Murakami compose sa littérature comme une partition de jazz

Julien Helmlinger - 31.07.2014

Edition - International - Haruki Murakami - Musique jazz - Littérature et anecdotes


Quand l'auteur de 1Q84 faisait ses gammes. La course à pied, mais aussi la musique jazz constituent les deux grandes passions extra littéraires de l'auteur à succès Haruki Murakami. Des activités qui ont chacune de quoi permettre au romancier japonais de syncoper son temps consacré à l'écriture. Ses mémoires, intitulés Autoportrait de l'auteur en coureur de fond, nous expliquent notamment comment lui serait venue sa vocation de coureur, selon lui d'une façon inextricablement liée à celle d'écrivain. En d'autres oeuvres et interview, il l'homme de lettres a eu l'occasion de dresser le même parallèle avec son sens de la musique afro-américaine.

 

 

 

 

Retour vers les années 1970, au cours desquelles Haruki Murakami entama sa mutation. La majeure partie de cette décennie, le futur écrivain l'occupait encore à la gestion d'un café de jazz à Tokyo. Une enseigne baptisée du nom de Peter Cat, témoignant de son affinité avec les félins, animaux par ailleurs omniprésents tout comme la musique en son oeuvre littéraire, et située dans le quartier de Kokubunji.

 

Cette période de sa vie, l'écrivain populaire l'évoquera plus tard en ses deux recueils de souvenirs intitulés Portait en jazz, respectivement publiés en 1997 et 2001. Murakami a depuis confié au New York Times avoir découvert la musique jazz au cours de l'année 1964, lorsqu'il venait de célébrer ses 15 ans. Après qu'au mois de janvier, à l'occasion de son anniversaire, il a reçu en cadeau un ticket pour aller voir Art Blakey et son groupe les Jazz Messengers en concert à Kobe.

 

Une expérience à laquelle il n'aura pas été insensible. « C'était la première fois où j'ai vraiment écouté du jazz et ça m'a bouleversé, j'étais stupéfié. » S'il n'avait aucune formation théorique dans la musique, en revanche, il lui sembla l'avoir dans la peau. Après cette découverte, ce n'était plu qu'une simple question de temps, ou de rythme, avant que le futur écrivain ne cherche à traduire sa musique intérieure avec des mots couchés sur le papier. « C'est ainsi que mon style est apparu. »

 

Pour Murakami, l'écriture et la musique jazz sont deux arts qui impliqueraient un effort créatif similaire. En quelque sorte tous deux nécessitent un bon rythme, qui paraisse aussi naturel et stable, mais aussi une mélodie, qui en littérature se traduira par des arrangements de mots plutôt que de notes. Si le rythme et la mélodie intérieure, qu'expriment les mots, sonnent juste, l'oeuvre devrait apparaître dans toute son harmonie.

 

Pour achever de dresser son parallèle entre sa conception de l'écriture et de la musique jazz ne manque alors plus qu'un peu d'improvisation. À découvrir ci-dessous, une play-list musicale regroupant des morceaux cités dans les recueils de Portrait en jazz. S'y retrouvent des maîtres comme Chet Baker, Charlie Parker, Stan Getz, Bill Evans, ou encore Miles Davis :

 

 

 

Et si par hasard il vous venait un jour l'idée de lire votre oeuvre signée Murakami à Tokyo, il serait dommage de passer à côté du Cafe Rokujigen. Un endroit dans lequel les fans de l'écrivain se retrouvent pour lire le romancier avec sa bande-originale. Le tour du propriétaire en vidéo :