Italie : Adelphi, l'éditeur sauvé de la vente RCS Libri à Mondadori

Cécile Mazin - 07.10.2015

Edition - Economie - édition Italie industrie - Mondadori RCS Libri - édition concentration


L’Italie en est donc arrivée là : le groupe RCS Libri est revendu au concurrent Mondadori, dirigée par Marina Berlusconi, fille du Cavaliere. Avec cette puissance de frappe, représentant 40 % du chiffre d’affaires de l’édition italienne, Mondazzoli, comme il est déjà rebaptisé, menace de tout dévorer. La concentration, toujours la concentration...

 

Libri Italiani

Richard Eriksson

 

 

Les éditions Adelphi, depuis quarante années dirigées par Roberto Calasso, sont cependant sorties indemnes de cette vente. En rachetant ses parts à RCS Libri, Roberto redevient président et propriétaire de la boutique. Un sentiment de liberté retrouvée ? Pas même : « Je vais continuer de faire exactement ce que j’ai fait durant plus de quarante ans : trouver des livres et les publier. »

 

Bien entendu, lui va contre la tendance au gigantisme de l’édition – que ce soit en Italie ou dans le reste du monde. Mais le phénomène « peut donner de bons ou mauvais résultats, selon les circonstances, la marque, les gens. [...] Par exemple, la fusion entre Penguin et Random House ne semble pas avoir des conséquences trop négatives », estime-t-il. (via La Repubblica)

 

La question sera celle des objectifs de croissance, qui, souvent irréalistes, peuvent conduire à une catastrophe.

 

À ce jour, Adelphi représente un catalogue de 2500 titres, avec seulement 200 d’entre eux qui sont indisponibles : depuis la philosophie, en passant par les enquêtes de journaliste, la poésie, la littérature et l’anthropologie, la diversité est au rendez-vous. 

 

Et le tout avec un petit ton moqueur, sur les réseaux

 

Bonjour à tous, s’est-il passé quelque chose d’intéressant durant la fin de la semaine ?

 

 

Née dans les années soixante, la maison est apparue dans un contexte où trois fronts idéologiques s’affrontaient : le marxisme, le catholicisme, et la laïcité. Et dans ce contexte est venu l’éditeur, qui a choisi de publier ce qu’il aimait, considérant qu’il y avait des mondes à découvrir en dehors de ces trois orientations. 

 

Et pendant ce temps, chez les auteurs ?

 

Umberto Eco avait tenté de convaincre l’opinion publique que ce mariage ne pouvait pas se faire, et même le ministre de la Culture s’était joint à lui. Il est vrai que Eco est publié chez Rizzoli, et Dario Franceschini chez Bompiani, deux maisons du groupe RCS Libri, nouvellement cédé. 

 

Ce dernier a d’ailleurs repris la parole : « J’ai répété ce que j’ai dit depuis la première minute : le gouvernement n’interviendra pas, et ne doit pas intervenir. Ce sera, si c’est nécessaire, l’affaire de l’autorité de la concurrence, en vertu de la loi pour évaluer, comme toujours, et en toute indépendance, la vente de RCS. »

 

Tout cela ne changera pas grand-chose : les deux partenaires ont assuré que l’opération, avec ou sans l’accord de l’Autorité, serait conclue...

 

Le problème n’est en effet pas de disposer de 40 % du marché, mais d’abuser de cette situation pour violer des lois sur la libre concurrence, ou tenter de faire valoir une situation de monopole. Au cours des derniers mois, les 40 auteurs qui avaient accompagné Umberto Eco dans sa tentative de lutter contre la vente n’ont pu que découvrir à quel point elle semblait inéluctable. Aujourd’hui, hormis la colère ou le dépit, il ne reste que l’indifférence prudente. 

 

Et le temps qui va s'écouler...