Mort de Jean Starobinski, grand historien des idées et critique genevois

Maxim Simonienko - 07.03.2019

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L'historien des idées et médecin Jean Starobinski est mort le lundi 4 mars à l'âge 98 ans. Également connu pour être un grand critique littéraire, il a introduit en France une lecture inédite des Lumières, allant de Montesquieu à Rousseau.

Jean Starobinski (Michel starobinski - CC BY-SA 4.0)


Dans son ouvrage La relation critique, Jean Starobinski donne sa propre définition du critique littéraire. Une définition qui, au-delà de son académisme, en dit long sur l'homme et le professionnel qu'était cet historien des idées : « Porter une attention critique sur un texte, en établir une édition critique, pour un historien de la littérature, ce n’est pas le juger; c’est revenir à ses brouillons, s’ils existent, relever ses différents états successifs, en signaler l’accueil par le public et les pouvoirs politiques, écouter ses contradicteurs ».
 

Enfance et premiers pas dans l'écriture


Jean Starobinski est né le 17 novembre 1920 à Genève. L'antisémitisme croissant en Europe a forcé ses parents à quitter la Pologne pour la Suisse. Le petit Jean grandit dans un milieu considéré comme cultivé, laïc et polyglotte (russe, allemand, français).

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, la famille Starobinski se voit refuser la nationalité suisse. Ce refus permet à Jean d'échapper au service militaire.

Lorsque Hitler déclare la guerre en Europe, la Suisse romande devient le refuge de nombreux résistants français, écrivains et artistes. Le jeune homme fait ses premières rencontres marquantes, en particulier avec Pierre Jean Jouve et sa femme, la psychanalyste Blanche Reverchon.

Durant cette même période, il se lance pour la première fois dans l'écriture afin de traduire La colonie pénitentiaire de Kafka, l'oeuvre idéale, selon lui, pour combattre l’idéologie nazie.
 

La (re)découverte des Lumières


C'est grâce aux cours universitaires de Marcel Raymond qu'il se familiarise en profondeur avec Rousseau. Il lui consacrera sa thèse de lettres :  La transparence et l’obstacle (1957), où il partage avec les lecteurs sa théorie du masque.

Selon Starobinski, Rousseau rechercherait la « transparence » de l’âme. Cependant, ce but ne peut jamais être atteint à cause des masques de la société, cet « obstacle qui se dresse entre les cœurs ». Cette étude lui permet de faire le lien avec l'adversaire intime de l'auteur du Promeneur solitaire : Diderot. 

« Il y a un point sur lequel ils sont singulièrement proches. C’est, dans leurs écrits, la vision nostalgique d’un paradis primitif. Rousseau l’évoque dans les deux Discours qui lui ont valu une immédiate célébrité, et Diderot, dans le Supplément au Voyage de Bougainville, rêve d’un lointain exotique qui ne connaît pas les interdits sexuels qui rendent les Européens si malheureux » avait déclaré le critique dans une interview accordée au magazine Le Temps, en 2013.
   

Une carrière universitaire exemplaire


Après ses études de lettres, Jean Starobinski suit la tradition familiale et entreprend des études de médecine en choisissant de se tourner vers la psychiatrie. Il épouse Jaqueline Sirman, en 1954, une ophtalmologue qui a suivi ses cours.

Ils séjournent à l’Université Johns Hopkins, à Baltimore, jusqu’en 1956. À l’invitation de Georges Poulet, le critique y enseigne la littérature et travaille à sa thèse d’histoire de la médecine sur l’Histoire du traitement de la mélancolie des origines à 1900. 

À partir de 1958, Jean Starobinski enseigne la littérature à l’Université de Genève et ses cours deviennent rapidement réputés. « À une époque où nous étions armés de systèmes théoriques (structuralisme, psychanalyse, marxisme althussérien, sémiologie), il nous a invités à la patience, à l’interrogation et au respect, finissant assez vite par nous convaincre que la vérité d’un texte réside dans celui-ci, par la mise en relief ou en contact de certains passages, et non dans un discours dogmatique dont on chercherait la confirmation par la littérature dès lors utilisée comme caution » a expliqué l’écrivain Bernard Comment, l'un de ses anciens élèves.
 
Après 25 ans de loyaux services, Jean Starobinski prend sa retraite de l’Université. Cependant, en vue de sa bonne réputation, il devient professeur invité au Collège de France en 1987, puis en 1992 à l’EPFZ (École polytechnique fédérale de Zurich).

Il est également demandé pour un grand nombre de conférences, de préfaces ou d'articles. En 1994, le Louvre lui consacre même une exposition intitulée Largesse, qui donne lieu à un livre.


via Le Temps.

 


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