Le site MyBOOX.fr désormais au service des éditeurs du groupe Hachette Livre

Nicolas Gary - 03.11.2014

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Longtemps difficile à cerner, le site Myboox.fr avait ouvert ses portes en décembre 2009. Originellement, ce site devait reposer sur une approche contributive, pour sa partie rédactionnelle, mais se tournait également vers les professionnels : en tant que plateforme, la société devait s'ouvrir aux autres éditeurs, désireux de prendre une participation concentrant diverses ressources. Mais voilà, depuis sa création, l'outil n'a pas convaincu, loin s'en faut. 

 

 

 

 

Dès les premiers temps, ce sont les ramifications de cette structure conçue tout à la fois comme un espace de publication de critiques, et un magazine littéraire – une forme de synthèse entre Babelio et ActuaLitté, en somme, mais dont la sauce se serait figée. La presse avait, au lancement, soulevé un problème de neutralité : comment un site monté par un éditeur pouvait-il être objectif, et laisser une place à des maisons d'édition tierces ? L'ambiguïté fut levée, mais cette marque est restée.

 

En octobre dernier, David Pavie, le directeur général, quittait l'aventure, laissant sa place à Guillaume Pech-Gourg. C'est qu'après plusieurs années à perdre de l'argent – plusieurs centaines de milliers d'euros – MyBOOX ne trouvait définitivement pas sa place, tant sur la toile, qu'au sein du groupe Hachette Livre. Considéré comme une solution qui devrait promouvoir les publications des maisons du groupe, les éditeurs eux-mêmes ne savaient pas vraiment quel regard poser sur cette plateforme. 

 

Grand nettoyage depuis la rentrée

 

Fin août, les internautes avaient en effet pu découvrir un mini-site, mettant « un coup de projecteur sur la rentrée des éditeurs du groupe », nous expliquait-on alors. Le site était en effet conçu pour valoriser les éditions Fayard, Grasset, JC Lattès, Stock et Calmann-Lévy, avec une promotion des titres maisons. Ce mouvement s'était également concrétisé dans les publications du site.

 

Du 7 janvier au 10 juillet 2014, sur 59 conseils de lecture de la rédaction de MyBOOX, seuls quatre titres étaient publiés par une maison du groupe Hachette (quatre titres de chez Stock), soit moins de 7% des titres conseillés. Difficile de remettre en cause l'indépendance de la rédaction. En revanche, quand on regarde les parutions, on assiste à un étonnant virage : du 26 août au 8 octobre, sur 7 conseils de lecture, 7 étaient publiés dans des maisons Hachette, soit 100%. La rédaction lit semble-t-il moins (3,5 livres par mois depuis la rentrée, contre 8,5 par mois de janvier à juillet).

 

Voilà pour la partie critiques de livres, mais dans la rubrique Actualité du livre, on opère le même constat. Sur les 53 actualités publiées en octobre 2014, 17 peuvent être qualifiées de « génériques » (nouvelle sélection d'un prix, fréquentation d'un festival, etc.), 8 concernent des livres ou des auteurs publiés par des éditeurs concurrents du groupe Hachette, et 28 concernent des livres ou des auteurs Hachette, soit plus de la moitié des actualités. Autrement dit, plus de 50 % du contenu dédié au groupe Hachette et ses maisons – autrement dit, l'actionnaire du site. Du média d'informations littéraires, on glissait donc sensiblement vers une plateforme de valorisation des publications du groupe. 

 

Absorption et économies pour le groupe Hachette

 

Cette bascule sera prochainement complète, puisqu'un « projet de fusion par voie d'absorption » a été signé entre Arnaud Nourry, en qualité de PDG de Hachette Livre et Catherine Cussigh, PDG de MyBOOX. On peut retrouver dans le procès-verbal plusieurs éléments d'explications sur la situation actuelle de MyBOOX (extrait du procès-verbal). 

 

À l'origine, la Société Absorbée avait été créée essentiellement dans le but de pouvoir faire entrer au capital des partenaires, parmi les autres groupes d'édition français. Le site n'est en effet pas dédié aujourd'hui aux éditeurs du groupe HACHETTE LIVRE mais concerne l'ensemble de la production francophone. Mais finalement, aucun partenaire n'a manifesté un intérêt suffisant pour participer au capital de la société. La Société Absorbante, via sa holding Biblio Participations et d'autres filiales, est donc restée le seul actionnaire de la Société Absorbée.

 

Conclusion logique de quatre années où MyBOOX s'est déployée en pure perte pour le groupe Hachette, l'actionnaire décide donc de revisiter les missions du site. 

 

Dès lors, il n'y a plus vraiment de sens aujourd'hui à maintenir une société exclusivement dédiée à l'exploitation du site MY BOOX. Son absorption permettra de générer des économies administratives, simplifiera et optimisera le fonctionnement du groupe.

Le site internet évoluera au sein de la société HACHETTE LIVRE, dans le cadre de la mise en oeuvre d'une politique de relation clients (CRM), utilisable par les éditeurs du groupe. Cette évolution vise à repositionner le site comme un portail de recrutement et de connaissance de « conso-lecteurs » reposant sur une forte dimension ludique et des contenus riches, exclusivement liés aux éditeurs du groupe.

Cette évolution s'inscrit par ailleurs dans la politique marketing d'HACHETTE LIVRE qui est le distributeur et le diffuseur des maisons d'éditons du groupe.  

 

 

En 2013, MY BOOX enregistrait une perte de 850.000 € sur son bilan, soit 115.000 € de mieux que l'année passée. Ce transfert marque en tout cas la fin d'un site dont le positionnement aura donc été compliqué.

 

Outre-Atlantique, Hachette Book Group s'était lancé, aux côtés de Penguin et Simon & Schuster, dans la constitution d'un site de recommandation, Bookish. Présenté en mai 2011 et porté par les trois partenaires, le site avait finalement été revendu, en janvier dernier, d'un commun accord entre les trois groupes d'édition. La plateforme n'aura finalement eu une durée de vie que d'un an à peine. Le PDG de Hachette Book Group, Michael Pietsch, a eu ce petit mot doux en guise d'au revoir, déclarant que Bookish n'avait jamais été considéré comme « une activité à exploiter ».