu après.