Mort de Pierre Henry, qui avait mis en musique Victor Hugo et Roger Caillois

Antoine Oury - 06.07.2017

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Le compositeur de musique électroacoustique Pierre Henry est mort dans la nuit du 5 au 6 juillet 2017 à l'âge de 89 ans, a annoncé sa famille à l'AFP. Pilier de la musique concrète française, il aura utilisé des textes littéraires et poétiques au sein de sa création musicale, dont ceux de Victor Hugo et Roger Caillois.

 

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Pierre Henry en 2008 (jean-christophe windland, CC BY 3.0)


 

Un grand nom de la musique française disparaît : avec l'ingénieur Pierre Schaeffer (1910-1995), Pierre Henry avait créé le Groupe de recherche de musique concrète (GRMC), pionnier dans le domaine de la musique concrète et expérimentale. La même année, en 1950, il avait publié un manifeste, Pour penser à une nouvelle musique, pour expliquer leur démarche artistique : « Il faut prendre immédiatement une direction qui mène à l'organique pur. À ce point de vue, la musique a été beaucoup moins loin que la poésie ou la peinture. Elle n'a pas encore osé se détruire elle-même pour vivre. Pour vivre plus fort comme le fait tout phénomène vraiment vivant. »

 

Le compositeur, dont la plupart des œuvres ont été numérisées par la Bibliothèque nationale de France, s'était inspiré de quelques œuvres littéraires pour ses compositions, avec, en 1970, des Fragments pour Artaud, une commande radiophonique d'Alain Trutat, avec les voix de François Dufrêne et de comédiens anonymes. La pièce reprend notamment des passages des Tarahumaras d'Antonin Artaud.




En 1977, il compose Dieu, d'après le poème posthume de Victor Hugo commencé dès 1855, mais jamais achevé par le poète. Le livret écrit par Pierre Henry, qualifié de « théâtre sonore », sera publié par Actes Sud en 1986. On y entend nettement les sonorités naturelles que le compositeur avait l'habitude d'intégrer à ses compositions.




Avec Pierres réfléchies, en 1982, Pierre Henry démontre son goût des jeux de mots, et fait référence au recueil Pierres de Roger Caillois, publié en 1966, recueil qui rassemble différents poèmes en prose consacrés aux minéraux et à leurs propriétés, tant physiques que mythologiques.




Fin 2005, il réalise, avec l'assistance de Bernadette Mangin et Laure Limongi qui lui prête sa voix, Deux coups de sonnette, un essai radiophonique qui revient sur sa carrière et son parcours musical.




Pierre Henry s'était déjà mesuré à la radio comme média de création et de diffusion, avec, en 1993 et en 1995, une adaptation des Chants de Maldoror de Lautréamont, avec la voix de Cécile Violet, pour France Musique, et des Notations sur La Fontaine, pour France Culture.

Pour la ministre de la Culture, Françoise Nyssen : 
 

Pierre Henry, pionnier de la musique électroacoustique, qui fut l’un des pères de la musique concrète avec Pierre Schaeffer, vient de nous quitter.

Avec lui, les sons élémentaires, comme l’orage, le vent, le train, les animaux ou les souvenirs sonores de son enfance, sont entrés de façon fracassante dans notre univers musical.

Compositeur, chercheur, créateur d’un langage très personnel, il aura su faire de chaque œuvre une révolution sonore.

On se souvient de la création de sa Messe pour le temps présent, en 1967, au festival d’Avignon, sur un ballet de Maurice Béjart, avec lequel il entamera une féconde collaboration. C’est avec cette œuvre qu’il touchera le grand public. S’imposant comme un véritable « tube », elle inspirera plusieurs générations d’artistes, qui iront jusqu’à en offrir un remix à son compositeur, en 1997, pour ses soixante-dix ans.

Créateur boulimique et infatigable, Pierre Henry aura su rester à l’avant-garde jusqu’au bout. Il continuera d’écrire, il engagera des projets artistiques jusqu’au dernier moment. De nouvelles créations devaient le conduire au Grand Palais le 13 juillet, à la Philharmonie de Paris en octobre et en décembre à l'Auditorium de Radio France, pour fêter ses quatre-vingt-dix ans.

En 2007, il avait confié à la Bibliothèque nationale de France la numérisation d’une partie de son œuvre. La réflexion sur la pérennisation et la transmission de son patrimoine est en cours au ministère de la Culture.