Montreuil : les librairies jeunesse, un marché "encore plus fragile"

Antoine Oury - 28.11.2013

Edition - Librairies - association - librairies spécialisées - jeunesse


Le Salon du livre et de la presse jeunesse (SLPJ) de Montreuil a ouvert ses portes hier, dans un hall largement fourni en stands d'éditeurs. Les libraires sont également présents, via l'Association des librairies spécialisées jeunesse (ALSJ), créée dans les années 1980 dans la foulée de la Loi Lang. Une structure d'information et de médiation, qui attire l'attention sur la situation des librairies préférées des bambins.

 

 

 


Fondée en 1981, l'association rassemble aujourd'hui 52 librairies indépendantes, dont l'une d'entre elles située à Montréal : ensemble, les libraires ont développé la revue Citrouille, mais aussi le Prix Sorcières, proclamant que la lecture, justement, ce n'est pas sorcier... « La nécessité de se regrouper, pour échanger, être moins isolé, partager les enthousiasmes... », explique Alain Demay, libraire à Chalon-sur-Saône. Une association loi 1901, sans intérêt économique.

 

Malgré tout, la structure est en première ligne pour constater les difficultés des indépendants jeunesse, même si son objectif premier reste de mettre en avant certains titres que ses membres ont sélectionnés : « Les librairies jeunesse ont les mêmes problèmes que les librairies généralistes, mais elles les connaissent depuis plus longtemps : la jeunesse est une tranche de la production éditoriale, pour laquelle les clients n'hésitent pas à se rendre en grandes surfaces pour acheter tel ou tel titre, souvent les mêmes », souligne le libraire.

 

La diversité de la production éditoriale jeunesse est effectivement méconnue du grand public, cachée par quelques gros mastodontes du secteur : « La tendance lourde sur les 20 dernières années est ainsi l'augmentation de la production, dans un contexte où la demande décroît. » Voilà qui rappelle, sans trop de nuances, la difficulté des généralistes de suivre la mesure. L'apparition d'une rentrée littéraire jeunesse, dans ce contexte, n'étonnera donc plus personne...

 

« Pour les éditeurs, il s'agit d'occuper la totalité des champs de l'édition jeunesse, du documentaire au livre pour la petite enfance, et une machine qui a du mal à s'arrêter est lancée » : maintenir la qualification des libraires malgré l'augmentation des nouveautés relève alors d'une lutte pour l'exhaustivité. « Les retours explosent, sans état d'âme. Même en triant, on produit automatiquement plus de retours, qui pénalisent éditeurs et libraires. »

 

Le libraire est particulièrement bien placé pour évoquer cette réalité : dans le métier depuis 1989, à la tête de la librairie La Mandragore, il prend sa retraite cette année. Et la relève est là : un repreneur d'une trentaine d'années, depuis 7 ans dans le métier, a repris sa société.

 

 

 

 

L'ALSJ, malgré toute sa bonne volonté, ne peut pas vraiment mener des campagnes nationales, ou s'offrir un site Internet rassemblant 1001 libraires (chiffre aléatoire). L'association est persuadée que la librairie dans la cité à un avenir, comme les autres commerces de proximité : les questions, d'après lui, s'étendent à tous les secteurs commerciaux. « Il y a eu des prises de conscience : le prix unique, le plafonnement des remises des collectivités, le plafonnement des loyers dans les centres-villes... Reconnaissons que ce qui s'est produit pour le livre ne s'est pas produit pour le disque, par exemple. »

 

Toutefois, Alain Demay tient à souligner que les aides publiques ne sont pas le seul apanage des librairies : nombre d'entreprises, explique-t-il, dépendent, voire ne survivent qu'à l'aide des aides versées par l'État français ou par l'Europe. Et cette dernière ne s'est pas encore souciée de la situation des librairies françaises...