Mouvement social des auteurs : Une marche à Angoulême 'pour les créateurs'

Nicolas Gary - 02.12.2014

Edition - Société - mouvement social - auteurs édition - manifestation Angoulême


L'édition en France vit actuellement une vague de mouvements sociaux, et il faudrait vivre la tête bien enfoncée sous terre. La pierre la plus manifeste de l'édifice avait été déposée par le SNAC BD, lors du festival Quais des bulles, à Saint-Malo. Scénaristes et dessinateurs étaient invités à un débrayage, faisant suite à la réforme imposée sur la retraite complémentaire. 

 

 

 

 

Le mouvement des auteurs avait abouti à la création des États généraux de la BD. « Nous avons découvert, par des discussions informelles pour le moment, que la plupart des auteurs de BD vivent avec des revenus en dessous du SMIC », constatait Benoît Peeters, président de ces États généraux. Emboîtant le pas, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse avait tenu hier une table ronde pour évoquer une multitude de sujets assez pointus. Mais le SNAC avait promis de renouveler son opération, lors du Festival de la BD d'Angoulême.

Au terme de la conférence de presse des organisateurs du FIBD, pour laquelle la rédaction de ActuaLitté attend toujours l'invitation, le SNAC BD a diffusé un communiqué alarmiste.

Alors que de nombreux motifs d'inquiétude existent déjà sur l'avenir immédiat de leur profession (baisses des rémunérations, augmentation de la TVA sur les droits d'auteurs, projet nébuleux de réforme de leur régime de sécurité sociale, remise en cause du droit d'auteur à l'échelle européenne...), les auteurs, déjà dans un état de paupérisation croissante, se retrouveraient du jour au lendemain soumis à une cotisation équivalente à un mois de leurs revenus. 

Affirmant qu'il y a « urgence à réinventer avec les auteurs ce que sera la Bande Dessinée de demain », autant qu'à « leur permettre maintenant de vivre décemment de leur création », le SNAC poursuit son mouvement. Le Festival d'Angoulême donnera l'occasion d'une nouvelle mobilisation pour les créateurs. Quelques-uns s'étaient d'ailleurs joints aux protestations lors de l'inauguration du Salon de Montreuil, et la manifestation organisée dans les allées, par les auteurs.

 

Le SNAC lance donc un appel ferme : 

Ce n'est qu'un commencement. Le Festival d'Angoulême par son ampleur internationale est le principal relais médiatique dont peuvent bénéficier les auteurs pour faire entendre leur voix. 

C'est pourquoi nous appelons l'ensemble des auteurs ainsi que les lecteurs, souhaitant les soutenir, à se mobiliser et à nous rejoindre le samedi 31 janvier 2015 pour une marche des auteurs, qui se veut une manifestation de soutien à la création. 

Les organisateurs du FIBD ont assuré qu'ils soutiendraient la manifestation, et le SNAC attend des éditeurs et de la mairie d'Angoulême une même solidarité. Cette « marche des auteurs et de soutien à la création » veut inciter les auteurs à « [reprendre] la main sur les conditions d'exercice de leur métier, sur l'évolution de leur statut, et qu'ils puissent prendre part systématiquement aux décisions qui les concernent ».

 

 

Les auteurs bientôt tous à poil

Les auteurs, bientôt tous à poil ? - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Fleur Pellerin avait fait une allocution allant dans ce sens, au Salon de Montreuil, saluant les 150 auteurs, illustrateurs et créateurs invités. « Je tenais à m'adresser à eux aujourd'hui : les bons résultats économiques de la filière ne doivent pas faire oublier leurs inquiétudes et j'y suis très sensible », assurait-elle. Tant sur la question de la rémunération, vis-à-vis du livre numérique, ou pour ce qui est du régime de la sécurité sociale, et la cotisation retraite, la ministre a assuré qu'elle s'exprimerait prochainement sur ces questions, et d'insister pour « que les auteurs sachent mon engagement fort à leurs côtés ».

 

Quelques jours plus tôt, le président du Centre National du livre, Vincent Monadé avait réagi dans les colonnes de ActuaLitté, interpellé sur la question de la rémunération des auteurs, dans le cadre d'une manifestation littéraire. 

Dans notre pays, où la chaîne du livre est fragilisée par la crise et la mutation numérique, les auteurs sont précarisés et paupérisés. Combien de temps encore les uns et les autres nous renverrons-nous la balle sur cette situation préoccupante qui menace l'exercice même de la création ? Pour ma part, de ma place et avec les outils qui sont les miens, j'ai décidé d'engager le Cnl à leurs côtés.

Plusieurs organisations ont désormais le Salon du livre de Paris en ligne de mire. Pour son édition 2015, ce dernier cristallisera certainement les tensions, attendu que toute l'édition, ou quasi, s'y retrouve. « Ça peut être un moment assez mémorable. Le Snac se concentre sur la marche du FIBD, en espérant que cela donne des idées », nous précisait un auteur BD engagé dans le SNAC.