Monstres d'enfants : les croque-mitaines du livre jeunesse

Clément Solym - 11.05.2012

Edition - International - jeunesse - sendak - ungerer


À l'âge de 83 ans, Maurice Sendak s'en est retourné au pays des monstres pas si méchants. Inimitable par son trait rond et ses pastels, l'illustrateur et écrivain laisse un vide dans l'imaginaire des enfants.  Un royaume où prospèrent les monstres sous les tapis, et les villes mystérieuses se découvrent dans les placards. À l'image d'une littérature fantastique adulte qui titille les notions de réalités et interroge les symboles. Sendak, Ungerer et les autres ont joué avec l'insolite et l'étrange.

 

Avant l'imagination facétieuse d'un Pef, les premiers éveils à la littérature se résumaient à une approche éducative autour du brossage de dents et de l'art de bien se coucher dans le calme. Parfois d'autres auteurs ont dressé des imaginaires aussi sympathiques que le Babar de Brunhoff.  Et même si Tistou les pouces verts comporte son lot de poésie, ces univers enfantins gardent l'héritage d'une conception réductrice de l'enfant. À la manière victorienne de la relation aux femmes, ces enfants éternels qu'il faut cultiver, nos bambins se sont familiarisés sur le tard avec la littérature du frisson.

 

« Coupe-toi un bout de talon »

 

On objecterait le conte de fées à l'appui que l'on ne pourrait pas mieux se tromper. Destinés à un lectorat mondain ou aux veillées populaires, ces contes sont avant tout destinés à un public adulte. Certains passages demeurent encore inadaptés à la lecture pour enfant, qu'on pense à l'égorgement des petites ogresses dans le Petit Poucet de Perrault ou encore à l'une des sœurs de Cendrillon, chez Grimm, qui ne parvenant pas à enfiler la pantoufle de vair se voit intimer par sa mère : « Coupe-toi un bout de talon ; quand tu seras reine, tu n'auras plus besoin d'aller à pied ». On aura connu conseil moins cruel.

 

 

         (Maximonstres et leur roi Max)

 

 

Jusqu'aux années 50, l'approche merveilleuse ne laisse pas de place au fantastique. Mais l'après-guerre voit éclore des illustrateurs pour enfants qui adoptent une approche radicalement différente. Il ne s'agit plus de produire une fiction en ne gardant plus à l'esprit que la fantaisie et de bonnes valeurs morales. Certains puisent dans leur vécu les expériences pour nourrir une œuvre plus riche.

 

Ce n'est pas un hasard si c'est un Sendak qui livre des Maximonstres dont les yeux jaunes sont inquiétants, avant de découvrir que le petit Max déguisé en loup ne craint personne. Le rire éclate et la morale est bien présente à la fin, mais pas sans un temps de tension narrative.

 

 

La guerre comme point d'ancrage

 

De même, il y a des raisons pour que ce soit la petite blonde d'Ungerer qui s'acoquine avec les Trois brigands lourdement armés. Quoiqu'en matière de blondettes, le dessinateur alsacien aura tendance à les dévergonder pour une grande carrière d'illustrations pour adultes. Plus représentatif, Otto relate l'histoire d'un ours en peluche qui est littéralement déchiré par le cours de l'histoire.

 

Les deux auteurs ont vécu la seconde guerre mondiale dans toute son ampleur. L'un est né juif d'une famille décimée, l'autre a subi la germanisation de l'Alsace. De ces enfances bouleversées, ces auteurs tirent une bibliographie riche qui joue sur la crainte, la surprise sans oblitérer la question du péril trop vite.

 

 

Aujourd'hui, cette approche de la littérature qui fait peur s'est généralisée. Et la relève adapte des recettes propres. Les années 90 marquent la vague de bouquins de R. L. Stine qui déferlent dans la collection Chair de poule. Le colossal succès sera temporaire, mais reprend tous des classiques pour adultes de King, Koontz ou Masterton. Avec bine moins de sang et plus de ketchup. Comme une sensibilisation à la chose fantastique, après les éveils à la littérature et le roman pour pré-ados.

 

Une relève qui se tourne vers les adultes

 

Plus récemment encore, c'est l'écrivain pluridisciplinaire, Neil Gaiman, qui s'est essayé à l'exercice du petit coup de frousse juvénile. D'abord avec Coraline en 2002 puis L'étrange vie de Nobody Owens qui transpose le petit d'homme de Kipling dans un cimetière. Dans ces contes inspirés de l'imaginaire de Burton, le fantastique s'est forgé des lettres de jeunesse, mais plus encore, permet des aventures littéraires pour toute la famille.

 

Du côté de la moralité et du happy end, si elles sont bien au rendez-vous, les épreuves vraiment frissonnantes des héros leur donnent une légitimité plus grande encore. Un peu comme si Franklin savait attacher ses chaussures parce que fuir un monstre les lacets défaits n'est pas conseillé.




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