MOLESTE, le premier collectif féministe de la bande dessinée italienne

Federica Malinverno - 06.11.2020

Edition - International - autrices bandes dessinees - sexisme harcelement sexuel - edition artistes auteurs


Elles veulent être jugées en tant qu’artistes et non pas en tant que femmes, et dénoncent les abus et les harcèlements. Pour rendre le monde de la BD italienne plus équitable et inclusif.


 

Une nouvelle initiative collective dans le monde de la BD italienne


« Vous ne pouvez peut-être pas l'imaginer, mais même dans le monde de la bande dessinée italienne, des choses désagréables arrivent. [...] Dans un secteur où le travail bénéficie rarement de garanties syndicales, le terrain d'abus est particulièrement fertile [...] ». Voici quelques lignes de l’ouverture du Manifeste de MOLESTE, signé par plus de 80 professionnelles de la BD italienne, qui se sont réunies pour donner vie à ce collectif féministe.

Il a été créé en 2020, l’année la plus riche de tous les temps en termes d'initiatives collectives : nous pouvons en effet mentionner le groupe d'étude sur le métier d'auteur, MeFu (Mestieri del Fumetto, Métiers de la BD), qui a réalisé une enquête en 2020 sur le statut économique et professionnel des créateurs de BD en Italie, ainsi que l’association de 23 festivals de BD – dont les plus connus sont Lucca Comics & Games et Comicon – qui ont uni leurs forces pour demander au gouvernement italien des mesures extraordinaires de soutien pour le secteur pendant la première phase de la pandémie de Covid-19 en Italie (mars- juin 2020).
 

Un espace de réflexion et de dénonciation



Elles se proposent comme « un point de référence pour ceux qui ont besoin d'informations et de formation » à propos de ces sujets, « ainsi qu’un espace d'écoute et de réflexion pour ceux qui - quel que soit leur sexe - ont connu des épisodes de harcèlement, de sexisme, d'abus et pour ceux qui veulent vraiment soutenir notre cause ».
Voici les objectifs et engagements du collectif : un espace d'écoute mutuelle et de dénonciation, car il part du besoin de partager les expériences de harcèlement et les comportements sexistes qui ont concerné, au fil des ans, de nombreux auteurs et professionnels. Mais aussi le premier pas pour construire un environnement véritablement nouveau, où tous et toutes peuvent bénéficier d’un climat d’égalité, respect et inclusion, en partageant un professionnalisme véritablement reconnu, sans interférences liées au sexe et à l'âge.

Enfin, ce collectif vise à constituer un point de référence et d’appui, à travers un travail de recueil de témoignages, de manière confidentielle, en collaboration avec de nombreux centres anti-violence disséminés sur le territoire italien.
 

« Pour être jugées en tant qu’auteures et non en tant que femmes »


De plus, une des priorités du collectif sera la construction d'un réseau : une communauté de valeurs et aussi professionnelle, mais également un réseau international entre les associations qui s'occupent de ces mêmes questions. Des jumelages avec BDEgalité (France) et So Many of US (Etats-Unis) ont déjà été annoncés ; en outre, des collaborations avec des associations nationales travaillant sur des causes convergentes et complémentaires ont déjà été envisagées.

Car l’ennemi à battre est de taille et bien répandu : « Le sexisme, le machisme, les préjugés sont des racines empoisonnées qui infestent tous les domaines de notre société. La culture patriarcale continue de rendre invisible le travail, le talent et les accomplissements des femmes : rarement traitées comme des professionnelles, mais toujours rattachées à leur sexe ; corps soumis au jugement, sexualisés, infantilisés ; "Elena", "Maria", "Giulia", jeunes femmes, épouses et filles de… ».

Une situation qui apparait intolérable à celles qui se définissent comme des « auteures, scénaristes, illustratrices, coloristes, journalistes, traductrices, écrivaines fantômes », et qui veulent « être jugées en tant qu'artistes, pas en tant que femmes ». Des propos clairs et louables, au cœur d’une initiative très bienvenue dans le milieu de l’édition italienne, où trop souvent les femmes peinent encore à trouver leur place et à être reconnues pour leurs talents.


Commentaires
Une chronique à mettre en parallèle avec celle publiée ce même jour sur ce site et concernant Pénélope Bagieu.

Depuis la très grande Claire Bretécher et jusqu'à la très reconnue ( à juste titre) Pénélope Bagieu, on peut espérer que le regard français sur le travail de telles dessinatrices (ou «bédéastes»...) et auteures soit focalisé sur leur talent et leur personnalité !

Non sur leur seul genre.

Quant au monde de l'édition en général, il est fortement féminisé en France.

On sait qu'il y a bien plus de lectrices que de lecteurs de romans au pays de George Sand, de Françoise Giroud ou Cécile Ladjali (une petite excuse pour mentionner cette grande auteure que j'apprécie fort !).

Mais je ne connais pas du tout le monde de la BD italienne, masculine ou féminine...

Ce serait désolant que le machisme le plus épais y tienne encore le haut du pavé (y compris de presse).

CHRISTIAN NAUWELAERS
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