Moscou : la directrice de la bibliothèque ukrainienne toujours assignée à résidence

Antoine Oury - 21.05.2016

Edition - International - Natalia Sharina - bibliothèque ukrainienne Moscou - Russie Ukraine censure


Plus de six mois après son arrestation, Natalia Sharina, directrice de la bibliothèque ukrainienne de Moscou, reste assignée à résidence, avec l'ordre ferme de ne recevoir pratiquement aucun contact de l'extérieur. Le bureau Liberté d'expression de la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et d'institutions (IFLA) réclame sa libération, alors que les accusations portées contre elle ne sont toujours pas vraiment connues.

 

Natalia Sharina

 

 

Difficile de croire qu’une telle émission pouvait raviver des tensions politiques, mais l’Eurovision 2016, remporté par l’Ukraine, a particulièrement tendu la Russie, qui y a vu une victoire politique. Le concours de chanson ne doit toutefois pas masquer la fermeté russe vis-à-vis du pays voisin. Dès 2014, les tensions avaient été ravivées par l’accession au pouvoir de l’opposition au président pro-russe Viktor Ianoukovitch, avant que le sort de la Crimée ne jette définitivement les deux pays dans un bras de fer militaire.

 

L’arrestation de la directrice de la bibliothèque ukrainienne de Moscou intervenait dans ce contexte particulièrement tendu : après un raid policier, les enquêteurs avaient affirmé avoir découvert des tracts imprimés, diffusant une propagande anti-russe, mais aussi un livre de Dmitri Kortchinski, un ultranationaliste ukrainien, dont les publications sont désormais totalement interdites en Russie. Un livre jeunesse, avec sur la couverture le logo de Правый сектор ou Pravy Sektor, le Secteur Droit, parti politique ultranationaliste, aurait également été trouvé dans les affaires de la directrice.

 

Évidemment, ces accusations étaient un peu trop péremptoires pour totalement convaincre : dès le mois de novembre, le président du Comité des droits de l’Homme, Mikhail Fedotov, ironisait sur l’arrestation en assurant qu’il prévoyait « dans un avenir proche des arrestations de cuisiniers travaillant dans des restaurants ukrainiens ».

 

Plus préoccupants encore, les témoignages de collègues de Natalia Sharina, qui expliquaient que les ouvrages découverts dans les affaires de la directrice n’étaient que les éléments d’un coup monté. « Ils ont apporté avec eux des livres présents sur les listes de littérature extrémiste », assurait Tatyana Muntyan. « Je l’ai vu. Les livres qu’ils ont apportés n’avaient pas de tampon. Ils les ont déposés volontairement. » Le comité d’investigation russe n’avait alors pas réagi à ces accusations.

 

Une assignation à résidence synonyme « d'attaque envers la démocratie »

 

Depuis son arrestation en octobre 2015, Natalia Sharina reste assignée à résidence, et ne peut avoir de contacts qu’avec sa fille, son gendre et son mari. Elle est toujours sous le coup d’une accusation d’incitation à la haine, même si sa fille, Anna Pavlukova, rappelle que sa mère « est Russe, elle aime la Russie et elle ne colporte pas la haine ». 

 

Évidemment, aucun procès n’a eu lieu. (via CBC)

 

La Fédération internationale des associations de bibliothécaires et d’institutions (IFLA) a publié un message réclamant la libération de Natalia Sharina dans lequel elle souligne que « les bibliothèques et les bibliothécaires ont un rôle clé à jouer dans la défense des droits de l’homme, dont l’accès à l’information et la liberté d’expression ». 

 

D’après l’organisation, les allégations envers la directrice de l’établissement et les fouilles de la bibliothèque ukrainienne de Moscou sont « injustifiées et disproportionnées ». Donna Scheeder, présidente de l’IFLA, a fait parvenir un courrier au directeur du comité d’investigation russe et au procureur général de la fédération russe pour réclamer la levée de l’assignation à résidence.