Mobilisation contre Amazon : l'Etat doit s'emparer du dossier

Clément Solym - 07.01.2013

Edition - Economie - concurrence - fiscalité


D'un côté, Virgin, de l'autre, les difficultés que les libraires indépendants peuvent rencontrer : ce début d'année 2013 est morose. Dans quelques heures, le comité d'entreprise de Virgin aura achevé sa réunion, fixant, ou du moins, établissant les grandes lignes pour l'avenir du groupe. Dans l'intervalle, le syndicat CGT appelle à la mobilisation... contre Amazon. 

 

 


 

 

La semaine passée, deux tribunes émanant du SDLC et de deux libraires d'Agen convergeaient déjà vers ce même point : la mise en péril des entreprises françaises qu'implique Amazon. Profitant tout à la fois d'avantages fiscaux et de subventions, sous la forme d'aides publiques pour le recrutement de 250 employés, l'Américain représente tout à la fois le géant à abattre, et le bouc émissaire parfois. 

 

Tribune du SDLC

Nos entreprises réclament depuis des années l'établissement d'une concurrence loyale entre les opérateurs de vente en ligne et les détaillants multicanaux.

En effet, nous employons des milliers de collaborateurs, nos magasins sont présents sur l'ensemble du territoire, nous finançons sur nos fonds propres des plate-formes de vente de contenus culturels en ligne et nous payons nos impôts en France. Accessoirement, les enseignes du SDLC ne bénéficient d'aucun mécanisme d'optimisation fiscale, ni de subventions publiques.

Subventionner Amazon, c'est mettre en péril les nombreux emplois de nos magasins et de nos entrepôts.

Pour la CGT, il faut remonter aux sources : « L'édition et la diffusion-distribution françaises, européennes et américaines, se sont engouffrées dans la brèche Amazon, à la recherche d'un chiffre d'affaires rapide et facile. »

 

Évoquant ainsi une gestion court-termiste, doublée d'une délocalisation en Chine de la fabrication, la CGT parle d'une « destruction progressive des métiers de la librairie (et donc aussi de ses emplois) et à un poids d'Amazon (70% du CA internet en France) qui le rend incontournable aujourd'hui, pour un solde de création d'emplois insignifiant ».

 

Mais tout n'est pas si noir : enfin, se félicite le syndicat, la ministre de la Culture, en lien avec le ministère des Finances, demande des comptes - après que les pouvoirs publics de droit et de gauche, ont laissé le marché s'organiser sans régulation ni intervention. 

 

« Reste au gouvernement à entreprendre une grande action publique et pédagogique de sensibilisation à la culture et aux livres, seule à même d'éclairer et rééquilibrer les choix des citoyens / consommateurs », souligne la CGT.

 

Au menu : pérenniser le réseau de libraires, dans une approche qui dépasse le simple retour à une TVA de 5,5 %. « Compte tenu de l'austérité record du budget de 2013, il ne s'en donne aucunement les moyens et entache, une fois de plus, ses intentions d'absence de crédibilité. »

 

Un écho que l'on retrouve dans la tribune des libraires d'Agen : 

 

7) La survie de votre centre-ville :

Une ville ne survit que grâce à son animation commerciale et culturelle. En tant que client, vous en êtes un des acteurs essentiels : Prenez-en conscience ! Votre centre-ville c'est le forum des Romains ou l'Agora des Grecs : c'est un creuset indispensable au vrai lien social. Votre libraire est au centre-ville et en est un des animateurs vitaux avec des libraires en chair et en os pour vous conseiller et vous accueillir. C 'est autre chose qu'un entrepôt logistique avec lequel vous dialoguez par écran interposé.
8) Etes-vous vraiment un hyper-capitaliste ?
Amazon, c'est 48 milliards de $ de chiffre d'affaires. Avez-vous vraiment envie d'apporter votre obole à ce géant qui essaie par tous les moyens de vous lier à son business (tablette numérique non ouverte, déréférencement des éditeurs qui n'accepteraient pas leurs conditions, etc….) et qui de plus se comporte en spécialiste de l'évasion fiscale légale et organisée?

 

 

Pour redynamiser une société en proie à une crise douloureuse et sans précédent, il est impératif que l'État s'empare de ces questions.

 

 

Pour approfondir

Subventionner Amazon, c'est mettre l'emploi en péril (SDLC)

Depuis Agen, salve de pruneaux contre Amazon