Mort de l'auteur de SF Jay Lake âgé de 49 ans

Louis Mallié - 02.06.2014

Edition - International - Jay Lake - Mort - Science-fiction


L'auteur de science-fiction américain Jay Lake est mort hier. Célèbre pour ses romans et nouvelles, lauréat du Campbell Award en 2004, il s'était vu diagnostiquer un cancer du colon en 2008. Il avait alors rendu public son combat contre la maladie, discutant ouvertement aux salons et sur le net des évolutions de son état de santé. 

 

 

Jay Lake @ Worldcon 2004

 

L'écrivian en 2004,

Michael Curry, CC BY 2.0

 

Né en 1964, Jay Lake était sorti diplômé de l'université de Texas en 1986. Dans une interview publiée en 2009 sur le blog de l'auteur Travis Heermann, il était revenu sur son amour de l'écriture :  

J'ai commencé à vouloir être écrivain au début de mon adolescence. Je ne savais pas quoi faire pour ça. J'ai lu Book of the New Sun de Gene Wolfe, à vingt ans, et j'ai alors pensé « on a donc le droit de faire « ça » avec le langage » ? J'étais à la fois fasciné, mais toujours aussi ignorant. À 26 ans j'ai trouvé ma voie dans mon premier groupe d'écriture. J'ai critiqué, commenté et écrit des histoires pendant 10 ans, avant de réussir à vendre mon premier roman à l'âge de 36 ans, en 2001. J'en ai vendu trois la même année. (…) Trois ans plus tard, en 2004, j'ai remporté le prix Hugo, le Campbell Award. (…) Ma carrière paraît météorique pour beaucoup, alors qu'en vérité il s'agit du travail d'une vie, et de beaucoup de patience...

  

En effet, Jay Lake avait été capable d'enchaîner les succès, forgeant des univers déjà cultes qui ont collectionné les prix : outre ceux déjà cités, son oeuvre lui a valu le Theodore Sturgeon Award, le Sidewise Award, le Fantasy Award… En une quinzaine d'années de carrière « publique », il aura publié une dizaine de romans, et autant de nouvelles - sans compter les travaux achevés qui devraient paraître dans le courant de cette année, et son énorme travail d'éditeur pour faire découvrir de nouvelles voix de la littérature SF.

 

Outre l'abondance de son oeuvre, il conviendrait également de noter son caractère hors norme : « il a sorti une quantité de romans qui ont défié les catégorisations », indique l'auteur et critique américain Charlie Jane Anders sur io9, ajoutant qu'il avait « brûlé les frontières entre l'héroic fantasy, le steampunk, et la fantaisie religieuse avec la trilogie Mainspring. Et il a créé le personnage féminin le plus mémorable des dernières années avec la courtisane-guerrière de Green. »

 

Depuis 2008, le cancer était devenu partie intégrante de la vie publique de l'auteur. Selon io9, il répétait sans cesse la blague « quelle est la différence entre Jay Lake et un jambon ? Le jambon se soigne », avant de montrer ses tatouages - du crabe, signe zodiacal du cancer, à l'inscription sur sa tête « si vous pouvez lire ceci, c'est que je suis encore cancéreux ». Afin de pouvoir payer un nouveau traitement il avait lancé une vaste opération de finalement participatif visant à récupérer 20 000 $.

 

Il était passé loin de l'objectif : une centaine de milliers de fans s'était empressée, et il avait récolté près de 30 000 $ de plus ! Waterloo's Production avait simultanément commencé à travailler sur un documentaire portant sur sa bataille contre le cancer intitulé Lakeside: A Year With Jay Lake. Faisant d'une pierre deux coups, il avait enfin accepté certains traitements expérimentaux dont les résultats étaient susceptible d'aider au développement des remèdes contre le cancer… Ce qui ne l'avait pas empêché de déclarer après un séjour à l'hôpital en 2012 : « Je ne veux pas être le mec au cancer. Je veux être le mec de la SF.»

 

De l'univers de Green, à celui de City Imperishable, il a su ouvrir son oeuvre à un large lectorat, brassant les genres pour créer des mondes nouveaux. Une carrière hors norme qu'il considérait lui-même sans loi : « Ce n'est pas une carrière qu'on poursuit sur des bases rationnelles. On la poursuit pour l'amour de la chose. C'est cet amour qui me guide. »