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Montpellier : vendre la librairie Sauramps, l'unique recours ?

Clément Solym - 06.12.2016

Edition - Librairies - Montpellier librairie Sauramps - cessation paiement libraire - trésorerie librairie Sylvestre


Depuis juillet dernier, les librairies montpelliéraines Sauramps, qui disposent d’un autre magasin à Alès, se trouvent dans une situation délicate. Voilà six mois, des problèmes de trésorerie évoqués dans la presse laissaient planer un avenir sombre. Et la menace d’une cessation de paiement fin 2016. 

 

Librairie Sauramps Montpellier

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Selon des sources syndicales, évoquées en juillet, l’entreprise était économiquement fragile, avec « 7 années consécutives de déficit », expliquait-on. Et la tension était certaine.

 

Le vaisseau amiral, situé dans le centre commercial Odysseum, aurait largement participé à plomber les comptes : «  La direction a elle-même reconnu avoir fait une erreur. Elle a fait appel à des cabinets d’études qui avaient réalisé des projections optimistes. En réalité, le magasin d’Odysseum n’est jamais arrivé au chiffre d’affaires escompté pour amortir le loyer, exorbitant. Pour ça, il faudrait faire quasiment un tiers de chiffre d’affaires en plus », assurait un syndicaliste. 

 

À cette époque, on parlait même d’une fréquentation des deux établissements qui était la même que celle de la seule librairie implantée place de la Comédie, en 2008. « On a donc eu un éparpillement de la clientèle, mais par contre on paie deux loyers... »

 

Et parmi les solutions évoquées alors, une meilleure communication, impérative, pour faire mieux connaître l’établissement, mais également un exercice de pédagogie vers les clients : « Il faudrait aussi davantage communiquer autour du prix du livre : trop peu de gens savent qu’il est unique et défini par l’éditeur. Si bien que, contrairement aux idées reçues, les livres ne sont pas moins chers sur d’autres plates-formes de vente»

 

Trouver un repreneur, vite, très vite...

 

Mais voici qu’en ce début décembre, date propice aux achats de Noël, les 130 salariés que compte Sauramps tirent de nouveau la sonnette d’alarme. Cette fois, c’est la nécessité d’un repreneur qui apparaît, sous peine de cessation d’activité prochainement.

 

Selon les syndicats, le groupe pourrait être placé en redressement judiciaire. Les actionnaires, eux, avaient avancé différents arguments pour expliquer la situation, mais c’est le montant des loyers que les syndicats pointent avant tout. Odysseum avec ses 3000 m2 pèserait en effet très lourd dans les comptes.

 

Julien Domergue, délégué Sud, n’aspire plus qu’à la vente de l’entreprise, pour un prix raisonnable, seul moyen qui assurerait « la pérennisation de la société ». Des repreneurs se seraient manifestés, mais l’urgence frappe à la porte, assure-t-il, sans quoi, en début d’année prochaine l’entreprise passerait « directement au tribunal de commerce ».  

 

Le marché du livre renoue pourtant avec les ventes

 

Sixième établissement de France, Sauramps serait donc revendu, bien qu’à cette heure, le dirigeant Jean-Marie Sevestre ne fasse pas de commentaires. Il faut attendre que les discussions soient conclues, précise-t-il, plutôt que de mettre la charrue avant les bœufs.

 

Bien entendu, l’hypothèse d’une fermeture des établissements aurait des répercussions sociales non négligeables : c’est toute la ville qui souffrirait alors de la disparition d’un lieu culturel historique. Mais les difficultés sont bien là : depuis 2015, le marché du livre est reparti avec des ventes à la hausse, alors que les revenus chez Sauramps ne semblent pas suivre la même courbe. 

 

« Sauramps a longtemps vécu sur ce que l’on appelle un trésor de guerre, mais cela fait huit ans consécutifs que les résultats sont négatifs. La direction n’a jamais pris de mesures là-dessus. On s’est laissé porter par les années positives », poursuit Julien Domergue.

 

Et de souligner que peut-être faudrait-il puiser dans les idées avancées par les libraires eux-mêmes pour trouver des solutions porteuses. Dans l’intervalle, non seulement les salariés font état d’un climat de travail incertain, mais surtout, d’un manque d’informations qui ne rassure personne.

 

Deux figures de la librairie parmi les repreneurs

 

« La situation de Sauramps est connue depuis des années », indique un observateur, sollicité par ActuaLitté. « Durant un temps, on s’attendait à ce qu’un éditeur reprenne d’ailleurs les établissements, parce que les investissements à réaliser sont importants. »

 

Selon nos informations, deux grandes figures de la librairie compteraient parmi les repreneurs intéressés : le premier est situé à Rodez, et a repris Privat à Toulouse, le second, basé à Rouen, vient de fusionner ses deux librairies L’Armitière. 

 

« Le fait est que les grosses librairies sont un peu à la peine – à l’exception de Mollat, qui se trouve dans un cas particulier, avec des innovations fortes. Ces lieux sont devenus très grands et sont parfois confondus avec les grandes surfaces culturelles. De fait, seules les librairies de taille moyenne s’en sortent actuellement bien. »

 

De quoi inviter à (re)lire le livre d’Olivier Razemon, Comment la France a tué ses villes (Ed. de L’Échiquier). Le journaliste du Monde explique comment, désormais, le commerce est plus efficient en périphérie des grandes villes – et que les clients ne font plus leurs achats dans les centres. « Les commerces de détail souffrent et l’on découvre un taux de vacances des baux commerciaux professionnels très imposants. »

 

Pour ce qui est de Sauramps, ce déplacement des consommateurs vers l’extérieur de la ville n’est pas nécessairement l’unique motif à invoquer. « Tout le problème, pour un repreneur, c’est que le groupe est colossal, ce qui le rend difficile à vendre. Soit on a la capacité de dépenser plusieurs millions d’euros, parce que l’établissement va bien, et qu’il coûte cher, soit on l’achète pour un euro symbolique, et il faudra réinjecter plusieurs millions d’euros dans son redéveloppement. »

 

Nous ne sommes pas encore parvenus à joindre le dirigeant pour plus de précisions.

 

via La Marseillaise, France bleu, Midi Libre

 

 

MàJ : 

 

Au terme d’une conférence de presse organisée hier à Montpellier, Jean-Marie Sevestre a confirmé les informations diffusées par ActuaLitté, concernant les deux repreneurs. Il s’agit donc bien de l’actuel président du Syndicat de la librairie française, Matthieu de Montchalin, propriétaire de L’Armitière à Rouen, et de son prédecesseur au poste de président du SLF Benoît Bougerol, propriétaire de la Maison du Livre à Rodez. 

 

Selon nos informations, seul l’un des deux aurait pour le moment formulé une offre de rachat – en l’occurrence Benoît Bougerol. Dans un délai de trois semaines, il faudra que la direction et les actionnaires de Sauramps prennent alors une décision. À moins qu’avant la fin de la semaine, Matthieu de Montchalin ne présente lui aussi une offre.

 


Pour approfondir

Editeur : Rue De L'Echiquier
Genre :
Total pages : 192
Traducteur :
ISBN : 9782374250380

Comment la France a tué ses villes

de Razemon, Olivier(Auteur)

Des vitrines vides et sombres, des façades aveugles, des stores métalliques baissés. Calais, Agen, Le Havre, Landerneau, Avignon, Lunéville... la crise urbaine ronge les préfectures et sous-préfectures, les détruit de l’intérieur. Les boutiques abandonnées ne constituent que le symptôme le plus flagrant d’un phénomène plus large : la population stagne, les logements sont vacants, le niveau de vie baisse. Alors que se passe-t-il ? L’offensive délibérée de la grande distribution, en périphérie, tue les commerces du centre-ville et des quartiers anciens, et sacrifie les emplois de proximité. Mais les modes de vie sont fortement liés aux modes de déplacement. Ainsi, au-delà de la dévitalisation urbaine, cet ouvrage observe les conséquences, sur le territoire, de la manière dont on se déplace. Partout, la voiture individuelle reste considérée comme une obligation, un dû. Or, parce qu’elle occupe de l’espace et génère bruit et pollution, la motorisation contribue largement à l’asphyxie des villes. Comment la France peut-elle sauver ses villes ? Il n’existe nulle solution miraculeuse, mais une série de petits pas, de décisions empreintes de sobriété.

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