Mucem, Maupetit : grève des librairies Actes Sud à Marseille, une première

Victor De Sepausy - 07.12.2019

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Ce 5 décembre, entre 800.000 et 1,5 million de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre la réforme des retraites. Il est vrai qu’à entendre qu’elle est tournée en faveur des salariés, on s’interroge : pourquoi Christophe Castaner souhaite alors priver les policiers de ces avantages ? Soit. Mais dans la chaîne du livre, la grève a également pris. 

MuCEM
Mucem - Harald, CC BY SA 2.0
 

On apprend en effet que la librairie du Mucem, Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, située à Marseille, a pour la première fois déposé un préavis de grève, avec une fermeture toute la journée. 100 % de grévistes ont été enregistrés, tandis qu’à la librairie Maupetit, fermée jusqu’à 14 h, on comptait 90 % de grévistes en matinée et 30 % en après-midi. 

Ces deux établissements sont dirigés par le groupe Actes Sud, et dénombrent quelque 35 salariés.

Le syndicat Culture Sud solidaires, manifestant contre « des retraites au rabais et pour une autre répartition des richesses », pointait alors dans un communiqué les dérives à redouter de ce nouveau système de retraite à points. Un modèle qui « fera baisser les pensions et travailler plus longtemps ». 

Et d'ajouter : « La réforme du régime des retraites est une étape supplémentaire dans l’agenda d’un système qui détruit le climat et nos écosystèmes, maltraite au travail nos corps et nos cerveaux, relègue les plus précaires et les plus démuni·e·s, ferme et détruit les services publics. » Post-5 décembre, le mouvement pourrait continuer : manifestation, assemblée, grève, rien n'est exclu.
 

Dans les librairies du groupe...


Or, pour le coup, le syndicat dénonce également des conditions de travail au sein des librairies Actes Sud : « Non content de nous payer chichement (salaires au Smic ou à peine au-dessus) Actes Sud, notre employeur, répond par la négative et le mépris à toutes nos demandes de revalorisation salariale et de reconnaissance de nos métiers et compétences multiples », indique le syndicat.
 

Il souligne par ailleurs que la dernière augmentation, remontant à 2017, fait en réalité suite à « un départ non-remplacé », craignant qu’il en aille de même à l’avenir. Mieux : « [L]orsqu’après s’être plaint suite à un retard de paiement on nous conseille de mieux gérer nos budgets. »

La fermeture des librairies Maupetit et du Mucem ce 5 décembre mettait ainsi quelques éléments en évidence. « [S]ans êtres humains qui font le ménage, qui réceptionnent les centaines de cartons de livres qui arrivent chaque semaine, qui rangent et vendent ces livres, qui accueillent et conseillent lecteurs et lectrices, qui organisent des animations, des rencontres, etc. il n’y aurait pas de librairie et donc pas de chiffre d’affaires qui va avec... »


Commentaires
Les librairies ont des marges trop basses pour payer les libraires au-delà de la convention collective. Les grosses marges restent chez les grands éditeurs... Quand Hachette, Editis ont des résultats nets de 10 ou 12 %, quand Gallimard, Médiap participation ou Actes Sud ont des résultats autour de 8 %, ils ne consentent que des remises qui permettent juste de payer au smic. L'étude du Slf avec le ministère a montré que les librairies sont les commerces les moins rentables, et donc sont coincées avec des remises moyennes de 37 %, dont 5 points pour les loyers, 3 pour le transport, 5 pour les remises des cartes de fidélité, des bibliothèques et la caisse des auteurs (Sofia), 4 pour l'électricité, l'informatique, et toutes charges, et le reste 19 ou 20 % pour les salaires, ce qui se traduit par un salaire moyen entre le smic et 1700 brut. Dans ces conditions les librairies ne trouvent plus de jeunes libraires (taux de départ énorme au bout de 2 ou 3 ans), plus de cadres (2400 brut, moins de 2000 net), et plus de repreneurs. Seules les toutes petites librairies se vendent, et seules des micro-librairies se créent. Dans les villes moyennes les Leclerc et Amazon récupèrent les bonnes ventes, et le reste disparaît.

Dans cette histoire Actes Sud le cocasse est qu'en tant que libraire Actes Sud et ses salariés souffrent, mais en tant qu'éditeur vit très très bien. Mais n'oublions pas que les résultats d'Hachette et Editis confirment un système où 95
... Oui, bien sûr. Mais ne confondons pas éditeurs et distributeurs. Ces derniers (qui encadrent les marges faites aux libraires)ont la plus forte rentabilité au sein de la "chaîne du livre".

Quant à la rémunération des libraires salariés peut-elle être comparée à celle de ces exploitants de "petites librairies" (niveau 2)qui, souvent, ne se paient même pas; du fait des marges insuffisantes qui leur sont conscenties ?
Merci pour cet article. Il est temps d'informer sur les conditions "esclavagistes" d'Actes Sud, dont la bienveillance et la justice sociale n'existe que dans ses collections bobo-zen. Cela fait longtemps que le couple Nyssen-Capitani est pointé du doigt par ses manquements à la loi : enquêtes du Canard Enchaîné sur leurs nombreux aménagements et projets immobiliers (à Arles et à Paris) sans avoir obtenu les autorisations ; embauche systématique de stagiaires pour bosser dans leur librairie ; cdd précaires ; correcteurs payés au lance-pierres ou pas payés du tout (Mme Nyssen n'a rien fait pour améliorer les conditions de travail de ses propres correcteurs lorsqu'elle était ministre...)... La liste est longue. Il faut finir avec l'omertá autour des pratiques d'Actes Sud.

Vive la grève.
Le sort des libraires d'Actes Sud n'intéresse pas le siège, c'est un fait bien connu des équipes. Les conditions de travail évoquées dans le communiqué des libraires du Mucem et de Maupetit sont effectivement déplorables. Salubrité des locaux limite dans certaines librairies, équipes réduites au minimum, heures de travail en soirée non valorisées, difficultés à poser les congés liées au manque d'effectif, on ne parle même pas des salaires ni du manque de communication et d'informations. Content qu'on en parle enfin !
Peu de critiques sur Hachette, le plus gros distributeur, dont les remises aux libraires sont les plus faméliques! Si Hachette à lui seul, dont les bénéfices sont les plus mirobolants pour leurs actionnaires, augmentait son taux de remise de seulement deux ou trois points (ce qui le laisserait encore sous les autres distributeurs, sans du tout spolier les actionnaires), les salaires des libraires pourraient tous augmenter!
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