Naipaul, fichu misogyne : les préjugés ont la peau dure

Clément Solym - 15.06.2011

Edition - Société - misogyne - naipaul - prejuger


le lauréat du Nobel de littérature 2001, s'est probablement fait des amies dans les rangs de la gent féminine, en expliquant tout de go que les romancières ne lui arrivaient pas à la cheville, à cause d'un style trop... féminin.

« Les femmes écrivaines sont différentes, elles sont très différentes. Je lis un extrait de texte et en un paragraphe ou deux, je sais si c'est de la main d'une femme ou non. Je pense que ce n'est pas à mon niveau », expliquait-il, du haut de ses 78 ans. (notre actualitté)

Nombreux sont ceux qui ont préféré ne rien dire, plutôt que d'accorder le moindre intérêt à ces propos. Mais parmi ceux qui ne se sont pas tus, Diana Athil et d'autres romancières, qui n'avaient pas leur langue dans leur poche. « VS Naipaul est un misogyne entêté dont les oeuvres sont mourantes. Ils prévoyaient justement leur destinée voilà une trentaine d'années en estimant qu'elles ne lui survivraient pas », explique Keri Hulme, lauréate du Booker Prize.


Francine Prose s'est également fendue d'une pique bien sentie, lancée à l'intéressé. C'est à elle que l'on doit le délicieux terme de gynobibliophobia, désignant ces auteurs fats, qui dénigrent la littérature des femmes, comme avait pu le faire Norman Mailer.

Elle déplore que cette idée d'une infériorité des femmes en littérature reste encore vivace. « Bien sûr, l'idée que Naipaul se considère meilleur écrivain que Jane Austen serait tout simplement hilarante, si le préjugé que cela dévoilait n'était pas encore si commun et n'avait pas un effet néfaste sur ce que certaines d'entre nous ont choisi de faire de leur vie. »

Après tout, laissons mourir paisiblement les dinosaures perdus dans leurs idées préconçues, et voyons ce que Marguerit Duras laissera dans l'histoire littéraire...