" Moscou à livres ouverts", état du marché du livre en Russie

Clément Solym - 17.03.2012

Edition - International - Russie - édition - numérique


Vladimir Grigorieff, délégué en chef de la Federal Agency for Press and Mass Communication, organe russe chargé de surveiller l'état de l'édition au sein de la fédération, est intervenu aujourd'hui pour faire l'état des lieux du marché du livre en Russie. Si la Russie reste un secteur peu prisé de la traduction et encore peu porteur pour les livres numériques, des évolutions notables depuis quatre ans devaient être examinées.

 

Vladimir Gregorieff a émis le désir de voir se tenir des discussions entre experts français et russes concernant la régulation de l'accès aux contenus numériques.

 

Il commence par un petit état des lieux de l'édition papier en Russie. Le nombre de titres publiés reste sensiblement le même entre 2008 et 2011, avec des effets de polarisation des nouveautés publiées. La littérature de fiction, de science, n'a pas connu beaucoup de changement. Mais depuis 4 ans les éditions de livres pour enfants ont beaucoup augmenté : cela se voit par la quantité d'exemplaires publiés durant ces années. En ce qui concerne les ouvrages scientifiques, 21,5% des livres publiés dans le pays en font partie (ouvrages universitaires, notamment), mais il apparaît que depuis quatre ans le pourcentage par tirage s'est réduit. Il y a toujours autant de titres à valeur scientifique, mais ils sont de moins en moins édités ou réédités.

 

La Russie et sa littérature peu traduite

 

Il existerait selon les estimations de l'agence fédérale 14333 traductions d'ouvrages russes dans le monde, ce qui est peu. L'anglais est toujours la langue la plus populaire des traducteurs, suivi par le français.

 

Le délégué s'est ensuite mis à évoquer une situation a priori menaçante pour la diversité et l'indépendance de l'édition russe. Selon lui, les grandes maisons d'éditions (AST group, Eksmo, Azbuka Atticus Group, Ripol Classic et Strekoza press) concentrent de plus en plus les sorties et l'activité éditoriale. Les petites maisons sont rachetées par les grandes, qui ont aussi leur propre réseau de distribution. A elles seules, elles possèdent 20% du marché de l'édition en Russie.

 

Le livre numérique entre piratage et lecteurs ebooks

 

Le piratage des oeuvres sur internet est extrêmement élevé. Néanmoins les revenus de la vente d'ebooks sur internet augmentent sensiblement, et seraient passés de 0.45 millions de roubles en 2008 à 4.7 millions en 2011. Un million de lecteurs ebooks circuleraient aujourd'hui sur le sol russe, contre 140 000 en 2008. Si l'on rajoute à cela les appareils achetés à l'étranger (comme les iPads, qui sortent plus tardivement au sein de la Fédération), le nombre total d'équipements capables de lire des ebooks s'élève à environ trois millions. C'est peu, comparé au taux de pénétration de ces nouveaux outils en Grande-Bretagne, par exemple, mais ces chiffres démontrent néanmoins une évolution positives de ce marché en Russie.

 

Vers une concertation franco-russe ?

 

« Nous suivons de très près les modifications du marché qui arrivent aux Etats-Unis et en Union Européenne. Peu de gens sont capables de prévoir le développement du marché du livre numérique en Russie ». Un évènement marquant comme le lancement par Amazon de sa propre maison d'édition a provoqué une onde de choc. Désormais, Vladimir Gregorieff estime que le scénario pourrait se reproduire avec Apple et Google. A tel point que « les éditeurs classiques vont devenir des sous-contracteurs d'Amazon ». « Ce n'est pas mon but de vous effrayer, mais il faut savoir que cela risque d'arriver. Cette situation est sérieuse sur le marché mondial, et je souhaite voir se tenir des discussions d'experts entre la France et la Russie au sujet de ce problème. L'édition est et doit rester un foyer de transmision de la culture ».

 

 

 

Les maisons traditionnelles peuvent survivre en combinant de bonnes éditions papier et de bonnes éditions numériques. Pour cela, un soutien de l'Etat serait essentiel, ainsi qu'une expertise pour un nouveau modèle commercial.

 

Une loi sur le prix unique du livre numérique peut-elle réussir à la Russie ?

 

« Non », répond M. Gregorieff, qui estime qu'il est compliqué, administrativement, d'introduire un prix unique pour les oeuvres numérique. « La société russe est sensible aux intrusions de l'Etat dans la régulation d'internet, cela est perçu comme une tentative de censure. De plus les citoyens sont habitués à la gratuité. C'est pour ça que nous sommes uniques : un film français peut être téléchargé, de la même manière que de la musique classique française, et ce n'est pas parce que nous sommes amoureux de la France ! », plaisante-t-il.

 

La régulation du prix sur internet ne servirait donc pas à grand-chose, vu l'absence globale de régulation. Cela n'empêche pas l'agence fédérale de rester optimiste pour l'avenir.

 

 

 

 




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