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Mon ennemie Nelly : une place à retrouver

Cécile Mazin - 14.08.2019

Edition - Les maisons - Nelly Arcan - Karine Rosso - identité culture


AVANT-PARUTION – Une jeune Montréalaise, récemment revenue de plusieurs années passées en Amérique du Sud, est malgré elle confrontée à Nelly Arcan, une autrice dont elle ignorait l’existence jusque-là. Plus elle en apprend sur l’écrivaine et son œuvre, plus elle se voit bousculée dans ses convictions et dans la place qu’elle occupe en tant que femme québécoise d’origine colombienne. 



 
« Je t’ai connue dans un 5 à 7. Dans une salle sans fenêtre, au fond d’un couloir gris et blanc. Les détails de la soirée sont gravés dans ma mémoire alors que les éléments importants, ceux dont je devrais me souvenir, ont curieusement été égarés (ou éliminés) par je ne sais quelle partie de ma conscience. 

Je me rappelle les olives et les charcuteries dispersées sur la table. Les deux filles aux cheveux courts qui riaient près de la porte. Le jeune étudiant qui me parlait la bouche pleine en faisant de grands gestes avec une seule de ses mains. 

L’autre bras restait collé sur son corps trapu, ses doigts obstinément enfoncés dans sa poche. Le faux diamant pendu à son oreille lui donnait un air rappeur, ou plutôt, un air gangster qui ne cadrait pas avec son discours sur Socrate. Je l’écoutais distraitement. Mon attention dérivait vers la présidente de l’association qui plissait les yeux devant un écran plat. 

Après les présentations d’usage où elle avait souri bizarrement (je ne connaissais pas encore cette moue, ce pincement des lèvres mi-amusé, mi-indifférent), elle m’avait esquivé poliment. Elle contournait la table chaque fois qu’elle voulait un morceau de fromage et paraissait pressée de retourner près de l’ordinateur. 

Pourtant, l’homme à lunettes assis auprès d’elle ne cessait de regarder dans ma direction. J’épiais attentivement les traits des convives, espérant reconnaître un visage familier. J’étais venue pour obtenir une autorisation, une signature légale au bas d’un document. 

Quelqu’un m’avait dit (mais qui ?) qu’il suffisait d’assister à la soirée pour formuler ma demande à l’association. Une heure était passée depuis mon arrivée et je savais déjà qu’il n’en serait rien. »


Karine Rosso, détentrice d’un doctorat en Études françaises, est chargée de cours à l’Université de Sherbrooke et membre fondatrice de la librairie féministe l’Euguélionne. Elle s’intéresse à la figure de l’autrice dans l’autofiction et aux différentes représentations des femmes dans la littérature contemporaine. 

Elle est également l’autrice d’un recueil de nouvelles intitulé Histoires sans Dieu (2011). Elle a codirigé Histoires mutines (2016), Nelly Arcan. Trajectoires fulgurantes (2017) et Interpellation(s). Enjeux de l’écriture au « tu » (2018).


[à paraître 20/08] Karine Rosso – Mon ennemie Nelly – Septentrion – 9782897911263 – 19,95 $

Dossier - La rentrée littéraire 2019


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