Mythologies automobiles : À nous les petites anglaises

Clément Solym - 27.04.2011

Edition - Les maisons - mythologies - automobiles - petites


À l'occasion de la parution du livre Mythologies automobiles, de Thomas Moralès, chez L'Editeur, ActuaLitté revient en marche arrière, sur cet ouvrage, en publiant quelques extraits très vroum-vroum. Le tout avec des dessins de José Correa.

Le livre sortira le 29 avril, avec 144 pages sous le moteur, pour 14 €. (et déjà aux meilleurs prix, sur Comparonet)



Premier extrait :
À nous les petites anglaises

    En 1960, les décapotables anglaises avaient les faveurs des minets, aujourd’hui ce sont de gros matous qui les conduisent. Drôle de métamorphose.

    Et triste poids des années. La bande du Drugstore fait grise mine. Les pulls en shetland sont devenus trop étroits à la taille. Leur ceinture abdominale s’est relâchée sous l’effet conjugué d’une nourriture trop grasse due à la multiplication des déjeuners d’affaires à partir des années 1980 et au manque d’exercice physique qui s’explique par le coût exorbitant d’une maîtresse à l’orée des années 1990. L’homme moderne, jadis prince du twist et du madison passant ses étés à Ramatuelle et ses hivers à Courchevel, pratiquant le ski et le golf, doit désormais faire face à des dépenses toujours plus lourdes (études supérieures de ses nombreux enfants, maison de campagne de son épouse et maison de retraite de ses parents). Les bedaines s’arrondissent et les cheveux blancs (pour ceux qui en ont encore) fleurissent sur le crâne comme des chrysanthèmes à la Toussaint. On se croirait dans un cimetière. Prémonition mortuaire. Un trait commun à tous les possesseurs actuels de MG, Triumph et Austin-Healey, la nostalgie d’une vie facile, le souvenir ému du Général, les cousines d’Arcachon qui laissaient dévoiler leur poitrine naissante, les dents étincelantes de Frank Alamo, les films de Godard qu’on ne comprenait pas toujours, la mère d’un copain qui ressemblait vaguement à BB, les aventures de Michel Vaillant et l’autoroute du Soleil qu’on dévalait d’une traite pour plonger dans l’eau chaude de la Méditerranée.

    Un monde disparu où les enfants apprenaient les départements et les affluents de la Loire et où les filles portaient des mini-jupes d’une longueur déconcertante.

    Ces anciens blousons dorés n’avaient qu’une peur au ventre, partir en Algérie où des camarades payaient cher leur appel sous les drapeaux.

    Posséder un roadster anglais, c’est tout simplement revivre ses 20 ans avec une prostate récalcitrante et des illusions en moins. C’est oublier le temps d’une balade qu’on a vieilli, mais que le ronronnement du gros trois litres de sa « Big Healey » est bon à entendre. Si le bonheur existe, les « petites Anglaises » sont le plus court chemin pour y parvenir.