Mystifications, voix intérieures et chemins de traverse : la rentrée romanesque Julliard

Béatrice Courau - 08.08.2017

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Dans la continuité de la présentation Robert Laffont, dans les salons de l’Hotel de Massa, la maison Julliard nous offre pour cette rentrée 4 romans, dont celui du très attendu Jaenada… Patientez encore…

 



 

Elle porte le Niqab et traverse la ville. S’engouffre dans un immeuble, ressort en occidentale. Serpente encore dans quelques rues, et entre dans un sex-shop. Elle, c’est Fatima. Lui, c’est Fawzi, qui la suit ombrageusement à travers Bruxelles. La découverte de ces trois femmes, de cette épouse qu’il pensait idéale, viendra déclencher le cataclysme. Qu’elle, L’insoumise de la porte de Flandre, titre du dernier roman de Fouad Laroui, traversera forte, et souverainement libre. Que savons-nous des vérités intérieures ?

 

  

 

Sous la halle du marché couvert de Saint-Jean-de-Luz, Maxime offre un dernier voyage à sa mère décédée la veille. 

Dans l’infini confort d’une urne funéraire trimballée au fond d’un cabas à provisions. Ce fils prodigue si digne de la fierté de sa mère, au fil de l’itinéraire culinaire d’un dernier repas en son hommage, posera, entre scènes de genre et facéties diverses, un regard profond sur leur lien désormais au passé, récit entrecoupé par les chuchotements bienveillants et omniscients de cette mère dont l’âme est encore suspendue, jusqu’à la fin, en un monde incertain.

Laurent Benegui, présenté par son éditrice comme « le seul écrivain français juif new-yorkais ! », signe avec La part des anges un récit cocasse et touchant, une comédie pragmatique et tendre sur le deuil.

 

Trois personnages dont les vies vont se télescoper de manière improbable. Il y a Louise, pianiste en rupture de ban, il y a Everton, utopiste entrepreneur, il y a Antoine, rescapé impuissant et traumatisé d’un tremblement de terre à l’autre bout du monde. Tous trois assis dans un pick-up, en partance pour le Sertao. Tous vont aller chercher, dans le grand maelström de leurs fragilités intérieures, à l’extrême bord d’eux-mêmes, l’inconnu à l’intérieur de soi. Ce voyage initiatique dans un ailleurs absolu fait de ce texte un récit de passage plus que de voyage, où l’intensité de la vie ne peut être au final qu’intérieure.

 

En 1950, Julliard publiait le roman d’un inconnu moins que parfait, Georges Arnaud. Chef d’œuvre de la littérature de la peur, Le salaire de la peur sera adapté deux ans plus tard par Clouzot. Georges Arnaud est le pseudonyme d’Henri Girard, fils de bonne famille (quoique), aussi méprisant que cultivé, colérique que noceur. 
 

À 23 ans, en 1943, il fut accusé, lors du retentissant procès du crime du château d’Escoire, du massacre deux ans plus tôt de son père, de sa tante et de la bonne, avec une serpe empruntée la veille à un voisin. Quatre protagonistes, trois morts massacrés. Le château était clos, le coupable l’était avec évidence. Défendu par Maurice Garçon, il sera finalement acquitté, s’exilera en Amérique Latine, avant de revenir livrer le manuscrit qui le rendra célèbre et entamer un autre chapitre de vie.
 

  

 

Jaenada pétrit et mâche « cette vieille et mystérieuse histoire », digressant à l’envi en ne perdant jamais l’exigence de vérité, remontant le fil des milliers de documents administratifs, judiciaires, correspondances intimes et enregistrements. Il est un enquêteur plus perspicace que le roi, parce que plus familier des détails romanesques sans doute, en se jouant des codes narratifs pour mener le récit de La Serpe en même temps que tenir un journal de sa geste d’écrivain. (Monsieur Jaenada, vos parenthèses sont particulièrement réjouissantes, y compris les blagues potaches telles que celle de la page 85.) Un Jaenada majuscule. (Des frites, vraiment ??)
 

Femmes, femmes, femmes : la rentrée romanesque Robert Laffont


Cette présentation fut aussi l’occasion souriante de rendre hommage aux deux éditeurs emblématiques de Julliard, Betty Mialet et Bernard Barrault, dont les exigences et la bienveillance impriment sans aucun doute les liens privilégiés qu’ils entretiennent avec leurs auteurs.


 

(à par. 17/08) Fouad Laroui — L’insoumise de la porte de FlandreEditions Julliard – 9782260030416 – 17 €

(à par. 17/08) Jean Luc MartyEtre, tellement — Julliard – 9782260024149 – 19 €

(à par. 7/09) Laurent Bénégui – La part des anges – Julliard – 9782260029795 – 17 €

(à par. 17/08) Philippe JaenadaLa serpe – Julliard – 9782260029396 — 23 €

 

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