Monsieur Valls, ignorerez-vous encore longtemps le sort des auteurs ?

Nicolas Gary - 20.03.2016

Edition - Economie - Manuel Valls réforme - auteurs sécurité sociale - salon livre


Les personnalités politiques se donnent nécessairement rendez-vous en cette période, Porte de Versailles, pour des bains de foules et autres séances de dédicace. Le passage de Manuel Valls consacrait moins la présence d’un auteur que d’un Premier ministre. Il se serait pourtant bien écoulé quelque 4000 exemplaires de son livre L’exigence, sorti fin janvier. Accompagné d’Audrey Azoulay, Manuel Valls a fait un grand tour et lâché quelques commentaires. 

 

ActuaLitté, CC BY SA .0

 

 

Évidemment, l’arrestation de Salah Abdeslam occupait le centre des attentions des médias, et l’on a surtout remarqué la vigilance du premier ministre pour qui la menace terroriste « reste à un niveau très élevé ». Le sujet était crucial, et toutes les rédactions se sont précipitées.  

 

C’est pourtant un autre auteur que Manuel Valls est venu saluer : une conviviale et chaleureuse poignée de mains avec Alain Juppé, devenu le favori des sondages pour la primaire Les Républicains. Évidemment, d’un stand à l’autre, on échange quelques banalités, on se fait offrir quelques livres – qui a déjà vu une personnalité politique acheter des livres durant un Salon, devant des caméras ?

 

Du porte à porte de stand en stand

 

Le Premier ministre prit également le temps d’une pause sur le stand de l’Institut français – fort logiquement : la France sera invitée de la Foire du livre de Francfort en 2017, et Manuel Valls avait dû arbitrer entre les ministères de la Culture et celui des Affaires étrangères, pour définir les budgets que chacun investira

 

Sur les réseaux, la ministre de la Communication fait le job – le fil Twitter de Manuel Valls est resté silencieux.

 

 

Au mieux le fil du Gouvernement se raccrochait à l’actualité en diffusant les chiffres de l’édition et du livre en France. 

 

 

 

Alors bien sûr, il y eut ces échanges avec Alain Mabanckou, ou encore Philippe Djian – et même Fabrice Lucchini, toujours aussi fantasque. Mais si les auteurs étaient présents, au gré des stands, leur situation économique et sociale ne fut de toute évidence pas à l'ordre du jour. L'écrivain, on le préfère toujours bien brillant : avec des paillettes, plutôt que des requêtes.

 

Le Décret Valls, ou la mise à terre des auteurs

 

Au cours de ce parcours du Premier ministre, personne n’a donc pu saisir l’occasion pour rappeler qu’une pétition circule depuis le 7 février, pour demander au président de la République l’abrogation du décret RAAP/IRCEC, ou décret Valls, du 30 décembre 2015 et relatif à la réforme de la retraite complémentaire des artistes et auteurs.

 

Cette dernière est déjà « rejetée par la quasi-totalité des représentations syndicales du monde de l’art. Nous demandons, pour le moins, à ce que les propositions majoritaires de l’intersyndicale soient prises en compte par les autorités ». Et à ce jour, elle a atteint près de 10.000 signatures.

 

APPEL AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE POUR L'ABROGATION DU DECRET VALLS : depuis le vendredi 5 février 2016,  plus de 9800...

Posté par J'aime les livres et je veux que les auteurs en vivent -LCDA sur samedi 6 février 2016

 

 

On pourrait également rappeler que Pascal Dessaint, auteur de polars multirécidiviste chez Rivages avait interpellé le Premier ministre, pour lui faire prendre conscience de la situation actuelle des artistes auteurs : 

 

Quand on sait que la plupart de ces drôles de gens sont en dessous du seuil de pauvreté, on se demande s’il n’est pas question de les faire disparaître. Disons-le, les auteurs, oui ceux-là grâce à qui vivent tant de gens, les éditeurs, les libraires, etc. souvent sont pauvres. Ce fameux décret a été signé par Manuel Valls, Michel Sapin et Marisol Touraine. On parle là des auteurs de livres, de culture.

 

 

Depuis bientôt 18 mois les actions des artistes se multiplient dans les manifestations littéraires, on interpelle les autorités, mais rien ne vient. « Aujourd’hui, chez les artistes auteurs, au désarroi a succédé la colère. Entendrez-vous enfin leur parole ? », indiquait la pétition adressée au Président de la République. 

 

Qui ne dit mot consent et les absents ont toujours tort, facile !

 

Alors, personne durant ce Salon pour solliciter le Premier ministre et lui demander sa position sur le devenir des créateurs en France, leur situation économique, pourtant largement exposée dans une série d’études ? Manuel Valls lui-même n’a peut-être pas songé à poser la question, et pour cause : la Place des auteurs, réunissant d’ordinaire les organisations représentant, n’a pas vu le jour cette année. 

 

La Société des Gens de Lettres décidait en effet pour 2016 de ne pas se rendre au Salon, mais d’assurer une communication malgré tout, sur la position de l’auteur. Cela s’est concrétisé dans ces trois clips.

 

 

 

Cette absence découlait de tarifs trop élevés que la société organisatrice Reed Expo proposait aux organisations. « Cette absence est un non-sujet, d’autant que la décision ne porte que sur l’édition 2016 », certifiait, catégorique, la SGDL. Un non-sujet qui avait pourtant conduit le Syndicat des éditeurs à intervenir et proposer le financement d’un espace, avant que Reed ne finisse par céder également, et par chercher un compromis. 

 

« Alors que Livre Paris, manifestation professionnelle, annonce la création d’un nouveau salon pour cette année 2016, il aurait été préjudiciable qu’une grande partie des professionnels – les auteurs – ne soit pas présente ni représentée », nous précisait-on. À cette époque, on discutait encore.     

 

Puis, à moins d’un mois de l’ouverture du Salon, tout fut abandonné : « Techniquement très compliqué », pour trouver les emplacements, et que faire d’un espace vide, et sans substance ? L’absence était plus raisonnable. 

 

Moralité, le Premier ministre n'aura pas eu la chance d'assister à une nouvelle Marche des auteurs sur le Salon cette année, et dans le même temps, le décret Valls court toujours, sans personne pour l'arrêter. Difficile de capter l'attention des pouvoirs publics, dans ces conditions.