Mort de l'extraordinaire Jean d'Ormesson

Nicolas Gary - 05.12.2017

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L’écrivain français, Académicien, aux yeux bleus étincelants, Jean d'Ormesson est décédé. À l’âge de 92 ans, celui qui fit tous les métiers de l’écrit – journaliste, chroniqueur, écrivain, philosophe – et joua même à l’acteur, quitte la scène littéraire. 

 

Jean d'Ormesson - Prix Clara 2015
Jean D'ormesson - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Il avait publié dernièrement aux éditions Gallimard, Je dirais malgré tout que cette vie fut belle, dernier ouvrage, qui restera comme un testament, mais également ultime recueil de réflexions. 

 

« Ce livre est un livre de souvenirs, on pourrait presque parler de mémoires, mais l’idée d’écrire des Mémoires me paraissait impossible. Je me disais que ce genre n’est pas très élevé dans la littérature, que les gens qui écrivent des Mémoires sont ceux qui n’ont plus rien à dire », expliquait-il dans un entretien publié par les éditions Gallimard.
 

« Pourquoi cette forme dialoguée ? L’idée de passer devant un prêtre, un analyste ou un juge s’est imposée, puis l’idée du dialogue a entraîné celle du théâtre. Et tout à coup, je me suis dit : mais au fond, celui qui m’interroge, c’est moi-même, c’est mon surmoi, cette super-conscience ! Je ne vois rien, là, de psychanalytique, mais ce dédoublement de moi-même en quelqu’un qui me juge et qui est moi me paraît assez profond. »
 

Jean d'Ormesson, de l'Académie française, ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de philosophie, a écrit des ouvrages où la fiction se mêle souvent à l'autobiographie.
 

Il vint au monde dans le 7e arrondissement de Paris, le 16 juin 1925, d’une famille noble. Et rapidement, il développera une passion pour la lecture et la littérature. Chose qui, comme il l’avoua, le fit s’engager tardivement dans l’écriture. Y’avait-il véritablement quelque chose de plus à ajouter ?

 

Jean d’Ormesson eut plusieurs vies : secrétaire général de l’UNESCO en 1950 – il en sera le président en 1992, et publia son premier ouvrage, L’amour est un plaisir, en 1956, aux éditions Julliard. Mais son premier succès littéraire arriva avec La gloire de l’Empire, en 1971, qui fut couronné du grand prix du roman de l’Académie française.
 


 

Trois ans plus tard, il deviendra le directeur général du Figaro. « Il était le meilleur de l’esprit français, un mélange unique d’intelligence, d’élégance et de malice, un prince des lettres sachant ne jamais se prendre au sérieux. L’œil, le sourire, les mots de Jean d’Ormesson nous manquent déjà », commente Emmanuel Macron.

 

Les Ensablés - Notes de voyage de Laurent Jouannaud:
"Voyez comme on danse" de Jean d'Ormesson

 

Frédéric Mitterrand évoque « tout un pan de la littérature française qui disparaît », sur BFM. Et comme de nombreux commentaires le soulignent : c’est à regret que l’on apprend que, bien qu’Académicien, il n’était pas vraiment immortel. 

« Grand académicien, journaliste, amoureux de la littérature, Jean d’Ormesson aimait jouer avec les mots et partager sa vison du monde avec humour. Il va profondément nous manquer. Mes pensées vont à sa famille », déclare Françoise Nyssen, ministre de la Culture.

Avec humour, l’écrivain avait assuré : « J’ai peur de mourir pendant son quinquennat [celui de François Hollande, NdR] ! La pensée qu’Hollande puisse me rendre hommage me terrifie ! »

Sa fille et éditrice, Héloise d'Ormesson témoigne : « Ce que je ressens c’est évidemment un vide immense. Mais aussi une chance immense parce que j’avais un père magnifique qui m’a beaucoup, beaucoup apporté, mais qui a donné à tous et qui laisse tant de livres et tant de traces : un esprit, une malice, une intelligence pétillante. Il pratiquait l’émerveillement, il regardait le monde comme s’il était enchanté d’un rien, d’une lumière sur une feuille. C’était quelqu’un qui était capable de parler des choses les plus profondes et les plus simples avec tellement de justesse, d’allégresse et d’esprit que c’est inestimable. Il allait écrire « Au revoir et merci », et c’était sa philosophe de vie. Je pense qu’il a adoré la vie et la vie lui a rendu. Et nous possédons encore ce cadeau, ce don. Je sais que, là-haut, il dit « c’est épatant, c’est merveilleux ». Donc c’est aussi un peu le miracle de la vie et je suis en train de l’éprouver. »