Musique en bibliothèque : Paris porté sur la médiation

Antoine Oury - 05.05.2015

Edition - Bibliothèques - musique bibliothèques - médiation CD numérique - Bureau bibliothèque lecture Paris


Le Bureau des bibliothèques et de la lecture de la ville de Paris, afin de guider sa politique en matière de musique au sein des établissements de prêt, avait commandé une étude à Gilles Rettel, formateur en bibliothèque, chargé d'enseignement en université, et professeur à l'École supérieure de réalisation audiovisuelle de Rennes. Et aussi guitariste et compositeur pour les groupes Marquis de Sade et Marc Seberg... Son rapport démonte quelques idées reçues, et propose des pistes pour l'avenir.

 

 

médiathèque (ORANGE,FR84)

(jean-louis Zimmermann, CC BY 2.0)

 

 

La constitution d'un rapport sur l'avenir de la musique au sein des médiathèques de la capitale visait à « s'interroger sur les perspectives des bibliothèques de Paris, mais aussi celle de la médiathèque musicale de Paris », nous explique Gilles Rettel. L'accent est évidemment porté sur la médiation des bibliothécaires et discothécaires, et la valeur ajoutée qu'ils peuvent apporter quand l'accès aux œuvres est, dans certains cas, beaucoup plus simple qu'auparavant.

 

« Ce que nous sommes en train de vivre, actuellement, est clairement une révolution », souligne le spécialiste. « Et si nous ne changeons pas de cadre explicatif, nous allons reproduire des schémas qui ne fonctionnent plus : il ne s'agit pas de fournir un catalogue d'améliorations, mais d'avoir une vision globale. »

 

L'accès, le numérique, oui, mais la médiation

 

Il est une donnée avec laquelle il faut d'ores et déjà travailler : « Augmenter l'accès aux œuvres en bibliothèque n'a plus trop de sens, car Internet dispose déjà d'une offre importante en la matière », souligne Gilles Rettel. Néanmoins, les ressources numériques ne sont pas à délaisser, par le biais de la médiation, de la formation des agents et de la réorganisation entre les services. 

 

« Ce qui serait le pire, c'est de penser qu'un service sous forme de borne va fonctionner. S'il n'est pas suivi d'un accompagnement, d'une appropriation des ressources, il restera peu attractif. » Le retard sur l'exploitation des ressources numériques se trouverait plus au niveau de la valorisation des fichiers déjà existants, et disponibles. Par exemple, des 78 tours numérisés au sein d'une bibliothèque seront peu mis en valeur auprès de l'usager : « Si personne ne sait que cette ressource existe, il est difficile pour l'usager de s'en emparer. »

 

L'éditorialisation et la mise en avant de ces différents contenus, disponibles mais confidentiels, pourraient passer par une présence plus importante : « Est-ce que chaque bibliothèque doit avoir son propre blog, ou faut-il construire une plateforme plus transversale ? Ces solutions n'ont pas été assez développées, ou l'ont été individuellement. »

 

Le prix de l'abonnement aux médiathèques parisiennes est 30,50 € pour les disques compacts par an, ce qui pourrait aussi constituer un frein à l'exploitation des fonds musicaux. En effet, selon les statistiques du ministère de la Culture, en 2012, la moyenne des emprunts de CD tourne autour de 3,5 emprunts par an, par usagers. 

 

Autrement dit, « le fait de faire payer 30,5 € par an ramène le prix à 8,71 € par CD emprunté, d'après la moyenne. Autant l'acheter », assure Gilles Rettel. « Cette politique tarifaire profite surtout aux grands emprunteurs. »

 

Outre la médiation, qui constitue le principal levier d'action, Gilles Rettel évoque également « l'impact sensitif » de la musique : « Écouter de la musique en streaming au casque, dans Paris, peut provoquer une belle émotion artistique, mais le nombre de neurones mobilisés en entrée est beaucoup moins grand que lors d'un concert, par exemple », détaille-t-il.

 

Se concentrer sur l'impact sensitif que la médiathèque peut proposer, notamment avec l'organisation de concerts, serait un autre moyen de mettre en avant une valeur ajoutée des établissements de prêt.

 

Voici les quelques lignes de conclusion du rapport, qui vaut clairement la lecture :

  • les ressources numériques sont aujourd'hui indispensables ;
  • quand c'est possible, elles doivent être accessibles du domicile de l'usager ;
  • importance du streaming quasi abandon du téléchargement ;
  • importance de la médiation ;
  • aucune de ces ressources n'est LA solution ;
  • il faut penser les ressources en terme de diversité et de complémentarité ;
  • il faut faire preuve d'imagination, de créativité ;
  • il faut se former pour accompagner ces changements.