Mon fils, tu liras Les Mémoires d'Outre-Tombe, qu'importent tes 6 ans...

Clément Solym - 20.10.2010

Edition - Société - enfant - livres - illustrés


Les parents qui font la lecture à leurs enfants sont une espèce en voie d'extinction, et par là même, à préserver. Parce qu'une autre variété de géniteurs surgit : ceux qui veulent que leurs enfants lisent tout seuls.

Souvenez-vous de Petit Ours Brun, des aventures de Martine à Tombouctou (en prévision pour 2017) ou de tous ces livres illustrés, voire composés presque exclusivement d'images. Quel bonheur ! Eh bien non, décident les parents, qui, comme l'explique un article du New York Times, semblent décidés à ne plus acheter ces titres à leur progéniture, mais bien plutôt des ouvrages avec du texte, du vrai et des lignes, bien noires...


Selon certains, dont les bambins n'ont pas encore plus de 4 ans, les livres d'images ne sont plus nécessaires. Et bilan des courses, en librairie, les ouvrages pourtant de jeunesse ont une durée de vie qui se racornit comme peau de chagrin. Avec un prétexte fallacieux : mes enfants valent mieux que cela.

Et pour répondre à la pression de voir ses têtes blondes réussir dans la vie, les adultes les poussent à apprendre à lire plus rapidement encore, tout en délaissant des lectures de découverte ou d'émerveillement pourtant essentielles à la maturité de bébé...

Mais... c'est n'importe quoi !

Or, les libraires protestent : ce n'est pas parce qu'un livre contient du texte qu'il est forcément plus intéressant pour l'évolution dudit bambin. Certains disposent d'ailleurs d'un vocabulaire bien moins intéressant, voire riche, que celui de titres illustrés, justement conçus pour éveiller bébé. Et sans parler de certains autres, volontairement mal écrits, avec un vocabulaire parfois désastreux.

Et par conséquent, les éditeurs restreignent le nombre de publications, les libraires voient les livres repartir en invendus avant même de les avoir ouverts, et ainsi de suite... Si les classiques du genre continuent de faire vendre, comment les nouveautés pourraient-elles s'insérer dans cette nouvelle économie ?

Et surtout, comment faire comprendre aux parents qu'il ne sert à rien de mettre la charrue avant les boeufs ? Les enfants ont besoin de progresser à un rythme que l'on peut rendre un peu plus soutenu, mais jamais ils ne passeront de Mimi Cracra à La Condition humaine, par un simple claquement de doigts.