Monstres de la traduction au bord du Lac Léman

Claire Darfeuille - 28.08.2014

Edition - International - Traduire - Littérature étrangère - CTL de Lausanne


Une trentaine de traducteurs littéraires et 300 auteurs sont attendus au salon Le Livre sur les quais qui se tient sur les berges du lac Léman le premier week-end de septembre. Plusieurs tables rondes et rencontres aborderont des questions de traduction et donneront la parole aux traducteurs. Enfin, le Tessin italophone et ses auteurs sont aussi les hôtes d'honneur du salon.   

 

 

  André Markowicz - D.R. Actes Sud

 

 

On peut se rendre à Morges pour rencontrer Daniel Pennac, président d'honneur du Livre sur les quais cette année, mais aussi pour écouter Akira Mizubayashi, son traducteur en japonais. À l'occasion des 25 ans du CTL de Lausanne, le premier salon de littérature francophone de la rentrée s'ouvre encore davantage à l'international et multiplie les rencontres avec les 30 traducteurs et traductrices invités cette année.

 

Monstres de la traduction

 

Une première table ronde consacrée à Poésie des grammaires et perception du monde rassemble Jean-Yves Erhel, « journaliste (professionnel) le jour, traducteur (amoureux) la nuit », Jean-Pierre Minaudier, traducteur de l'estonien, du basque et collectionneur compulsif d'ouvrages de linguistique, Akira Mizubayashi, traducteur en japonais et auteur en français de « Une langue venue d'ailleurs » et de « Mélodie , chronique d'une passion» et Annie Montaut, traductrice du hindi.

 

La seconde intitulée Monstres de la traduction invite André Markowicz, traducteur de l'intégralité des œuvres de Dostoïevski, du théâtre de Gogol et de Tchekhov (avec Françoise Morvan), à présent occupé à la retraduction -intégrale bien sûr- des pièces de Shakespeare, Bernard Lortholary, illustre traducteur d'une centaine d'œuvres de l'allemand et Claro, auteur, traducteur et maître du Clavier cannibale.

 

Patrick Deville, directeur de la Maison des Écrivains Étrangers et Traducteurs de Saint-Nazaire, Antoine Volodine –qui traduisit du russe avant de se consacrer entièrement à ses romans- et Bernard Comment, notamment traducteur de Antonio Tabucchi, prendront le large pour une croisière littéraire à bord du Lausanne où ils discuteront Fiction&Cie. Sur le même bateau, Pia Petersen, Akira Misubayashi et Fouad Laroui échangeront sur « Écrire et vivre en plusieurs langues ». Un sujet que pourraient tout aussi bien aborder Anne Cuneo, Fawziad Assad, Raluca Antonescu ou encore Joseph Incardona…

 

Paroles de traducteurs

 

La Midnight Sun Gallery accueillera par trois fois des Paroles de traducteur. A chacune de ces rencontres, trois traducteurs viendront présenter leur travail en cours ou parler d'un auteur ou d'un texte qui leur tient à cœur. Ainsi, Oliver Mannoni, directeur de l'École de traduction littéraire du CNL, traducteur entre autres de Peter Sloterdjik et de Martin Suter, parlera de La cravate de Milena Michiko Flasar (Éditions de l'Olivier), Jean-Louis Besson de la Maison Antoine Vitez, traducteur de théâtre allemand, apportera des pièces de Georg Büchner, Simon Koch, traducteur du suisse allemand vers le français partagera des poèmes de Raphael Urweider et André Gabastou reviendra sur sa traduction de Impressions de Kassel de Enrique Vila-Matas (Ed. Bourgois, 2014). Ces rencontres sont animées par Camille Luscher du CTL de Lausanne qui interviendra par ailleurs sur sa traduction de Max Frisch.

 

"Désirs de traducteur"

 

Le samedi en fin de journée, aux ateliers Moyard, les 25 traducteurs qui ont participé à l'élaboration de l'anthologie « Désirs de traducteur » publiée par le CTL pour l'occasion, lisent en français des textes traduits de plusieurs langues. Une occasion de multiples échanges avec le public, tout comme la dizaine de lectures bilingues qui associent des duos « auteur-traducteur » et les deux lectures-performances en français/italien « Les mots que je sais » avec Leopoldo Lonati, Pierre Lepori, Mathilde Vischer et « Luttes des classes » avec Ascanio Celestini, Christophe Mileschi, ou encore l'intervention de Michelle Bailat-Jones sur Charles-Ferdinand Ramuz.

 

La petite « bibliothèque universelle » suisse

 

Ces lectures se déroulent pour la plupart à la bibliothèque-adultes de la ville, où se tient également une exposition sur la Collection.CH, bibliothèque "universelle" de littérature helvétique dans les quatre langues nationales. Cette collection de 260 livres a été initiée par la Fondation CH qui œuvre à la circulation des œuvres entre les quatre régions linguistiques. Une exposition itinérante fête les 40 ans d'existence de la collection en présentant toutes les œuvres traduites depuis 1974.

 

Remise du prix de traduction Terra Nova

 

Le prix Terra Nova de la Fondation Schiller Suisse qui récompense des auteurs dans l'une des quatre langues nationales (allemand, français, italien, romanche) ou la traduction d'un ouvrage littéraire d'une langue nationale à une autre sera remis à Laurent Cennamo pour Pierres que la mer a consumées (Ed. Samizdat, 2013) et à Walter Rosselli pour la traduction en français de La Chasa veglia de Oscar Peer : La Vieille maison (Éditions Plaisir de Lire, 2013).

 

On peut aussi aller découvrir les auteurs tessinois contemporains à vélo, en participant à la Ticinese, une balade cyclolittéraire avec Claudia Quadri, Anna Felder, Fabiano Alborghetti et Leopoldo Lonati, ou aller à la rencontre des 24 auteurs d'expression anglaise, dont certains comme Douglas Kennedy, Jami Attenberg ou Philipp Meyer seront le week-end suivant au Festival America à Vincennes.

 

Sensibiliser le jeune public à la traduction

 

On ne s'initie jamais assez tôt aux joies ludiques de la traduction, ainsi les enfants de 7-8 ans sont conviés sous la grande tente à un atelier jeux intitulé Zoé a mauvais caractère. À travers les différentes traductions de ce livre, le jeune public découvre les prénoms qui changent, les différents alphabets et leur prononciation.

 

Enfin, pour ceux qui l'ont manqué à sa sortie l'an passé, le film Les grandes ondes (à l'Ouest) sera projeté le dimanche soir. Une heureuse conclusion que cette comédie foutraque de Lionel Baier mettant en scène une équipe de la radio suisse romande envoyée au Portugal lors de la Révolution des Œillets et leur jeune traducteur Pelé, qui a appris le français avec les films de Pagnol, « peuchère » ! 

 

Tout le programme du salon Le livre sur les quais.

 

 Le livre sur les quais 2013 © Michel Barraud