Nantes, hommage à Julien Gracques : il se souvenait avec son corps

Clément Solym - 16.03.2010

Edition - Société - Nantes - Julien - Gracq


Il y a des rencontres qui vous suivront toute une vie. Celle de Bernhidl Boie, qui a 24 ans, va découvrir Julien Gracq, marquera définitivement son parcours, au point que l'étudiante consacrera sa thèse de doctorat au romancier.

Hier, se déroulait ainsi un hommage à Nantes, rapporte MaVille, à laquelle la professeure de littérature germanique prenait part. Et pour cause, elle est aujourd'hui l'ayant droit et l'exécutrice testamentaire de Gracq. Difficile de l'évoquer sans en parler alors avec elle.

Elle se souvient avec émotion de ses premiers pas chez l'éditeur José Corti, qui remit simplement le numéro de téléphone de l'auteur à qui elle voulait consacrer son doctorat. « Je n'y croyais pas. Moi, petite étudiante, je ne me voyais pas déranger l'écrivain ! » Et à partir de leur première rencontre, une longue amitié va naître. C'est beau comme histoire, nom de nom.

« On ne parlait pas de ses romans. Pour lui, la critique était l'affaire des critiques. Dans ma thèse, je n'ai publié qu'un petit entretien où je l'interroge sur le bouddhisme et sur Wagner », explique-t-elle. Mais une fois devenue professeure, elle ne s'éloignera jamais trop de l'auteur, tout particulièrement lorsqu'il lui demande de reprendre ses textes en vue d'une édition dans La Pleiade. Un jeu qui l'avait amusée à l'époque, et qui lui prendra dix années.

« Ce qui me frappait, c'était la vivacité de son souvenir. Il se souvenait des choses non pas grâce à sa mémoire, mais avec son corps. La difficulté chez lui, c'était ses allusions littéraires : il citait les auteurs de mémoire et parfois de manière approximative. Il était dans la fiction, alors qu'importe ! »

Aujourd'hui, elle a la responsabilité de tout ce qui peut être publié sur lui - rien ne peut sortir si elle n'en a pas pris connaissance. Même le nom de Gracq est surveillé de près : « Il faut imposer des limites, veiller à ce que n'importe quel établissement ne s'empare pas de la mémoire de l'écrivain. »

Fin juillet 2008, nous signalions l'épineux problème que pose toujours la maison de Saint-Florent-Le-Vieil, dont Julien Gracq souhaitait qu'elle devînt une maison des écrivains. Pour l'heure, toujours de pas de nouvelles.