Mossoul : Assister impuissant au "nettoyage culturel" de Daesh ?

Nicolas Gary - 28.02.2015

Edition - Bibliothèques - Mossoul Irak - Daesh terrorisme - autodafés ONU


L'ONU évoque un « nettoyage culturel », Fleur Pellerin parle de « tragédie culturelle et humaine » : la destruction minutieuse qui se déroule actuellement à Mossoul, en Irak, choque profondément. Il y a eu des autodafés, qui se poursuivent depuis le début du mois de février, et maintenant le pillage et la destruction du musée de la ville. Tristes constats qui s'accumulent.

 

027 Assyrian Mosul IRAQ

David Holt, CC BY SA 2.0

 

 

La destruction organisée par Daesh, des œuvres d'art détruites dans le musée de Mossoul, représente « une catastrophe sans nom pour l'histoire de notre humanité », affirmait la ministre de la Culture. Et d'ajouter : 

En s'en prenant à des chefs-d'œuvre inestimables des périodes assyrienne et hellénistique, aux collections d'un très grand musée et aux trésors du patrimoine culturel mondial, c'est la culture, qui unit les hommes et ouvre les esprits, front de résistance et rempart contre l'obscurantisme, que ces terroristes ont voulu atteindre.

 

Mais pour l'heure, quelle mobilisation internationale s'interpose entre les destructions, nécessairement accompagnées de pillages, et les œuvres d'art ? Comme le remarquent les observateurs, sur place, ce sont avant tout les grandes œuvres, celles que l'on ne déplace pas aisément, qui sont victimes de ces destructions. Les œuvres de dimensions plus modestes, que l'on pourra revendre sur le marché noir, sont largement épargnées. Dans les prochaines semaines, les collectionneurs pourront s'abreuver d'histoire à bon prix, sans aucun doute. 

 

De son côté, Irina Bokova, directrice générale de l'ONU, fait le sinistre inventaire : « Un grand nombre de statues et de bas-reliefs ont été défigurés ou détruits, dans une furie destructrice, à coup de hache, de masse et de marteau piqueur. » La vidéo diffusée cette semaine, et montrant comment les imbéciles s'appliquent à détruire le patrimoine accueilli dans le musée, n'a pas manqué sa cible. 

 

 

Le président du Conseil de sécurité a été sollicité, pour qu'une réunion d'urgence soit mise en place : détruire le patrimoine historique devient un enjeu aussi important que d'arrêter le groupe terroriste. 

 

Déjà, début février, les autodafés qui se multipliaient avaient provoqué une vive réaction à l'ONU. « Ces autodafés marqueraient une étape supplémentaire dans le nettoyage culturel perpétré dans les régions sous le contrôle des groupes extrémistes armés en Iraq. Ces autodafés s'ajouteraient à la destruction systématique du patrimoine et à la persécution des minorités qui visent à annihiler la diversité culturelle qui est l'âme du peuple iraquien. »

 

Elle rappelait alors que l'ONU avait été créée justement pour lutter contre ce type de violences et « pour faire de l'éducation, des sciences, de la culture, des outils de dialogue et de paix ». 

 

Les habitants assistent, impuissants, à la campagne d'éradication qu'ISIS mène depuis des semaines. Des milliers de livres ont été passés par les flammes, accusés « de promouvoir l'infidélité et d'appeler à la désobéissance vis-à-vis de Allah », rapporte un homme auprès de l'AP. La bibliothèque, prise d'assaut et ravagées par des bombes artisanales a vu brûler plus de 8000 ouvrages anciens, rares et comptant parmi les trésors du patrimoine. 

 

« Parmi les collections perdues se trouvaient des manuscrits du XIXe siècle, des livres syriens imprimés dans la première imprimerie d'Irak au XIXe, des livres de l'ère ottomane, des journaux irakiens du début XXe et des antiquités de l'Arabie préislamique, comme un astrolabe et un sablier. La bibliothèque a recueilli les bibliothèques personnelles de plus de 100 éminentes familles de Mossoul du siècle dernier », rappelle-t-on. 

 

 

 

Le cri d'alarme doit être entendu, souligne la DG : « Cette tragédie est loin d'être seulement un enjeu culturel : c'est un enjeu de sécurité majeur, et l'on voit bien comment les terroristes utilisent la destruction du patrimoine dans une stratégie de terreur, pour déstabiliser et manipuler les populations, et assurer leur domination. » Et Fleur pellerin de conclure : « Je condamne avec la plus grande fermeté ces attaques et en appelle à la mobilisation internationale pour protéger le patrimoine irakien, riche de sa diversité et de son histoire, trésor de notre humanité. ».

 

Si l'ONU continue de réclamer que cessent ces attaques, c'est avec la perspective qu'elles « alimentent le sectarisme, un extrémisme violent et le conflit en Irak ». La résolution 2199 du Conseil de sécurité condamne la destruction de tout patrimoine culturel qui soit, et les actes de Daesh entrent clairement « en violation directe », souligne l'ONU.

 

Mais pas certains que Daesh en ait pris connaissance... En revanche, l'organisation sait manifestement bien choisir quels biens culturels seront les plus propices aux trafics.