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Mort du sociologue Zygmunt Bauman, théoricien de la société liquide

Nicolas Gary - 09.01.2017

Edition - International - Zygmunt Bauman sociologue - Umberto Eco linguistique


À l’âge de 91 ans, le sociologue d’origine polonaise Zygmunt Bauman est décédé à son domicile, en Angleterre. C'est probablement l’un des plus grands noms de la sociologie européenne, et l’un des plus prolifiques auteurs qui disparaît. C’est à lui que l’on doit l’exploration de l’identité dans le monde contemporain, la théorisation de l’Holocauste, mais également du consumérisme et de la mondialisation.

 

MMG ! Zygmunt Bauman

Meet the media Guru, CC BY SA 2.0

 

 

Zygmunt Bauman avait développé un concept puissant, celui de « la modernité, ou la société liquide », notamment exploré dans un livre publié chez Hachette (traduction Christophe Rosson), La vie liquide.

 

La vie liquide est la vie prise dans le flux incessant de la mobilité et de la vitesse. Elle est le triomphe du consumérisme. Tout, y compris l’homme, devient objet de consommation, avec une date de péremption au-delà de laquelle ils deviennent jetables. Analysant les changements qui affectent l’individu, les nouveaux modes de la célébrité, les transformations de la culture ou encore la promotion de la sécurité comme valeur, l’auteur décrit ainsi la société en voie de liquéfaction avancée et avance des pistes pour imaginer un avenir plus vivable.

 

 

C’était l’individualisme forcené de notre époque que le sociologue avait su appréhender. Un regard porté sur cet individualisme débridé, où personne n’est véritablement compagnon de voyage, mais plutôt, suivant la doctrine de Thomas Hobbes, l’idée que l’homme est plus que jamais un loup pour l’homme.

 

Une subjectivité à tout crin qu’Umberto Eco avait d’ailleurs évoquée avec le sociologue, considérant qu’elle avait sapé les fondements mêmes de la modernité.

 

Né en 1925 à Poznan (Pologne) dans une famille d’origine juive, Zygmunt Bauman fut contraint de fuir en Union soviétique, avant le début de la Seconde Guerre mondiale. Il vécut par la suite en Israël, puis en Grande-Bretagne, où il devint enseignant à l’université de Leeds.

 

Peut-on survivre à la liquidité ?

 

En développant la théorie de cette modernité liquide, qui s’échappe et fuit quand on tente de la saisir, il a acquis une grande popularité, déclinant le principe suivant différentes approches. C’est donc dans une société fluide et insaisissable que nous évoluons, suivant sa pensée, dont la structure se modifie, composée et recomposée sans cesse.

 

Zygmunt Bauman fut sans doute l’un des intellectuels les plus actifs de ce XXe siècle, autant que sa capacité à repenser le monde, en perpétuelle évolution. Avec l’élection de Donald Trump, qu’il avait pressentie, il envisageait déjà la fin d’une forme de démocratie connue. Et la transition vers une nouvelle dénomination – la notion étant absorbée par d’autres approches.

 

À travers ses livres, il soutenait l’idée que la société contemporaine est hantée par sa propre incertitude. Conséquence directe de l’assèchement des idéologies, qui conduit à un effondrement de l’être humain, et un état de désorientation. Est-il possible de survivre à la liquidité, se demandait Umberto Eco ? Attendu que cette notion montre comment se détruisent les valeurs de toute société, lesquelles permettent aux citoyens de se sentir partie prenante de quelque chose qui les dépasse, la question restera en suspens...

 

On relira avec modestie Zygmunt Bauman. Les illusions perdues de la modernité, par Pierre-Antoine Chardel (Ed. CNRS), pour mieux comprendre la pensée de cet homme.