Montréal : la librairie "l'Écume des jours" obligée de déménager

Louis Mallié - 29.07.2014

Edition - International - Librairie francophone - Montréal - L'Écume des jours


Malheureusement pour le quartier de Mile-End de Montréal, la librairie francophone l'Écume des jours s'apprête à déménager. Point « phare » de la littérature francophone à Montréal, le commerce aurait été victime des hausses de loyer… et de la diminution du nombre de lecteurs francophones. Un phénomène qui semble s'étendre à l'ensemble du Canada. 

 

L'écume des jours, rue Saint-Viateur 

 

 

« On va juste corder mieux, mettre des livres dans les hauteurs, avec des échelles, à l'européenne », a expliqué au journal Le Devoir Roger Chénier, copriétaire et libraire de l'Écume des jours. La librairie est en effet bien loin de disparaître : si ses revenus ne lui permettent plus de demeurer dans le quartier où elle établit sa notoriété, l'entreprise ne perdurera pas moins à son nouvel emplacement, au 420 rue Villeray, dans un local toutefois un peu plus petit. Le nombre de livres à disposition ne diminue donc pas.

 

Mais il n'empêche : le départ de la librairie n'en inquiète pas moins l'Association des libraires du Québec (ALQ). À l'instar de nombreuses librairies francophones, le revenu de l'Écume des jours ne cesse de diminuer depuis 5 ans... La demande des livres en anglais augmentant, les libraires avaient même tenté d'élargir leurs catalogues : « On a essayé de faire entrer des livres en anglais, mais on est des libraires formés en français. On connaît les éditeurs, les distributeurs français », explique Maryse Dubois, seconde copropriétaire de l'établissement.

 

La directrice générale de l'ALQ, Katherine Fafard, ne s'étonne pas non plus du déménagement de l'Écume des jours : « On croit à une hausse du nombre de lecteurs en anglais, mais on ne peut pas la chiffrer », indique-t-elle. « À la librairie Carcajou, à Rosemère, on a fait entrer 6000 titres en anglais en raison de la demande », souligne quand à elle Maryse Dubois. En plus de la baisse de la lecture francophone, cette dernière pointe également la concurrence du magasin Ubisoft, installé voilà 17 ans à l'angle de la rue. 

 

"Une clientèle qui fréquente peu l'Écume des jours"

 

En effet, le magasin attirerait une clientèle « jeune, friande du numérique, et souvent anglophone. Une clientèle qui fréquente peu l'Écume des jours en somme » précise le magazine La presse

 

« Il y a beaucoup d'employés d'Ubisoft à nourrir ! » considère ironiquement Roger Chénier, faisant allusion à la nouvelle vocation du local de la librairie qui s'apprête à être transformé en sandwicherie… Pour autant,  Metro a tenu à revenir sur cet argument jugé peu valable. En effet, le journal rappelle qu'Ubisoft est une entreprise française, qui attirerait de ce fait une clientèle francophone. En outre, le multiculturalisme accusé à demi-mot par les libraires, serait le caractère même du quartier du Mile End : 

 

« C'est la raison pour laquelle les gens l'aiment. Il est juif, grec, anglo, franco, italien, portugais. Selon les données sociodémographiques les plus récentes, toutefois, le Mile End était encore composé à 60% de francophones, et l'immigration la plus massive provenait de… la France. » Si il est donc hasardeux d'accuser une spoliation du livre par le jeu vidéo, il n'en reste pas moins que la situation de la librairie reflète la baisse continuelle du nombre de lecteurs francophones régulièrement pointée par l'ALQ. 

 

Et le phénomène ne s'applique pas seulement à Montréal. Le mois dernier, la Librairie du Centre de Toronto annonçait le licenciement de deux employés, tandis que les années 2011 et 2009 voyaient la fermeture de deux librairies francophones de la même ville - dont celle de la librairie Champlain, après presque 50 années de service. 

 

Reste à savoir si l'Écume des jours saura trouver un second souffle à son nouvel emplacement - ou si son sort confirmera la tendance.