Mort de Pat Conroy : écrivain né "dans une famille malheureuse”

Nicolas Gary - 06.03.2016

Edition - International - décès écrivain américain - Pat Conroy militaire - enfance traumatismes récits


À l’âge de 70 ans, l’écrivain Pat Conroy s’est éteint. Atteint d’un cancer du pancréas, qu’il avait dévoilé au public voilà quelques semaines, il a été emporté ce 5 mars. Auteur de best-sellers comme The Great Santini et The Prince of Tides, Conroy avait juré de « se battre dur » contre la maladie. 

 

 

 

Todd Doughty, directeur de Doubleday, son éditeur, a annoncé la nouvelle au public : « Conroy est décédé ce soir à son domicile de Beaufort, en Caroline du Sud, entouré par sa famille et ses proches. » 

 

Fils d’un père violent, Conroy racontait dans ses livres ses propres expériences, avec une grande capacité à atteindre les lecteurs. « Je suis un gosse de militaire. Mon père était un pilote de chasse dans le corps de Marines de Chicago, Illinois. Je n’ai pas vécu dans les villes du Sud, je vivais dans des bases. J’étais de confession catholique romaine ce qui est la chose la plus étrange qui peut vous arriver dans le Sud. Y’a pas que ça : je me suis marié à une femme juive de Bensonhurst. Alors quand les gens font référence à moi comme d’un Sudiste... ça me plaisait, parce que le Sud n’a jamais été mon foyer. »

 

Une vie d’écriture, expliquait-il à tenter « de savoir qui je suis, et je crois que je ne suis même pas parvenu à m’en approcher ». Avec six frères et sœurs, la jeunesse de Pat a marqué définitivement son écriture, 

 

Le gouverneur de Caroline du Sud, Nikki Haley, a assuré que l’État « avait perdu un fils bien-aimé ce soir. Pat Conroy nous manquera. Nous pouvons trouver le réconfort en sachant que ses mots et son amour pour la Caroline du Sud vivront encore ». 

 

Dans les histoires de Conroy, on retrouvait des familles dysfonctionnelles, blessées, trahies, imparfaites, et le tout transposé dans des récits tentaculaires. Mais il savait capter la joie et l’humour du sud du pays. Le maire de Beaufort, Bill Keyserling, se souvient ainsi d’un « être humain merveilleux, qui en dépit des difficultés qu’il affronta, et qu’il partageait avec nous dans ses récits, avait vécu dernièrement les deux meilleures années de sa vie ». 

 

VDM, bient avant l'heure

 

Sorti en 1986, son livre Prince of Tides portait des ressemblances frappantes avec la vie de Conroy, montrant comment un homme tente de surmonter les traumatismes de la vie, dans une famille en grande difficulté. Un film en avait été tiré, avec Nick Nolte et Barbra Streisand dans les rôles principaux. Pourtant, dans The Great Santini, il n’avouera que bien plus tard avoir minimisé les abus de son père. « Je n’étais pas encore prêt à écrire qu’il nous avait battus et laissés à moitié morts », assurait Pat Conroy.

 

Au cœur de l'Amérique puritaine sudiste des années 1960, la chronique flamboyante et impitoyable d'une famille soumise à l'autorité démentielle de son chef, une mise en scène magistrale des drames familiaux dans toute leur complexité et leur violence. Par l'auteur du Prince des marées, un roman d'une beauté troublante, tour à tour sombre et lumineux, sur les traces de Faulkner ou Tennessee Williams. 
As de l'aviation américaine, marine exemplaire, colosse pétri de morale catholique, le colonel Bull Meechan, alias le Grand Santini, dirige sa famille comme son escadron : sans tolérer qu'on discute ses ordres. Une insolence de sa descendance, et la punition tombe. A ses risques et périls, Lilian, son épouse, tente de protéger ses quatre enfants des excès paternels. Grâce à sa douceur, frères et sœurs résistent tant bien que mal, chacun à sa manière. 
Mais c'est surtout l'aîné, Ben, dix-huit ans, qui se heurte aux projets tout tracés que le colonel veut leur imposer. Pour gagner le droit de suivre sa propre voie, et tourner enfin le dos aux blessures d'une enfance chaotique, Ben va devoir affronter le Père dans un combat qui s'annonce terrible... (The Great Santini

 

 

En dépit de ses succès littéraires, il luttait contre l’alcoolisme et la dépression qui le rongeaient, et l’échec de deux mariages. Comme quatre de ses frères et sœurs, il fit une tentative de suicide. « Il sera chéri comme l’un des meilleurs vendeurs et écrivains favoris de l’Amérique », assure son éditeur Nan A. Talese, chez Doubleday. Il restera assurément reconnu comme une figure majeure de la littérature du XXe siècle. 

 

 

 

« L’un des plus grands cadeaux que vous puissiez recevoir, en tant qu’écrivain, c’est de naître dans une famille malheureuse. Je ne pouvais pas mieux tomber. Je n’ai pas bien à aller chercher pour trouver du mélodrame : tout est là. »

 

« Un gars est venu vers moi avec un Kindle, et a appuyé sur un bouton, et là, mon livre s'est affiché. Je suis un ignorant complet quand il s'agit de tout ce qui est internet. J'ai bien noté que les gens dans les avions et les magasins lisent ces choses. Je ne comprenais pas ces instruments. Je ne savais tout simplement pas ce que c'était », expliquait-il à l'Associated Press, voilà quelques années. Il comptait parmi les resistants passifs à la mutation numérique du livre. 

 

Charleston Sud, Le Prince des Marées, ou encore Le grand Santini et Saison noire ont été traduits en français, parus chez différents éditeurs.

 

 

 

 

We wish he could tell you once again “Hey out there” but we are the family, the friends, the readers and we are filled...

Posté par Pat Conroy sur samedi 5 mars 2016

 


Pour approfondir

Editeur : Lgf
Genre : litterature...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782253159629

Charleston sud

de Pat Conroy (Auteur) Marie-Lise Marlière(Traducteur)

Charleston et San Francisco de l'été 1969 à 1990 . Leo King, dit Toad, Le Crapaud, un rouquin timide et mal dans sa peau, se souvient de l'année de ses 18 ans, des rencontres et des moments qui l'ont marqué à vie (la mort de son frère, retrouvé suicidé dans sa baignoire, son arrestation pour possession de coke, ses deux voisins, des jumeaux beaux comme des dieux, et deux orphelins teigneux qui formeront une bande de 5 inséparables 20 ans durant. Sa mère est une fervente catholique, une admiratrice de J. Joyce, et le proviseur du lycée. Son père y enseigne les sciences. Une ode à l'Amitié qui est aussi le récit du naufrage des existences : une enfance complexée, une adolescence foudroyée, un mariage calamiteux, une traversée périlleuse de l'âge adulte, une vie perchée au-dessus de l'abîme, avec l'amitié pour seul refuge.

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