medias

Montebourg contrefait Aragon : "Que serai-je sans toi ?"

Clément Solym - 10.10.2012

Edition - Justice - Robert Laffont - Louis Aragon - La rose et le réséda


Les mauvaises langues diront qu'il avait acheté dernièrement le recueil des poèmes d'Aragon sur Amazon, et que le nom de son courant lui avait été ainsi inspiré. En baptisant, au sein du PS, son mouvement personnel La Rose et le Réséda, Arnaud Montebourg n'imaginait probablement pas, en février dernier, que les héritiers de l'écrivain Louis Aragon lui tomberaient dessus...

 

 

Louis Aragon

Cod_gabriel, (CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

« La Rose et le Réséda sera engagé pleinement avec François Hollande », expliquait l'intéressé à Libération, début février. La création de ce mouvement, dont il était le leader, visait à recentrer les perspectives anti mondialisation, qui était « en pièces détachées dans le programme de François Hollande », ajoutait-il. 

 

Cette association loi 1901 était au croisement de l'organisateur de conférence, de think tank ou encore d'« université itinérante ». Et à ce titre, le mouvement politique était plutôt raccord avec le célèbre texte d'Aragon. Le texte en soi est un poème de circonstance, illustrant ce que le parti communiste d'alors appelait la politique de la main tendue. D'un côté, le rouge de la rose, pour les socialistes, de l'autre le blanc du réséda, pour les monarchistes - et par extension, le catholicisme français. 

 

Celui qui croyait au ciel 

Celui qui n'y croyait pas 

Tous deux adoraient la belle 

Prisonnière des soldats 

Lequel montait à l'échelle 

Et lequel guettait en bas 

Celui qui croyait au ciel 

Celui qui n'y croyait pas 

Qu'importe comment s'appelle 

Cette clarté sur leur pas 

Que l'un fut de la chapelle 

Et l'autre s'y dérobât 

Celui qui croyait au ciel 

Celui qui n'y croyait pas 

 

Ce texte fut publié en 1944 dans La Diane française, incarnation, évidemment d'une figure résistante. Il raconte avant tout le besoin de réunion des deux camps, face à l'occupant nazi, en pleine Seconde Guerre mondiale. Et plus spécifiquement, c'est la mort d'Honoré d'Estienne d'Orves, le blanc et Gabriel Peri, le rouge, fusillés tous deux par les soldats allemands.

 

Touche pas à ma rose !

 

Or, selon L'Express, les éditions Robert Laffont et Jean Ristat, exécuteur testamentaire de Louis Aragon, ont assigné Arnaud Montebourg au Tribunal de Grande Instance de Paris, réclamant 90.000 € de dommages-intérêts pour l'utilisation de ce titre. « Il est scandaleux de déposer ce nom comme celui d'une marque du type Coca-Cola », enrage Jean Ristat auprès de nos confrères, ajoutant que l'actuel ministre du redressement productif.

 

De son côté, Numerama s'est penché sur la question : La Rose et le Réséda n'est pas une marque déposée à l'INPI et moins encore par Arnaud Montebourg. En nommant son mouvement avec le titre d'un poème d'Aragon, Montebourg n'avait rien fait d'autre qu'empêcher un politique tiers de l'utiliser. 

La précaution est censée permettre au public d'être assuré que les expressions publiques provenant de "La rose et le réséda" sont bien celles du mouvement d'Arnaud Montebourg. Comme la protection de la marque "Coca-Cola" assure au consommateur que c'est bien le cola d'Atlanta qu'il achète, et pas un autre produit de moindre qualité. De tous les droits de propriété intellectuelle, la marque est probablement le plus légitime.

En général, le fait d'utiliser le nom d'une oeuvre comme marque ne dénature pas cette oeuvre. 

 

Sollicité par ActuaLitté, l'éditeur Robert Laffont ne souhaite pas apporter de commentaires sur cette question du dépôt de marque. On nous explique simplement que l'assignation remonte à juillet et que la maison ne comprend pas pourquoi l'information sort aujourd'hui dans la presse. D'autant plus que, sur cette question de dépôt de marque « l'information sort avec un décalage, et ce que M. Ristat a pu dire alors était tout à fait juste. Nous sommes éditeurs et cessionnaires des droits des oeuvres d'Aragon, et devons protéger les droits sur cette oeuvre ». 

 

Que le poème soit protégé est une chose, mais l'éditeur adopte une position très ferme. « Nous entendons défendre cette protection et éviter que ne soit utilisée cette autre oeuvre autrement que selon les consignes de M. Ristat. »

 

Nous ne sommes pas encore parvenus à joindre M. Ristat, pour mieux comprendre son propos...  

 




Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.