Murakami, entre censure à Hong Kong et peine de mort au Japon

Clément Solym - 30.07.2018

Edition - International - Haruki Murakami roman - Hong Kong censure - secte exécutions Japon


Plus secret qu’un ermite emmuré, Haruki Murakami sort de temps à autre la tête de sa grotte pour publier un livre. Rarement, ce dernier provoque des remous. Plus rarement encore est-ce à Hong Kong que l’on parle de censure et d’indécence. Et pourtant... 


Descarga Fractal: El Espejo
Manuel Gomze, CC BY SA 2.0

 

Un tribunal local avait fait retirer d’une foire du livre le livre de Murakami : cela aurait dû mettre la puce à l’oreille. Le meurtre du commandant de la chevalerie sera publié et traduit chez Belfond en octobre prochain, en France. Mais en attendant, c’est le scandale qui l’entoure. 

 

Présenté comme un tour de force épique autour de l’amour et de la solitude, de la guerre et de l’art, il serait également un hommage appuyé à Gatsby le Magnifique. Mais à Hong Kong, on ne goûte pas ces arguments : le livre n’est disponible dans les bibliothèques que pour les plus de 18 ans, des précautions ont été prises à cet effet. 

 

La firme taiwanaise China Times Publising s’est vu intimer la consigner d’en retirer les exemplaires lors de la Foire du livre de Hong Kong — vente interdite ! Mais alors, des questions de sexualité trop délicate ? 

 

Depuis Tokyo, l’éditeur originel ne moufte pas : on ne commente pas, ça excite les tensions et il fait déjà assez chaud partout dans le monde. Le président du PEN Hong Kong, Jason Y Ng, souligne que pour un endroit qui se présente comme le chantre de la liberté d’expression, face, notamment, aux agressions de la Chine, le territoire fait fort.

 

« Ils sont plutôt arbitraires : qui va dire qu’une description de scène sexuelle de Murakami dans ce livre est plus indécente qu’une autre chez James Joyce ou Henry Miller? Et pourtant, le premier se retrouve censuré, lors d’un événement littéraire, les deux autres sont enseignés en classe en tant que classiques... »

 

Personne ne se sera risqué à trancher. 

 

Mais Murakami ne s’est pas muré dans le silence pour autant. Dans l’un des rarissimes commentaires qu’il accorde à la presse, le romancier est revenu sur une bien ancienne polémique. Celle qui concerne la peine de mort des six derniers membres de la secte Aum Shinrikyō. 


Découvrir la playlist personnelle
de Haruki Murakami

 

Cette organisation est à l’origine d’une attaque dans le métro de Tokyo en 1995 au gaz sarin. En tant que secte, le jugement a été prononcé par la justice, mais Murakami est hésitant : lui-même s’oppose farouchement au principe de la peine de mort. Cependant, lui se trouvait dans la salle de l’audience quand la condamnation à mort a été prononcée pour les 13 personnes.

 

Le choc, à cette époque, résonna dans sa poitrine plusieurs jours après, assure-t-il.

 

Le 6 juillet, le gourou de la secte a été pendu — l’attaque portée avait provoqué la mort de 13 personnes, affectant des milliers d’autres, qui furent blessés. Et toute la ville fut irrémédiablement plongée dans le chaos et l’angoisse. 

 

S’opposer publiquement à ces exécutions, Murakami ne s’en sent pas le courage — après avoir parlé avec des victimes, il en était plus convaincu encore. Selon lui, ce type d’exécution n’a rien de juste, et elles ne permettront pas de combler le vide qui a pu se faire dans le cœur des familles ayant perdu quelqu’un. Ou dont un proche fut blessé.

 

via Guardian, Japan Times




Commentaires

Votre titre induit en erreur et laisse penser que Murakami est visé par la peine de mort au Japon... Est-ce du clickbaiting ? Une façon d'inquiéter les lecteurs pour qu'ils cliquent sur l'article et découvrent le pot aux roses ?
Bonjour

A vrai dire, ni l'un ni l'autre, j'ai simplement trouvé que c'était une manière de mettre en parallèle les deux sujets. Si Murakami avait été visé par une peine de mort, le titre aurait été bien plus explicite, et la presse à travers le monde en aurait fait part, me semble-t-il.

Sans parler de Clickbait, un titre se doit aussi d'interpeller pour inciter à lire. L'équilibre m'a semblé juste.

Clément
Je comprends l'hésitation de Murakami à prendre position contre la peine de mort après les exécutions des membres de la secte Aum. Résidant au Japon, j'ai eu droit à une semaine de campagne de cyber-harcèlement sur Twitter pour avoir dit que j'étais contre la peine de mort le 6 juillet (jour de la première vague d'exécutions).
Chers Monsieurs,

je viens à peine de vous envoyer un message d,éloges pour la publication de l,article sur les bibliotèques de rue envahies par des livres nazis.

Celui-ci sur Murakami est aussi trop intéressant.

à faire connaître dans mon cercle d,amis lecteurs.

Marcei!

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