Musique en bibliothèque : une disparition progressive ?

Antoine Oury - 01.04.2014

Edition - Bibliothèques - bibliothèque - CD - musique


L'année 2014 consacrée aux bibliothèques par Aurélie FIlippetti commence mal. Première victime, le compact disque qui n'a plus vraiment la cote. Les usages en matière d'achat et d'écoute de la musique ont bien changé, entre le MP3, Spotify et une timide résurgence du vinyle. Les bibliothécaires se sont rendu compte depuis un moment d'une nécessité de changement, et quelques employés parisiens avaient rédigé un rapport en juin 2012.

 

 

médiathèque (ORANGE,FR84)

(jean-louis Zimmermann, CC BY 2.0)

 

 

En guise de prévision quant à ces modifications d'usages, une équipe de 13 bibliothécaires probablement mélomanes se sont intéressés à la question, dès 2011, suite à une demande d'Hélène Strag, chef du bureau des bibliothèques et de la lecture. Le groupe de travail s'est réuni à plusieurs reprises, et a rédigé un rapport sur la musique en bibliothèque.

 

Plusieurs éléments interpellent : 

  • Le succès des nouveaux établissements : avec 6,7% des fonds du réseau, Marguerite Duras et Marguerite Yourcenar réalisent 16% des prêts en 2011. Ces deux établissements représentent 13% des inscrits. Cela tend à démontrer qu'une nouvelle offre de CD conséquente (autour de 20 000 documents), génère une activité importante.
  • Une utilisation intensive des CD : un taux de non sortis - hors réserve, de 7,3% pour les CD en 2010- 2011, alors qu'il est de 13,5% pour les imprimés adultes, de 19,1 pour la jeunesse et de 4,2% pour les DVD. Ceci peut indiquer que les collections de CD malgré la crise actuelle, paraissent mieux adaptées à la demande que celles des sections jeunesse ou adulte.
  • Une baisse du volume des acquisitions de 14,7% entre 2005 et 2010 avec une structure d'achat par genre très stable.
  • L'ensemble des petites discothèques offre des fonds qui sont sous utilisés (Amélie, Saint-Simon, Europe, Batignolles, Aimé Césaire et Vaugirard).

Autant d'analyses qui relativisent des a priori sur la consommation musicale, et surtout la présence de CD dans les établissements : néanmoins, certaines petites discothèques, notent les professionnels, « ne peu[ven]t plus être considérée[s] comme rendant un service public dans des conditions professionnellement acceptables », et 4 discothèques ont accueilli entre 0 et 15 personnes par semaine, entre 2011 et 2012.

 

Un constat municipal confirmé par Marie-Noëlle Villedieu, chef du bureau des bibliothèques et de la lecture de Paris, et qui peut être étendu à l'ensemble du territoire d'après les chiffres du rapport d'activité 2011 des bibliothèques municipales françaises, publié en 2013 : les supports musicaux restent en deuxième position des emprunts, derrière le livre (3,6 emprunts par inscrits, soit 10,5 % des emprunts), mais ont subi un désamour continu depuis quelques années.

 

Le service des bibliothèques semble conscient de la nécessité de modernisation : « Nous avons étudié les différentes pistes de ce rapport, qui a surtout été diffusé au niveau professionnel, et n'a pas été communiqué à la Direction des Affaires Culturelles, par exemple. La mise en place d'une plateforme numérique d'accès dans le portail des bibliothèques de Paris est ainsi à l'étude. »

 

« L'objectif, c'est surtout de ne pas laisser des services moribonds », explique Marie-Noëlle Villedieu, qui admet que certaines petites discothèques devront trouver une place peut-être plus réfléchie. Néanmoins, elle n'estime pas que l'offre générale n'est pas à la hauteur des attentes des usagers, mais plutôt « qu'il s'agit des supports ».

 

Se pose également la question de l'accès aux documents : 

  • [L]es bibliothèques de la Ville de Paris sont parmi les seules en France à soumettre à un forfait spécifique l'usage de leurs discothèques. Paradoxalement, la gratuité de l'emprunt des imprimés – doctrine immuable de la Ville, et qui est loin d'être la règle générale dans les autres collectivités, rend difficile l'adoption d'un forfait unique plus modique. Ce traitement différencié a un effet stigmatisant, laissant penser que la musique est soumise à droit tandis que seule la lecture serait un droit fondamental.

Sur ce point, élections municipales récentes obligent, il est impossible de savoir exactement quelle sera la politique de la nouvelle équipe municipale. Marie-Noëlle Villedieu confirme toutefois « que ces différentes pistes leur seront soumises ». D'autres seront également évoquées, reprises de ce rapport, comme l'ouverture des établissements à des enregistrements ou événements musicaux. 

 

Enfin, la gestion du patrimoine sonore de la Ville est également évoquée dans le document, mais, cette fois encore, il faudra attendre la politique budgétaire de la Ville pour être fixé... Et peut-être convertir, et valoriser.

 

Mise à jour 15h55 : selon les Données d'activité 2012 fournies par le ministère de la Culture et de la Communication, aimablement communiqué par @discolab, il apparaît que les chiffres de prêt de documents sonores n'ont pratiquement pas changés depuis 2011 : 3,5 emprunts, soit 10 % du total.