Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

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Montparnasse perdrait l'une de ses librairies historiques, L'Oeil écoute

Nicolas Gary - 07.09.2017

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Début septembre, la célèbre librairie proche de Montparnasse lançait un appel simple : « Ne laissez pas, ne laissons pas mourir la librairie L’Œil écoute. » Et pour cause, précisait la directrice de l’établissement, Armelle Lainé-Vairet, la crise frappe sévèrement le lieu. Générosité, soutiens et autres marques d’affection sont les bienvenus.



 

 

Ouverte en 1973, la librairie généraliste L’Œil écoute est connue des habitants. Presque un havre de paix, un îlot hors de la folie parisienne. « Vous êtes nombreux et fidèles à aimer ce lieu, reconnu comme un espace de détente quand vous venez y flâner au calme pour découvrir les nouveautés ou redécouvrir les classiques de tous horizons, et comme un espace de partage et de réflexion quand vous y venez rencontrer et débattre avec un auteur », assure la directrice.

 

Mais voilà quelques années que la librairie se retrouve face à « la concurrence déloyale d’internet et d’Amazon en particulier ». Une réalité que traversent nombre d’autres librairies, alors qu’une crise du livre – crise des ventes – se constate. Et bien entendu, à tout cela « s’ajoute le poids toujours plus lourd des charges, dont le loyer qui nous asphyxie peu à peu ».

 

Raison pour laquelle, une campagnea été montée sur Leetchi, avec un cagnotte de 40.000 € à collecter sur les 16 prochains jours. 
 

Amazon, à petit feu, ronge
 

Armelle Lainé-Vairet, contactée par ActuaLitté, souligne que les difficultés se sont multipliées ces derniers mois. « Il y a eu la fermeture de la bouche de métro, qui est face à la librairie. Conséquence, nous avons eu bien moins de passage, et perdu un important chiffre d’affaires. »

 

Les Parisiens se souviennent en effet que la ligne 4 du métro, du fait de travaux de modernisation, ne marquait plus d’arrêt à la station Montparnasse-Bienvenuë entre février et fin mai. La station est accessoirement celle de la gare d’où décolle une grande partie du trafic grandes lignes ou TER... 

 

Mais ces dernières années, c’est internet et son diable d’Amazon qui ont surtout mené la vie dure à la librairie. « Le quartier a beaucoup changé : c’est devenu plus cher, et les familles ont déménagé. Aujourd’hui, il reste des bistrots, des cafés et des fast foods. Les commerces autres que ceux de bouche sont rares. »

 

Et pour les autres libraires implantées non loin, le son de cloche est identique. « Mes collègues me disent la même chose : c’est malheureusement un quartier où les libraires souffrent. »


Les silences officiels
 

Avec la campagne de financement participatif, la directrice espère régler ses fournisseurs, mais la trésorerie depuis le début de l’année a été mise à très rude épreuve. « J’ai fait une demande et mon dossier est en cours de traitement à l’IFCIC. La réalité, c’est que, chaque année depuis qu’Amazon livre en France, nous perdons un peu de terrain. Internet, en général, a fait du mal à tous les commerçants. »
 

Etude : "Rien ne prouve que les ventes Internet fragilisent la librairie"


Pas faute de travailler avec Paris Librairies. « Les gens réservent des livres et viennent les chercher... cela apporte un peu, et nous permet d’être sur internet... mais bon... Quand on a des voisins qui commandent leurs livres sur internet, on voit bien ce qui se passe. » Le paradoxe devient alors de demander un soutien à ces clients justement déserteurs... 

 

La libraire a pourtant multiplié les courriers à la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, la mairie de Paris, s’adressant directement à Anne Hidalgo. Mais également au président Emmanuel Macron. On lui a simplement répondu que l’Élysée ne s’immisçait pas dans des affaires privées.

 

Quant aux autres, pas de réponse...
 

mise à jour 11/09 - 19h30 


Le projet de financement avec Leetchi n'a pas été poursuivi. C'est finalement avec Ulule que la librairie a choisi de recourir au financement participatif. On peut retrouver la page de la librairie à cette adresse.

Armelle Lainé-Vairet explique : « Les fermetures de librairies et les difficultés de nombre de libraires s’inscrivent dans un processus de désertification des centres-ville par le commerce indépendant au profit d’enseignes et franchises de produits de grande consommation. Ce modèle économique a un corollaire : la spéculation immobilière et des baux commerciaux de plus en plus chers. Avec un État qui se désengage, des médias au service du loisir de masse, un public au pouvoir d’achat en berne, l’économie du livre est fortement menacée. Sans oublier le commerce en ligne, qui n’explique pas à lui tout seul les difficultés des libraires, mais les aggrave lourdement. »