Mondadori : Marina Berlusconi déçue de règles concurrentielles "dépassées"

Nicolas Gary - 25.03.2016

Edition - Economie - Marina Berlusconi Mondadori - RCS Libri antitrust - Bompiani Marsilio


La grande patronne du groupe Mondadori, fille de Silvio, jurait savoir ce qu’est l’édition. Marina affirmait que « faire la différence entre un livre et un détergent n’est pas quelque chose de compliqué : même moi y suis parvenue ». L’industrie italienne est donc sauvée. Sauf que Marina est toute chagrinée : la commission antitrust a imposé des mesures contraignantes pour le rachat de RCS Libri. Et Marina s’en plaint.

 

 

 

Le feu vert de l’Antitrust est donné, mais avec quelques sacrifices obligatoires. Il faudra en effet que Mondadori revende Bompiani et Marsilio. « C’est une belle et importante journée pour Mondadori. Le feu vert de l’Antitrust représente une étape critique pour l’acquisition définitive de RCS Libri », assure Marina. Et si elle est fière du résultat.

 

En tant que présidente, elle souligne : « Mondadori et Rizzoli, unissant leurs forces, seront en mesure d’investir davantage de ressources dans la qualité, contribuer au développement de la lecture, contribuer à faire de l’édition italienne une édition plus solide et plus compétitive. » Ça, c’est la dimension visible et jolie des déclarations. Parce que Marina est peinée.

 

« Bien sûr, nous devons également supporter de lourds sacrifices. Des sacrifices imposés par une application définitivement discutable et tout autre que tournée vers l’avenir, à partir des réglementations nationales et européennes, schématiques et dépassées. Elles ne prennent pas en compte les spécificités et la petite taille de notre marché », déplore-t-elle. 

 

Et la présidente d’ajouter qu’elle ressent comme une grande amertume d’avoir à « renoncer à des maisons d’édition comme Marsilio et Bompiani ». Surtout qu’elle avait l’intime conviction, Marina, que Mondadori aurait pu les conserver, tout en respectant les fragiles équilibres concurrentiels, et dans le respect de leurs identités respectives.

 

Dans tous les cas, l’acquisition « est en parfaite adéquation avec le processus de concentration qui marque le monde de l’édition, aux prises avec des difficultés sectorielles et le rapide développement de réels monopoles, au niveau d’Amazon » poursuit-elle. Les sacrifices « que nous avons dû accepter n’affecteront en aucun cas l’importance ni la valeur stratégique de l’achat, à la fois en ce qui concerne les soi-disant livres commerciaux et ceux destinés au monde scolaire. »

 

La lecture chez les jeunes, oui, bon... on verra

 

Opération positive, certes, mais Marina était depuis quelques semaines avertie que l’Antitrust lui demanderait de se séparer de quelques actifs de RCS Libri. Le plus sidérant reste probablement qu’elle n’ait pas un mot sur les autres mesures qu’a imposées l’Antitrust.

 

En effet, cette dernière a réaffirmé la nécessité de ne pas détériorer les conditions commerciales entre les libraires et les éditeurs de RCS Libri. De même, elle impose dans les lieux de vente appartenant à Mondadori, d’assurer une visibilité aux éditeurs tiers, sans privilégier outrageusement les titres de ses catalogues. 

 

Après, il y avait bien deux ou trois choses sur le développement de la lecture auprès des jeunes. Mais cela, Marina aura bien le temps de s’en préoccuper plus tard. 

 

« Ces mesures sont contraignantes, mais il faut comprendre à quel point ce rachat est important. Sont-elles suffisantes... », nous affirmait un observateur milanais. « L’Autorità Garante della Concorrenza e del Mercato est censée placer le curseur suffisamment haut, pour faire respecter une logique concurrentielle dans le pays. »

 

(via Prima Online)