Moscou : une bibliothèque historique victime d'incendie

Julien Helmlinger - 02.02.2015

Edition - Bibliothèques - Incendie - sinistre - Russie - Sciences


À Moscou, un incendie d'origine indéterminée s'est déclaré dans la nuit de vendredi à samedi, vers 22h00, ravageant l'Institut d'information scientifique en sciences humaines et par la même occasion l'une des plus importantes bibliothèques du pays. Plus de 14 millions d'ouvrages et autres documents sont hébergés par l'institution créée en 1918. Le feu s'est propagé sur quelques 2000 m² avant d'être maîtrisé. Environ 15 % de la collection semblaient détruits au moment du sinistre, alors que le plafond risquait encore de s'écrouler. 

 

  

La moitié du bâtiment est d'ores et déjà réduite à l'état de ruines, sans compter avec le fait que le ministère des Situations d'urgence redoutait toujours un risque d'effondrement de ce qui restait du toit ce week-end. Pour ces raisons l'estimation des dégâts n'est que provisoire. Le feu s'est rapidement propagé vendredi et les pompiers ne l'ont maîtrisé que 24 heures plus tard, dans la nuit de samedi à dimanche.

 

Ces derniers ont mobilisé un véritable arsenal : des tonnes d'eau ont été déversées sur les lieux, risquant également de détruire une partie des documents conservés. Toutefois, selon le président de l'Académie des sciences, Vladimir Fortov, au moins 15 % de la collection seraient détruits. « C'est une grande perte pour la science, il s'agit de la plus grande bibliothèque en son genre de par le monde, probablement l'équivalent de la Congress Library aux USA. [...] Toutes les sciences sociales mettent à profit cette bibliothèque, on trouve ici des documents impossibles à trouver ailleurs », regrette-t-il.

 

Un équivalent à la catastrophe de Tchernobyl dans le domaine de la recherche, précise-t-il, car parmi les 14 millions d'ouvrages certains sont uniques. Il s'agit de la principale bibliothèque russe en sciences humaines et en langues slaves, fondée en 1918. Le directeur de la Bibliothèque de Russie, Alexandre Vissly a précisé que « la plus grande partie des livres rares conservés dans cette bibliothèque ont été transportés d'Allemagne après la Seconde Guerre mondiale comme trophées. Il s'agit de livres d'économie, de philosophie, de classiques du marxisme-léninisme... »

 

Le fonds compte notamment des livres rares en langues anciennes, russe et européennes, des documents classés par la Ligue des nations, l'ONU ou l'UNESCO, des rapports parlementaires des États-Unis, du Royaume-Uni et d'Italie remontant parfois au XVIIIe siècle.

 

L'Inion comprend aussi l'Institut historique germanique et le Centre d'études franco-russe de Moscou, mais selon la directrice Hélène Mélat, « il semblerait toutefois que l'incendie ait surtout concerné la partie administrative et ne se serait pas étendu aux collections et au CEFR. La Documentation historique internationale a certainement plus souffert, étant plus près du foyer. Mais il y a bien sûr un très gros risque de dégâts causés par l'eau et la fumée ».

 

La cause du sinistre reste à déterminer. Le feu est probablement parti de la salle de lecture, ont été évoqués un court-circuit ainsi qu'un éventuel jet de pétard, parmi les hypothèses qu'étudie le ministère des Situations d'urgence. 

 

L'on peut se rendre compte de l'ampleur de l'incendie via les images circulant sur le web (voir la vidéo ci-dessous), et revoir la récente infographie de Courrier International à propos des livres qui brûlent.