N. Le maudit, le Président Sarkozy, vu par FOG

Clément Solym - 08.04.2011

Edition - Les maisons - sarkozy - president - biographie


La sortie du nouveau livre de Franz-Olivier Giesbert, Monsieur le Président : Scènes de la vie politique 2005-2011, paru chez Flammarion, est déjà un succès médiatique. Le titre commence comme une chanson de Boris Vian, pourtant, le contenu semble manquer de matière.

Le récit de Giesbert ne révèle même rien de nouveau sur le Président de la République : « le problème de Sarkozy, c'est son caractère, un caractère entier, parfois il est visiblement incapable de se contrôler. » (via Sud Ouest) Quelle surprise ! Le tableau est un cliché, et l'auteur court le risque de ressembler à celui dont il se moque. Lorsqu'il décrit le Chef de l’État comme « égocentrique, ostentatoire, soupe au lait, orgueilleux, hypersensible », comment le qualifier autrement lui-même ?

Écoutons-le plutôt : « Je ne rendrai jamais les armes », affirme-t-il, « j'essaie d'être honnête, de déconstruire, s'il le faut, ce que j'ai bâti. Je ne suis pas un sarkophobe militant. Je ne veux pas participer à l'espèce d'hystérie collective qui s'est développée autour de lui. (Sic) Je raconte, y compris les changements. » (via Est republicain) En s'efforçant d'échapper à la connivence avec le protagoniste, l'auteur s’identifie à lui, et oublie qu'écrire, c'est renoncer un moment à soi.

Son portrait biographique est sans poésie ni profondeur, réduisant à néant l'espace entre la personnalité et son spectacle : « N. le maudit » ? « C’est un personnage comique », résume-t-il.

Certes, Giesbert suit ses intuitions et ses émotions de journaliste, et le détail des conversations qu'il relate donne un relief à l'image du Président. Le lecteur sent dans l'écriture de Giesbert une obsession de la vie saisie sur le vif, un flux aquatique d'impressions et de discours « J'ai essayé de raconter "N. le maudit" tel que je l'ai vu, avec ses grandeurs, ses petitesses et ses ridicules. »

Mais l'écrivain accumule des néologismes qu'il ne motive pas : « on ne peut pas nier qu'il évolue, qu'il se mitterrandise, ou qu'il se chiraquise, bref qu'il se présidentialise. » Voilà une phrase qui manifeste la complexité des conflits souterrains de l'être qui souhaite satisfaire ses ambitions ! Ce qu'il appelle « l'évolution » du Président, d'ailleurs, on ne le comprend pas trop ; on apprend surtout que Giesbert est étonné de la culture littéraire du Chef de l’État : « Sarkozy est tout sauf un inculte ! » Lui-même ne fait-il pas étalage de son propre savoir avec grandiloquence, sans craindre de rendre mythique son héros, que la biographie devait humaniser ? Citons-le à nouveau : « Tel est Sarkozy : c’est le Hercule de l’égotisme, le Homère de l’éloquence, que rien n’arrête jamais, pas même le ridicule. »

On ne peut plus hyperbolique.
 
Ne manque-t-il pas à son ouvrage l'épaisseur de la réflexion littéraire, un peu d'intimité, de la retenue ?

Le directeur du Point collectionne les biographies de chefs d’État. Monsieur le Président a sa place parmi les autres. Comme l'écrit Sébastien Brandt, dans La Nef des fous : « Un fou critique tout avant de rien savoir, et il ne connaît rien ni des joies ni des peines de celui qu'il condamne. » Au moins, il en tire une gloire éphémère... et un succès commercial.

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