Murakami aux étudiants de Hong Kong : l'imagination, une vraie force

Clément Solym - 10.11.2014

Edition - International - Haruki Murakami - Hong Kong soutien - étudiants grèves


Les manifestations n'ont pas donné lieu à des débordements, et les étudiants de Hong-Kong, emmenés par Joshua Wong, leur porte-parole, poursuivent leurs revendications. Depuis plus de deux mois, ils revendiquent l'instauration d'une démocratie, et constate que l'exécutif hongkongais ne réagit que peu, c'est à Pékin qu'ils s'adressent désormais. Avec un soutien de taille : celui d'Haruki Murakami, le romancier japonais. 

 

 

Hong Kong Umbrella Revolution #umbrellarevolution

Hong Kong Umbrella Revolution, Pasu Au Yeung CC BY 2.0

 

 

Pour que le suffrage universel soit instauré en 2017, les étudiants reprennent donc leur mouvement, et bien que l'intensité de la mobilisation ait décru, certains quartiers de la ville sont toujours occupés. Dans ce contexte, l'intervention d'Haruki Murakami, qui a pris la parole à l'occasion de la remise du prix Welt-Literatupreis, en Allemagne, ne manque pas de saveur. 

 

Évoquant la célébration autour du 25e anniversaire de la chute du mur de Berlin, il explique : « Pour nous, écrivains, les murs sont des obstacles que nous devons briser. C'est ce que nous faisons, et rien d'autre – métaphoriquement – avec nos histoires. Nous traversons les murs qui séparent le réel et l'irréel, le conscient et l'inconscient. »

 

Et il a achevé son discours, avec un message très politique, à destination de ces jeunes qui, à Hong Kong, tentent de faire tomber leur propre mur. « Le pouvoir de l'imagination, que tout homme possède, nous donne le calme, la persévérance insatiable, de continuer à écrire et raconter des histoires, sans se décourager. »

 

Il poursuit : « Nous avons ce pouvoir de l'imagination, comme le chantait John Lennon. Même si cela nous donne l'impression d'être impuissants devant une réalité violente et cynique, cela nous met aussi en position d'imaginer un monde qui est différent de celui actuel. »

 

Raison pour laquelle il soutient pleinement les étudiants : « Je voudrais envoyer ce message aux jeunes qui, à Hong Kong, luttent contre leur propre mur désormais, en ce moment », rapporte l'agence Kyodo.

 

Murakami était le premier auteur japonais à se rendre en Allemagne, assure l'AFP, qui se souvient d'une autre de ses prises de position, contre les régimes totalitaires, en 2009, quand il reçut le prix Jérusalem. Il évoquait alors, dans une image frappante, les populations opprimées, qui s'écrasaient comme des œufs sur les murs du totalitarisme. Et lui-même se comptait comme l'un des œufs. (via Die Welt)

 

Hong Kong est souvent une terre de liberté bien plus importante pour l'édition, du fait de son histoire d'ancienne colonie britannique. Depuis le début de l'année, la Chine a d'ailleurs mis en place des mesures de coercition. Les ouvrages en chinois venus de Hong Kong et de Taiwan sont désormais plus scrupuleusement examinés, tandis que les différents comptes utilisés pour publier des éléments sur le Web doivent être liés à un individu clairement identifié.

 

Une vague de publications relatives au feng-shui, en provenance de Hong Kong pour la nouvelle année, avait provoqué l'ire et la suspicion des autorités, le Parti communiste jugeant ces ouvrages nuisibles à la cohésion nationale. Contrôler le flux des publications en provenance de Hong Kong permet également au Parti de limiter l'entrée des journaux faisant cas de la corruption au sein du Parti.