Nanterre : six mois de mieux pour l'Encyclopedia Universalis

Clément Solym - 24.04.2015

Edition - Economie - encyclopedia Universalis - redressement société - dépôt bilan


Depuis le placement en redressement judiciaire le 30 octobre 2014, l'Encyclopedia Universalis cherchait des solutions. La maison mère Britannica avait beaucoup investi, ces dernières années, et la concurrence du modèle en ligne semblait principalement responsable du naufrage. Une période de six mois était accordée pour trouver une piste viable.

 

 

People's Cyclopedia of Universal Knowledge [front]

Boston Public Library, CC BY 2.0

 

 

Isabelle Didier, administratrice judiciaire, assurait que personne ne voulait liquider la société, et qu'au contraire, la procédure avait pour mission de parvenir à changer les choses. Pourtant, depuis la fin d'Encarta, la solution encyclopédique de Microsoft en 2009, on mesure bien la difficulté de parvenir à faire perdurer l'ancienne économie. « Nous ne recherchons plus aujourd'hui l'information dont nous avons besoin comme nous le faisions il y a seulement quelques années », estimait à l'époque Microsoft, pour expliquer son choix. 

 

Bref, l'Universalis disposait d'un délai établi au 24 mars 2015 pour parvenir à changer la donne. Mais il est vrai que les 30 volumes papier vendus pour 3000 € n'ont désormais plus grand-chose de séduisant. Le site payant était en concurrence directe avec Wikipedia, gratuit et collaboratif, comme on le sait. Et vivant sur des levées de fonds et autres appels aux dons. Une tout autre économie.

 

Rappelons encore qu'en 2013, l'Éducation nationale fournissait un tiers du chiffre d'affaires de l'encyclopédie. Sauf qu'un revirement du ministère a provoqué un manque, que la société n'est pas parvenue à combler. Et pour cause. Inutile donc, d'accuser Wikipedia de faire mourir une structure ancienne : si la consultation gratuite n'a certainement pas amélioré la situation, elle n'est certainement pas responsable.

 

Ce qui n'empêche pas la presse de continuer à évoquer cette interprétation comme la mère des maux. Une sorte de corne d'Amalthée inversée.

 

2012, le virage... pris un peu tard ?

 

Depuis 2012, et la transition numérique complète, la société fermait le chapitre de 46 années de publication papier, et 700.000 collections vendues. Le modèle du DVD ou du CD-Rom a été proposé en vente par correspondance, tout en monétisant le fonds auprès des établissements scolaires, lycées et collèges. Mais cette transition semble tout bonnement être intervenue trop tard. 

 

Christian Robin, interrogé en mars 2012, justement, avait expliqué à ActuaLitté combien la vente en porte-à-porte, qui constituait l'une des approches de la marque, avait souffert de l'apparition des interphones – en tout cas pour le groupe Hachette. L'Universalis n'y a cependant pas échappé.

 

. « Il y avait des milliers de commerciaux qui vendaient au porte-à-porte, des encyclopédies », expliquait-il, mais « avec le digicode, il n'y a simplement plus de possibilité de faire de ventes en porte-à-porte, directement à domicile. L'usage ou le non-usage des outils numériques, ou des livres, est aussi lié à des évolutions sociétales, dont ne ne soupçonnons pas les implications, mais surtout, que nous ne maîtrisons pas du tout ». 

 

À l'époque, l'administratrice affirmait que l'entreprise disposait d'une « marque forte, une base documentaire de qualité, des clients. Cette procédure constitue un bon outil pour réussir la transformation nécessaire ». Eh bien le tribunal de commerce semble accorder crédit à cette assertion : six mois de délai supplémentaire ont été accordé par Nanterre pour aider à redresser encore un peu plus. 

 

Le 2 novembre 2015 sera la date fatidique. « Le plan de redressement par continuation devra donc, comme prévu, être rédigé cet été pour être présenté en septembre au tribunal. Les salariés ont manifesté leur soutien à l'entreprise et l'actionnaire sa volonté d'accompagner un projet de plan », indique Isabelle Didier, citée par l'AFP.

 

Au cours des mois passés, 13 salariés sur les 45 ont obtenu un licenciement, sur 14 qui l'avaient demandé. 

 

mise à jour : 

selon les interventions de plusieurs personnes concernées, il apparaîtrait qu'il ne s'agit absolument pas de licenciements demandés, mais d'un licenciement économique. Nous tentons une fois encore de joindre la société pour obtenir des précisions.