Moins de femmes pour écrire des romans, moins de femmes dans les romans ?

Cécile Mazin - 20.02.2018

Edition - International - femmes auteures romans - édition femmes hommes - égalité hommes femmes


Être ou avoir ? Entre hommes et femmes, le traitement est assez marqué : à travers l’analyse de quelque 100.000 romans s’étendant sur une période de plus de deux siècles, les distinctions sont notables. Et si les mots ont un sens, entre le XIXe et le XXe siècle, les différences de traitement entre hommes et femmes sont notables...


reclining with stripy gloves
Empress of Blandings, CC BY SA NC 2.0
 

 

Un algorithme s’est arrêté sur 104.000 œuvres de fiction, parues entre 1780 et 2007 — le fonds provenait de la bibliothèque numérique HathiTrust. Les universitaires de l’Illinois et de Berkeley se sont ainsi penchés sur l’analyse sémantique que permettait la machine. Dans leurs hypothèses, les romans allaient mettre en avant une plus grande importance accordée aux femmes.

Sauf que non.

 

« Du XIXe siècle, jusqu’au début des années 60, nous observons une forme de déclin constant », notent les scientifiques Ted Underwood, David Bamman et Sabrina Lee. Non seulement le nombre de personnages féminins diminue, mais le nombre de livres écrits par des femmes chute drastiquement. Ils passent de 50 % des titres à environ 25 % entre 1850 et 1950. 

 

Sans voix, les universitaires avouent qu’ils s’attendaient bien à ce que les effets du féminisme se fassent sentir. Interrogeant tout d’abord la méthodologie, leurs nouvelles volées de tests ne firent que confirmer les premiers résultats.

 

Les auteures ne finissent par ne plus représenter qu’un quart de la production de livres. « Si cette tendance est réelle, c’est un fait important dans l’histoire littéraire, qui devrait être souligné, disons, y compris dans les introductions d’anthologies. » Et de poursuivre leurs constats avec aberration : entre 1800 et 1960, il apparaît que cette régression est régulière, autant que manifeste.

 

Alors quid ? L’inversement de cette tendance à partir des années 70 serait à mettre sur le compte de l’embourgeoisement du roman. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, écrire un roman n’était pas en soi une carrière avec une panacée sociale. Mais à mesure que le regard a changé, la représentation de femmes dans la profession a fini par se réduire. Les hypothèses s'arrêtent là, mais la maîtrise des moyens de production des romans, les maisons d'édition, entre aussi en jeu, évidemment.

Or, cette conclusion s’accompagne d’une autre observation : le nombre de personnages féminins chute tout aussi drastiquement — logique, déplorerait-on. Les femmes n’occupent en effet qu’un quart de l’ensemble de l’espace des ouvrages, chez les hommes. Dans les livres de femmes, la représentativité est plus proche de l’égalité.

 

Conclusion ? Pour Kate Mosse, romancière spécialisée dans l’histoire et fondatrice du prix Women’s Prize for Fiction, rien de véritablement étonnant. À la création du prix, cette dernière a relevé qu’un livre avec un protagoniste masculin était plus en mesure de devenir lauréat... 



 

Le fait est, poursuit-elle, que les femmes avaient plus de liberté lorsque Jane Austen, Mary Shelley ou Ann Radcliffe signaient des romans. Ensuite, l’époque victorienne a de nouveau imposé l'idée d'une femme au foyer, dévouée à son mari, à ses enfants et à la famille. Et, par la suite, la critique littéraire est devenue une discipline, masculine par essence, faisant perdre leur position aux femmes. 

 

Bien entendu, l’ensemble des textes analysés était en langue anglaise. Mais rien ne semble indiquer qu’il puisse en être autrement avec l’évolution de l’édition en langue française.  

 

via Culture analyticsGuardian




Commentaires

Article intéressant mais grosse erreur: Ni Jane Austen, ni Mary Shelley, ni Ann Radclyffe ne sont des auteures victoriennes! Elles précèdent cette époque qui fut plutôt régressive pour les femmes. (règne de Victoria: 1837- 1901. Ann Radclyffe: 1764 – 1823 - Mary Shelley 1797-1951 - Jane Austen 1775-1817).
Il y a un contresens par rapport à une phrase de l'article du Guardian:" women are freer in the time of Jane Austen or Mary Shelley or Ann Radcliffe, but then Victorian values – the idea of the angel in the home – take over. " C"est avant l'époque victorienne, imposant le modèle de la femme ange du foyer, que les femmes avaient plus de liberté!"

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