Mort du philosophe Bernard Stiegler, penseur de la technique et du numérique

Antoine Oury - 07.08.2020

Edition - Société - Bernard Stiegler - philosophie numerique - Stiegler livres


Le philosophe Bernard Stiegler, connu pour ses interventions sur les technologies de l'information et leurs conséquences sur le monde, est mort ce 6 août 2020 à l'âge de 68 ans. Le Collège international de philosophie, au sein duquel il fut directeur de programme, a annoncé son décès, saluant une « voix singulière et forte, un penseur de la technique et du contemporain hors du commun ».

Bernard Stiegler - IFLA WLIC 2014


Né en 1952 dans l'Essonne, Bernard Stiegler arrête ses études après la classe de seconde, suit des formations dans le cinéma, puis dans l'informatique, sans les mener à bien. En 1976, il participe à une série de braquages à main armée, qui aboutiront sur son arrestation et son emprisonnement, pour une durée de 5 ans. C'est pendant ce séjour en prison qu'il se consacre à la philosophie, en suivant des cours à distance.

Depuis sa cellule, il reçoit le soutien de Jacques Derrida, un de ses maitres à penser, aux côtés de Gilbert Simondon et André Leroi-Gourhan. À sa sortie de prison, en 1983, Bernard Stiegler s'intéresse plus particulièrement aux sujets relatifs aux technologies et à l'informatique.

En 1993, il soutient sa thèse à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, et fonde la même année l'unité de recherche Connaissances, Organisations et Systèmes Techniques de l’Université de Compiègne. Il est nommé directeur général adjoint de l'Institut National de l'Audiovisuel en 1996, directeur de l'IRCAM en 2001 et finalement directeur du département du développement culturel du Centre Georges Pompidou en 2006.
 


Bernard Stiegler a notamment publié La Technique et le temps, en 3 tomes, chez Galilée, La Télécratie contre la démocratie (Flammarion, 2006), Prendre soin, de la jeunesse et des générations (Flammarion, 2008) ou encore États de choc - Bêtise et savoir au XXIe siècle (Fayard/Mille et une nuits, 2012). Très critique du capitalisme contemporain, Stiegler réclamait un changement systémique face aux défis climatiques, sociaux et économiques.

Il a récemment publié Bifurquer, ouvrage collectif sous sa direction, aux éditions Les Liens qui libèrent, et Le nouveau génie urbain, également dirigé par ses soins, chez Fyp éditions.
 
En tant que chercheur et philosophe, Stiegler s'était particulièrement intéressé aux liens et frictions entre la lecture et les technologies : dès 1989, il travaille à la BnF sur un projet de postes de lecture assistée par ordinateur, qui n'aboutira pas. Cette même année, il porte le projet LECAO (lecture et écriture critiques assistées par ordinateur) avec le soutien du ministère de la Recherche.

En 2014, l'IFLA, la Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques, l'avait fait intervenir en ouverture de son congrès annuel, pour évoquer les bibliothèques face à la somme d'informations disponibles sur le web.



Photographie : Bernard Stiegler en 2014 (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Commentaires
"dès 1989, il travaille à la BnF sur un projet de postes de lecture assistée par ordinateur, qui n'aboutira pas". Cela n'est pas tout à fait exact, Antoine, n'oublions pas que le Web n'est pas encore né et que le travail sur les postes assistés par ordinateurs (PLAO et PLS) se fait encore dans le cadre d'une programmation de diffusion du numérique de la BnF en France via un réseau propre. Toutefois cela n'a pas été lettre morte. Le PLS a été la première interface en salle vers Gallica et la réflexion autour de ces postes a nourri les évolutions du site. Beaucoup des innovations des PLAO et PLS se sont vite retrouvées (à l'exception de la fonctionnalité hypertexte, chère à Ted Nelson) dans les outils périphériques de traitement des fonds numérisé : dans les traitements de texte, les graphes, les réseaux savants. Si le Web n'était pas né, sans nul doute ces interfaces de consultations de fonds numérique auraient existé. Mais, en 1992, ce n'était plus nécessaire à moins de vouloir se lancer dans une usine à gaz. Reste la dimension hypertextuelle qui n'a pas trouvé encore une application capable de supporter une sémantique des liens. Tout ce savoir accumulé n'est donc pas resté lettre morte, il fait partie de l'ADN de Gallica.
Avant 1989,il faut citer l'exposition Mémoires du futur présentée à la Bpi en 1987,dont Bernard Stiegler était commissaire. Michel Melot, le directeur de la BpI, intéressé par les travaux de Bernard Stiegler au sein du Collège International de philosophie avait eu l'idée de cette exposition qui annonçait l'evolution des mémoires analogiques vers le numérique et ses possibilités insoupçonnées. Pour nombre de jeunes bibliothécaires, dont j'étais, cette exposition constitua une ouverture majeure sur un futur qui allait vite devenir notre quotidien.



En ce qui concerne le travail de Bernard Stiegler sur le PLAO, projet qui était assez avancé pour être sur le point d'être industrialisé quand le changement politique de 1993 arrêta net son développement, il faudrait en rappeler la richesse et les espoirs qu'y avaient placés les dix chercheurs et universitaires qui composaient le groupe de travail animé par Stiegler.
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