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Multivers Editions : contre ReLIRE, un écosystème équitable du livre

Nicolas Gary - 03.11.2013

Edition - Société - registre ReLIRE - édition numérique - réédition de romans


Ce 1er novembre, jour des morts, on appréciera la note sarcastique, vient d'être officialisée Multivers Éditions. Cette association se donne pour mission « d'aider les auteurs face à l'arrivée du numérique », et plus spécifiquement, de proposera la réédition numérique de leurs oeuvres. Bien évidemment, le scandaleux registre ReLIRE n'est pas vraiment étranger à cette initiative.

 

 

 

 

Contacté par ActuaLitté, Jean-Claude Dunyach  nous expose le projet depuis les Utopiales de Nantes, où a été officiellement présentée la maison Multivers Editions. « Voyant comment ReLIRE a fonctionné, nous avons considéré qu'il fallait apporter une aide aux auteurs pour qu'ils comprennent les enjeux du livre numérique, et qu'ils adoptent une attitude plus responsable. Quand Alain Damasio [NdR : écrivain français de SF] nous dit qu'en relisant ses contrats, il ne les comprend pas, et ignore donc s'il n'est pas abusé, ça fait réagir. »

 

La veille, un Think Tank a réuni autour de trois tables rondes des auteurs, bibliothécaires, libraires et éditeurs. Au menu, les droits d'auteurs numériques, le devenir de la science-fiction, et le projet ReLIRE. « C'est à l'unanimité que les acteurs présents se sont montrés opposés à ReLIRE. Gérard Klein [NdR : éditeur chez Robert Laffont] a confié que, pour la première fois de sa vie, il était d'accord avec Ayerdhal : ReLIRE est un scandale. »

 

Mais que l'on se comprenne bien, Jean-Claude Dunyach, et d'autres, ne sont pas opposés à la numérisation. « Pas dans ces conditions. Pas comme ça ! » Pourquoi la piste de l'opt-in n'a-t-elle pas été retenue ? « Si l'on avait établi une liste, et proposé aux auteurs d'intégrer le processus, ils se seraient certainement sentis plus respectés. » 

 

 

"Gérard Klein a confié que, pour la première fois de sa vie, il était d'accord avec Ayerdhal : ReLIRE est un scandale."

 

 

Toutefois, consacrer des fonds à numériser des oeuvres du XXe siècle n'était pas spécialement la meilleure des approches. « Nous manquons d'oeuvres du domaine public, qui auraient pourtant un intérêt fort pour les scolaires. Avant de vouloir numériser des cartes de Paris des années 60, s'assurer que l'on dispose de tous les grands auteurs classiques me semble tout de même plus intelligent », conclut Jean-Claude Dunyach.

 

Tous les auteurs ne sont pas des cadors en informatique : ils ont des interrogations vis-à-vis de la création de fichiers. « Certains nous présentent des fichiers avec des erreurs typographiques flagrantes. Nous serons là pour leur proposer un accompagnement : l'objectif est d'offrir une alternative. » 

Nous avons donc contacté de nombreux auteurs, de l'imaginaire, du polar, de la jeunesse, etc., en leur proposant de rééditer en numérique les livres dont ils possédaient les droits, avec un contrat équilibré et des prix de vente abordables. Nous avons déjà plus de vingt auteurs qui ont accepté, des gens comme Andrevon, Grenier, Canal, Wintrebert, Gudule, Houssin, le Bussy. Ca représente déjà plus d'une centaine de livres en préparation.

 

Ainsi, la maison d'édition se monte autour d'une association à but non lucratif et déjà plus de vingt auteurs ont accepté de confier leurs livres pour des rééditions. « Le contrat est en cours de construction, et les premières oeuvres seront diffusées à partir de décembre, avec pour 2014, un choix de 40 titres à venir. Nous chercherons à donner le plus possible aux auteurs : 30, 35... on tentera d'arriver à 40 % de droits d'auteurs sur le prix de vente hors taxe, le tout avec des contrats à durée limitée et tacite reconduction. » Si pour l'heure le sujet n'est pas tranché, l'Impression à la demande fera partie des projets à venir.  

 

Multivers Éditions se présentera donc comme un laboratoire, et un écosystème en recherche de nouveaux moyens de promotion des livres, dans un premier temps autour d'une offre de romans venus catégorie Imaginaire. « Nous bâtissons une forme d'AMAP pour avoir une assise, et devenir un lieu de passage alternatif. » 

 

La distribution sera assurée par ePagine, pour obtenir une commercialisation dans les sites de libraires traditionnels, mais également dans les librairies, au travers des bornes que le prestataire a pu implanter. 

 

Constituter un Ecosystème Equitable du livre

 

Alexandre Girardot, de Long Shu Publishing, précise que l'initiative « s'approche de que ce l'on retrouve dans le modèle du commerce équitable : des circuits de distribution courts, une proximité réelle, des acteurs locaux ». Ainsi, la maison d'édition ne proposera dans un premier ses titres qu'au travers de sa propre plateforme et des librairies partenaires de ePagine. 

 

 

Fair Trade Cafe at Civic Space

Un commerce équitable : on en discute devant un café ?

Nick Bastian Tempe, CC BY ND 2.O

 

 

« Dans un premier temps, nous multiplierons les réseaux de distribution, pour ne pas avoir à travailler avec GAFA [NdR : Google, Amazon, Fnac, Apple]. Pour mettre en place un écosystème équitable du livre, nous devons explorer les solutions qui existent pour s'épargner les acteurs américains. » 

 

Par la suite, l'intégration à ces plateformes sera examinée, mais toujours en cherchant à favoriser les acteurs locaux. « Notre projet serait d'arriver, comme pour OnLit éditions, à 43 % de revenus issus de GAFA. Mais pour y parvenir, nous devons sensibiliser, parler de notre projet. »

 

Un manifeste sera prochainement diffusé, et accompagné d'un label ‘Ecosystème équitable du Livre' - bien que le nom ne soit pas encore arrêté. « Toute personne qui s'identifie à cette vision des choses sera invitée à adhérer à l'association, et c'est avec cet argent que nous pourrons améliorer notre plateforme de distribution mutualisée. »

 

Enfin, dans les cartons, l'offre de prêt en bibliothèques compte parmi les projets les plus porteurs. Si aujourd'hui, seules les sociétés privées profitent de ce marché, l'objectif serait de mettre en place un modèle similaire à celui de la Sofia, qui impliquerait une redistribution des ventes. 

 

Actuellement, quand une bibliothèque achète à une librairie des ouvrages pour son catalogue, la Sofia perçoit un pourcentage de la vente, qui est reversé alors aux auteurs. « En l'absence de réglementation pour le livre numérique, les auteurs ne touchent finalement rien. Si l'on parle de commerce équitable, cela doit entrer dans notre ligne de mire. » 

 

Retrouver le communiqué de présentation de Multivers Editions